JEAN NIPON : L’ÉLÉGANCE DU TRAIT

Jean Nipon

Peut-on à la fois être musicien techno et dessiner avec grâce, des sujets dépassant notre époque ? Oui, Jean Nipon, aka JN/WL, en est l’exemple.

On connaissait le musicien, penchons-nous sur le dessinateur. Après avoir publié plusieurs disques impeccables, Jean Nipon se dévoile aujourd’hui en tant que portraitiste. Après des études aux Beaux Arts de Bordeaux (il décroche son diplôme en 2000), il lâche la peinture, l’acrylique et les panneaux de bois pour se concentrer sur la musique. D’abord batteur dans des groupes hardcore, puis DA d’un club sur les Champs (le Régine), il enchaîne des boulots de graphiste et de disquaire. Changeant cette fois ci d’influences – Voulzy (son péché mignon) et Prince deviennent De La Tour et Ingres – il quitte ses platines et transforme ses partitions en papier bristol pour cette première expo perso à la galerie PACT, « Souvenir d’une aura ». 

Tout comme sa musique, ce qu’il dessine est volontairement un mélange de toute l’histoire de la peinture, « de tous les mecs d’il y a 500 ans », comme il dit. Les toiles sont réalisées uniquement avec des crayons de couleurs. Cest en 2016 que cette technique s’impose à lui, au même moment qu’il revient au dessin : « Lors de mon déménagement dans un appartement de merde, j’ai commencé à déprimer et je me suis demandé : ils font quoi les mecs dans les asiles ? Ils ont des ateliers peinture. Dans mon petit chez moi, les crayons de couleurs c’est génial, ça ne fait pas de tâche, ça n’a pas d’odeur, j’ai juste besoin d’un taille crayon… Je me sens un peu comme un moine guerrier. Eux ne sortaient pas, ne baisaient pas… Moi, je ne peux pas gommer, mélanger les couleurs, c’est super long… Mais ce temps de souffrance me permet d’affiner et de purger en temps réel le dessin final. » Et de manière figurative, il nous transporte dans le passé tout en esquissant des personnages contemporains. C’est ce que représente pour lui « l’aura » : « C’est une empreinte. Un truc qui habite le tableau et qui fait durer une œuvre, indépendamment du sujet et du style. C’est pour ça que la peinture est encore pertinente aujourd’hui, car elle laisse une énergie ». 
 

GRAND AMOUR

Et Jean Nipon, vous vous en doutez bien, a son propre courant, le « néo-archaïsme » : « C’est une manière de dessiner des trucs hyper simples, mais de façon très complexe. Je trouve que le sujet dans le tableau n’’est pas forcément un truc de l’expression de soi. Pour moi, le style est dans l’idée. » Le style Nipon, c’est des visages doux et grainés par le papier, des peaux nues éclairées par un jour imaginaire, des chevelures d’ange mettant en valeur des regards sombres… Pour créer cette sensualité qui enveloppe les œuvres, Pact a laissé la liberté à l’artiste de mettre des lumières spéciales sur chacune d’elles. Rendant l’atmosphère de l’exposition entre le salon boudoir et la maison de maman. Elles sont toutes soulignées de cadres qu’il a repris d’une artiste lesbienne anglaise des années 1920 et qu’il n’avait vu nulle part ailleurs. Ici aussi Jean Nipon nous donne une rétrospective de l’histoire de l’art : ce qui caractérisait une œuvre au tout début de la peinture, c’était le fait de mettre un cadre. Lui, en met trois. Évidemment.



Vous pouvez autant l’apercevoir derrière ses platines au Grand Amour qu’à la galerie Pact, éclairé à la lumière d’une église. Et toujours, cette ardeur pour son art qu’il vous transmettra.

« Souvenir d’une aura » jusqu’au 9 avril. Galerie PACT, 70 rue des Gravilliers, 75003 Paris (www.galeriepact.com).


Par Mathilde Delli