ANTONY VILLAIN, ALPINE DESIGNER : « UNE MARQUE NÉE DE LA COMPÉTITION, POUR LA COMPÉTITION »

Alpine A110 story technikart

Le Directeur design d’Alpine, Antony Villain, a permis à la berlinette A110 de 1962 de renaître 55 ans plus tard. Le designer star du Groupe Renault nous parle de ce modèle devenu « classic car ». Interview sur le podium. 

Légende photo : DUO DE CHOC _ L’ A110 d’aujourd’hui prend la pose aux côtés du modèle pionnier de 1962. Saurez-vous les distinguer ? 

En 2017, Alpine renoue avec son passé lors de la sortie de la nouvelle A110 et signe le retour d’une vraie sportive française. Quel enseignement tirez-vous de son succès ?
Antony Villain : Je ne sais pas si on attend le succès, mais on l’espère en tout cas ! C’est pour ça qu’on se lève le matin et qu’on crée des voitures. Un peu comme un musicien, qui ne compose pas forcément dans l’idée d’avoir du succès, mais qui l’espère secrètement… Quoiqu’il en soit, nous sommes tous très heureux du succès de l’A110. Ce n’était pas forcément chose aisée, après 20 ans de sommeil, et pourtant la voiture a trouvé son public presque immédiatement. Les enseignements que j’en tire c’est déjà que l’A110 d’origine a un design intemporel et que ses principes fondateurs (légèreté, compacité, agilité) n’ont pas pris une ride.

Lorsque l’on part d’un modèle mythique comme l’A110 de 1962, comment arrive-t-on à trouver le bon équilibre afin de propulser « un design de 55 ans » dans le monde d’aujourd’hui et de demain ? 
C’est un exercice qui n’est jamais simple. Avec mon équipe, nous avons conçu cette nouvelle A110 comme si ce modèle n’avait jamais cessé d’être commercialisé et d’évoluer au fil du temps, à savoir tout en douceur, un peu comme s’il s’agissait de l’A110 5ème ou 6ème génération. L’idée c’était que cette voiture ait un design qui traverse les années et qui devienne une « classic car ».

Les qualités indispensables pour être un bon designer ?
Ha ! Une curiosité permanente, une grande ouverture d’esprit, un bon coup de crayon, beaucoup de passion, et l’amour du travail en équipe !

Aujourd’hui, Alpine ré-intégre des courses mythiques comme la F1 ou les 24H du Mans. Le succès de l’A110 a t-il été la clé pour ouvrir ces portes ?
Si le retour d’Alpine avec l’A110 n’avait pas été couronné de succès, l’histoire se serait peut-être écrite de manière différente. L’A110 a remporté de très nombreux prix, y compris face à des voitures de sport coûtant deux à trois fois plus cher. C’est bien la preuve que la génétique sportive d’Alpine, une marque née de la compétition pour la compétition, est profondément ancrée dans l’ADN de l’A110. 



Est-ce que les pilotes influencent l’évolution du design des futures Alpines ?
Nos voitures sont bien plus qu’un exercice de style, elles doivent délivrer autant d’émotions que de performances. Mon crédo, c’est que « la forme suit la fonction ». L’A110 et nos futurs modèles sont le fruit de ce travail très étroit entre l’ingénierie et le design. Nous travaillons certains sujets design avec nos différents pilotes, soit nos pilotes d’essais, tout au long du développement de nos produits, soit avec nos pilotes de F1 sur des sujets très spécifiques mais là : c’est top secret !

Et pour terminer, votre dernier « coup de cœur design » ? 
Je dirais… le travail du Studio Drift, aux Pays-Bas. Des œuvres magiques, entre le design et l’art. Une approche singulière sur les objets mais aussi sur les émotions et l’expérience.

www.alpinecars.com

Par Julien Arparin