ARNAUD REBOTINI, TECHNO-MASTER : « VOUS VOTEZ POUR MOI ? »

Arnaud Rebotini technikart

Premier artiste de musique électronique à être Césarisé, le Nancéien le plus krautrock dévoile un nouvel EP, New Territory, qu’on écoute en boucle cet hiver. Interview le temps d’un drop. 

Ton nouvel EP est autant italo-disco que techno hardcore. C’est ton côté « Schizo-Flex », comme on dit chez Technikart ?
Arnaud Rebotini : Ah ah ! Pas tout à fait. Il s’agissait plutôt de morceaux composés durant le confinement. J’étais un peu lassé des projets ambient à écouter chez soi,  il a donc suffi qu’on m’interdise d’aller en club pour que j’ai envie de faire de la musique de club ! 

Tes prochaines dates sont toutes dans des salles officielles, à quand ton retour en milieu underground ? 
C’est en train de se remettre en route, j’y reviendrai dans un futur proche. 

Depuis ton César en 2018 (pour 120 Battements par minute, ndlr), as-tu l’impression de devenir plus mainstream ?
Que très légèrement (rires) ! Le César m’a effectivement amené un bon coup de projecteur tout en couronnant ce que j’ai pu faire avant. 

Et comment l’as-tu vécu, ce coup de projecteur ? 
De manière agréable. Je n’ai pas eu à compromettre ma démarche artistique, et c’était bien mérité pour un film aussi beau que celui-là. 

As-tu l’impression d’être un artiste engagé ?
Pas vraiment : je ne fais pas de musique engagée, même si je fais de la musique électronique – qui est obligatoirement liée à la lutte LGBT, dont je suis un allié. Quand j’ai sorti mon EP This is a quarantine, j’ai voulu rendre hommage aux personnes qui ont tenu le pays pendant la crise, car sans eux on serait en guerre civile ! 

Et suis-tu de près la vie politique en France aujourd’hui ?
J’adore la politique, je regarde énormément de débats, ils suscitent un regard voyeuriste chez moi. Je suis assez fasciné par le côté match de boxe que ça peut avoir (rires). 
 

« J’AI PASSÉ L’ÂGE DE CHANGER DE NATURE. »

 

À la suite de cet EP éclectique, comptes-tu te consacrer à un genre en particulier ?
J’ai passé l’âge de changer de nature.  J’ai toujours exploré la musique dans toute sa richesse, je vais continuer comme ça.






Et à quand un NFT Rebotini ?
Ça ne m’excite pas. Je préfère les vinyles, car je peux les toucher. Le seul inconvénient des vinyles, c’est qu’ils sont plus pénibles quand je dois déménager… (Rires). 

Comment imagines-tu la teuf du futur ?
J’espère que la teuf post-Covid ressemblera à la Movida en Espagne, quand le franquisme est tombé et la jeunesse espagnole des années 1980 a créé ce mouvement culturel pluridisciplinaire.

Y a-t-il des artistes que tu aimerais voir percer ? 
Omezis ! C’est un collectif de Jazz de Strasbourg, avec qui j’ai travaillé et même co-écrit un EP, qui s’appelle Cheap House. On vient de faire un projet ensemble dans un esprit Bitches Brew (Album de Miles Davis, ndlr) et Krautrock, plus bouillonnant que Cheap House.

As-tu des projets de composition prévus pour le cinéma ? 
Oui, je travaille actuellement sur le prochain film de Robin Campillo et un film italien dont je ne peux pas parler pour le moment. 

C’est différent, de composer pour le cinéma ?
Totalement différent. La place du compositeur n’est pas du tout la même…Quand je travaille sur mes projets, c’est moi le chef, le metteur-en-scène, je fais tout. Quand je travaille pour le cinéma, j’apporte mon savoir-faire au réalisateur, qui est le chef. J’y trouve de l’intérêt, parce que ça me décharge d’une responsabilité et me permet de travailler avec des artistes intelligents.

Si tu étais Président, quelle mesure prendrais-tu pour la musique électronique ? 
C’est difficile comme question ! Je créerais des maisons de musique électronique, en réunissant tous les grands acteurs de la musique électronique en France, en commençant par le GRM (Groupe de Recherches Musicales, ndlr), les précurseurs du genre en France. Cette Maison permettrait aux jeunes de rencontrer des personnes plus expérimentées et mettre en avant de nouveaux talents. Vous votez pour moi ?

New Territory, Veyl Records

Par Malik Habchi
Photo Alexandre Lasnier