JULIETTE ARMANET : LA PYROMANE DE LA POP FRANÇAISE ?

Juliette Armanet technikart

Cela fait cinq ans que, devant le cas Armanet, notre cœur balance. Elle est à la fois très douée et un peu crispante sur les bords. La sortie de Brûler le feu est-elle l’occasion de lui déclarer notre flamme ?

Qu’ont-elles toutes avec le feu ? Après Feu de Maria Pourchet, un des succès de librairie de la rentrée, et en attendant Je suis le feu de Max Monnehay, son nouveau polar à paraître début 2022, voici que Juliette Armanet revient avec un album intitulé Brûler le feu. Si ça continue, il va falloir appeler les pompiers. À Technikart, on n’a jamais su comment se dépatouiller vis-à-vis d’Armanet, mélange ambigu de Stevie Nicks (c’est un compliment) et de Charline Vanhoenacker (c’est moins flatteur). On se souvient encore du jour où on l’a rencontrée : au courrier. Un matin de 2016, nous avions reçu par la poste son premier EP, Cavalier seule. Sur la pochette, elle posait en femme centaure. Encore une artiste pseudo farfelue à la Philippe Katerine ? Une sœur décalée de Julien Doré ? Nous avions appuyé sur « play » avec les pires préjugés, avant de changer d’avis dès le morceau d’ouverture : par son sens rare de la mélodie et des arrangements, elle retrouvait un certain art perdu de la variété des années 1970. C’est sans doute ce qui a nourri son succès l’année suivante, lors de la sortie de son album Petite amie : déjà trentenaire, Armanet avait l’âge et les références pour plaire aux bobos – derrière leurs poses progressistes, ces derniers sont au fond de grands nostalgiques. Qu’on préfère Véronique Sanson ou Supertramp, Barbra Streisand ou Fleetwood Mac, on ne pouvait qu’être séduit par ce disque riche en excellentes chansons (« À la folie », « À la guerre comme à l’amour », « Star triste »).

DISCO CHIC

Pourquoi faire la fine bouche ? C’est que, malgré son talent, Armanet n’échappe pas au culturellement correct, qu’on la sent plus dans son élément dans Les Inrockuptibles que chez nous. Contrairement à Françoise Hardy, elle n’a jamais un mot plus haut que l’autre en interview. Elle est géniale quand elle chante « Single » avec Ricky Hollywood ou « Idéal » avec Moodoïd, gênante quand elle reprend « Tu m’oublieras » de Larusso à la matinale de France Inter – ce second degré est indigne de ses dons. Authentique compositrice, elle est bien meilleure que Clara Luciani et consorts, qui lui ont piqué ce style disco chic qu’elle avait déjà sur Petite amie. Elle creuse ce sillon à fond sur Brûler le feu. Le single « Le dernier jour du disco » (inspiré par Whit Stillman ?) n’est pas ce qu’elle a fait de mieux. Si vous ne deviez écouter que deux titres, optez pour « HB2U » (super) et « Boom Boom Baby » (qui pompe allègrement le son de « It Ain’t Over ’Til It’s Over » de Lenny Kravitz). Comme d’habitude, on y trouve des clins d’œil à la pop du passé et une production de pointe. Comme toujours, Armanet est emballante et émouvante quand elle est elle-même, agaçante quand elle pose au petit personnage pittoresque façon Christophe sans moustache. Encore flottante, elle sera définitivement grande le jour où elle assumera qu’elle est faite pour Le Figaro Magazine plus que pour les médias de gauche. Cela lui demandera d’allumer le feu dans un geste punk : en brûlant ses vaisseaux. 



JULIETTE ARMANET
BRÛLER LE FEU  
(ROMANCE MUSIQUE)

Par Louis-Henri De La Rochefoucauld