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L’ARTISTE DU MOIS : TOUT EST BON DANS LE ICHON

pour de vrai ichon
© Keffer

Oubliez les lourdingues du rap français et plébiscitez la soul de ce drôle d’oiseau : avec son premier album, le Montreuillois Ichon survole la concurrence du 93.

Suivant les actualités étiquetées rap avec moins de démagogie que nos confrères socialistes, on n’avait vraiment découvert Ichon qu’en 2016, au moment de « Si l’on ride », son duo avec Muddy Monk. Sacrée surprise. Du hip-hop bas de plafond de pseudo dur à cuire comme il en sort au kilomètre ? Tout le contraire : la musique renvoyait à de brillantes chochottes synth-pop et, dans un clip élégiaque, on voyait notre homme sillonner les Alpes suisses au volant d’une vieille Mercedes décapotable. L’affaire était entendue : Ichon était un inclassable, donc un type à suivre de près. Après diverses tentatives, réinventions et épisodes domestiques (retour dans sa chambre d’enfant chez ses parents restaurateurs à Montreuil, apprentissage scrupuleux du piano, thérapie), Ichon, 30 ans, dégaine enfin l’album que l’on attendait de lui. De la même façon que Kiddy Smile a digéré la house américaine pour en proposer une version inédite chez nous, Ichon semble s’être nourri d’Al Green et Frank Ocean pour inventer une soul française qui ne ressemble à rien de connu au pays de Bénabar. D’où vient cette anomalie ? Tentons d’y voir plus clair en jetant une oreille aux paroles de Pour de vrai.

PROPHÈTES DE NOTRE TEMPS

Sur « Miroir », morceau introspectif où il fait les questions et les réponses, Ichon chante : « Je croyais que c’est ça que t’aimes, avoir les poches pleines, baiser des grosses chiennes, avoir des grosses chaînes / Est-ce que tu t’entends parler, t’es pareil t’es comme les autres, comme les rappeurs des banlieues pauvres, au lieu de t’envoler tu préfères voler les autres / Miroir, miroir, dis-moi qui je fuie, qui je suis… » Contrairement à ce que voudraient nous faire croire des médias complaisants, les rappeurs à poches pleines et grosses chaînes ne sont en rien les prophètes de notre temps. Ichon prouve qu’avoir grandi en Seine-Saint-Denis n’est pas une fatalité vous condamnant à être toute votre vie aussi ridicule que Kaaris. Avec un peu de finesse et d’ambition, on peut sortir des clichés. Ayant dans la vie l’élégance fantaisiste d’un André 3000, Ichon déroule sur son disque une palette encore plus inattendue : entre tubes potentiels (« Noir ou blanc », « SOS », « Aujourd’hui »), ballades pleines de spleen (« Elle pleure en hiver », « Pas facile »), rythmiques à la D’Angelo (« Compliqué », « Sabichon »), accents gospel mystiques (« Litanie ») et French Touch nostalgique à la Modjo (« Presque deux »), il réussit tout ce qu’il tente. La qualité première d’un artiste, c’est la singularité. Hélas, c’est aussi souvent ce qui vous rend tricard. On a parlé plus haut de Kiddy Smile : à la fois trop gay pour la zone dont il est originaire et trop excentrique pour les petits bourgeois de l’électro, il a du mal à trouver une famille d’accueil digne de lui. Espérons qu’Ichon n’ait pas à se débattre contre de tels sectarismes. Quant aux clowns à la Niska, ils pourraient en prendre de la graine : à rebours des rappeurs des banlieues pauvres, mieux vaut un chanteur à la créativité ultra riche.

POUR DE VRAI
ICHON (SAVOIR FAIRE)


Par Louis-Henri De La Rochefoucauld