Inoubliable dans Thelma & Louise ou La Dernière Marche, Susan Sarandon, 79 ans, présentait son nouveau film, The Accompanist, au festival de Deauville, qui l’a récompensée pour l’ensemble de sa carrière. Lors d’une conférence de presse, elle a parlé cinéma, politique ou de son soutien à la Palestine. Morceaux choisis.
THE ACCOMPANIST
Lorsqu’on vous propose un projet, cela aide énormément que le réalisateur ait une vision et une véritable passion pour l’histoire qu’il veut raconter. Nous avons parlé longtemps et il m’est apparu clairement que Zach Woods était intelligent, qu’il se souciait réellement des choses et qu’il ne s’intéressait pas seulement à leur aspect superficiel.
Il m’avait envoyé une vidéo de la jeune fille qui joue dans le film (Everly Carganilla). Elle avait neuf ans et il avait déjà tourné un court-métrage avec elle. Elle était formidable. C’était important pour moi. Je me suis dit : « Pourquoi pas ? » Comment résister à l’idée de prendre l’avion et de faire un film ? C’était différent, amusant, et je n’étais pas certaine de savoir exactement comment jouer toute cette douleur qui se cache derrière mon personnage.
Nous avions très peu d’argent et très peu de temps. Pour moi, c’était aussi une expérience intéressante parce que j’ai beaucoup travaillé avec de petits budgets quand j’étais jeune. C’était vraiment amusant.
RÉCOMPENSES
Je ne sais pas toujours quoi dire lorsqu’on me demande ce que signifie recevoir un prix. Quand on vieillit, on a tendance à en avoir de moins en moins à foutre. C’est une sensation étrange de vieillir. J’ai 79 ans mais je suis extrêmement heureuse d’être invitée à Deauville. Je pense que raconter des histoires est une activité honorable et nécessaire.
POLITIQUE
Je pense que Trump n’est que le symptôme de quelque chose qui existe depuis très longtemps. Il n’a simplement aucun filtre, et personne ne semble vraiment le contrôler. Trump est juste un décorateur d’intérieur qui aime peindre les choses en doré (rires). Trump est fou et sous le contrôle des oligarques. Les Américains votent pour ce type de politique depuis des lustres et si vous observez les politiques qui ont été menées, ce n’est pas nouveau. Les problèmes que rencontrent les femmes aujourd’hui ne sont pas apparus du jour au lendemain, c’est le résultat de politiques au long cours. Heureusement qu’il existe encore des gens qui luttent discrètement pour changer les choses. C’est le rôle de l’artiste de commenter ce qui se passe et d’humaniser les gens que nous n’avons pas la chance de connaître. Que ce soit sur l’histoire palestinienne ou sur d’autres sujets graves. Je ne crois pas qu’un film doive vous dire quoi penser. Un film doit vous donner l’opportunité d’avoir une perspective différente. Le but, c’est qu’en sortant de la salle, vous ayez une vraie conversation.
ACTRICE
Je suis heureuse d’avoir survécu à mon métier d’actrice ! Je continue, j’essaie d’être authentique et gentille. Je suis fière de mes enfants et de mes petits-enfants. Et je suis heureuse d’être encore heureuse de faire ce que je fais. Je pense que le jour où je cesserai d’être curieuse, je serai probablement terminée.
THELMA & LOUISE
Quand j’ai lu le scénario, j’ai immédiatement pensé : « Mais qu’est-ce que c’est que ça ? » Au départ, c’était un tout petit scénario. C’est Ridley Scott qui l’a rendu aussi iconique avec ses plans sublimes dans Monument Valley, ces paysages… Quand on tournait, avec Geena (Davis), on s’amusait simplement ! On ne s’attendait absolument pas à ce que le film devienne ce qu’il est devenu. À l’époque, le paysage cinématographique était dominé par des hommes blancs hétérosexuels. Le film a provoqué beaucoup de réactions hostiles chez certains hommes parce que les femmes y avaient un pouvoir et une capacité d’action qu’on n’avait jamais vus auparavant.
On ne sait jamais ce dont la culture va s’emparer avec une œuvre. Je suis heureuse que Thelma & Louise soit devenu un symbole de l’amitié féminine, mais honnêtement, sur le moment, on ne se doutait pas que l’on était en train de faire un manifeste féministe.
GAZA
Je tiens simplement à rappeler à tout le monde qu’à l’heure où nous parlons, des enfants continuent d’être tués à Gaza et très peu de gens en parlent. Le droit international doit être restauré. Ma situation personnelle (la perte de contrats) est compliquée, mais ce n’est vraiment pas ça l’important. J’ai eu des problèmes liés au Premier Amendement (la liberté d’expression) aux États-Unis, mais ce que je traverse n’est absolument rien comparé à ce que vivent les enfants de Palestine, de Gaza, et d’ailleurs. C’est la seule chose importante à retenir.
The Accompanist de Zach Woods
Pas de sortie française pour le moment
Festival de Deauville
https://www.festival-deauville.com/
Par Marc Godin




