De Bertrand Bonello à Antoine Chevrollier, de Netflix à la Mostra de Venise, en passant par Cannes et le festival de Deauville, Sayyid El Alami a déjà traversé quelques-uns des territoires les plus excitants du cinéma français. Révélé par Oussekine, remarqué dans Leurs enfants après eux, il explose véritablement dans La Pampa. À 28 ans, il s’impose comme LA grande star de demain.
Quel est votre parcours ?
Sayyid El Alami : Ado, j’ai grandi à Toulouse. Je faisais du foot, puis le cinéma est arrivé dans ma vie vers 13-14 ans. C’est là que tout a vraiment commencé…
D’où vient cette passion ? Vous alliez beaucoup au cinéma ?
Même pas, je n’avais pas de sous pour aller au cinéma. Tout a commencé avec les films de Louis de Funès, La Tour Montparnasse infernale ou encore la série H que je regardais à la télé. Et ça me faisait trop rire. Puis j’ai commencé à regarder les making-of. Et là, j’ai vu des gens rigoler ensemble, travailler ensemble, faire des trucs en équipe. Je me suis dit que je voulais faire pareil. J’ai aussi grandi avec trois grandes sœurs et deux grands frères. Et j’ai surtout vu les films qu’ils aimaient. À sept ou huit ans, je regardais Rocky, Fight Club, Matrix, les premiers Fast & Furious… Ce n’était absolument pas de mon âge. Mes frères et sœurs m’ont donc fait grandir très vite.
Comment cela se passait à l’école ?
Je pouvais faire marrer les copains, mais je foutais surtout la merde. Sans faire de dingueries, mais j’aimais bien ça.
Vous avez pris des cours d’art dramatique ?
Non. Enfin, j’ai fait une MJC pendant six mois. Ma mère m’avait dit : « C’est soit la licence de foot, soit ça », parce que c’était un peu cher. J’y suis allé quelques mois. J’étais en troisième. J’ai dû faire trois mois où c’était des exercices d’impro, des trucs un peu bizarres. Moi, je voulais apprendre un texte et là, je faisais des trucs bizarres d’impro où l’on doit s’imaginer des choses. C’est seulement après coup que je me suis rendu compte que ça avait été une bénédiction. Parce que le cœur du jeu, c’est la croyance immédiate. Et nous, on faisait exactement ça : on s’imaginait des choses totalement fausses et on devait y croire. C’est la seule formation que j’ai vraiment eue.
Et ensuite ?
Mes parents ont accepté de me laisser libre de faire ce que je voulais, mais d’abord, je devais obtenir une mention au bac. J’ai eu la mention « Bien ». Je suis parti à Paris, j’étais boursier, et j’ai fait des études de langues, anglais-espagnol. Je suis allé jusqu’en troisième année. J’ai réussi à valider… enfin, en cinq ans !

Et à côté, vous commencez à faire de la figuration ?
Oui. J’ai fait beaucoup, beaucoup, de figuration. Au début, c’est fascinant. Et puis, je me suis dit que j’aimerais bien jouer. faire un petit truc. J’ai envoyé tellement de mails, des pavés… Je racontais ma vie. Ils en avaient ras-le-bol, mais personne ne me calculait. Je passais mes journées sur Facebook, sur les sites de casting…
Pendant ces années, avez-vous pris des cours d’art dramatique ?
Non. J’ai fait une école, vite fait. Au bout d’un mois, je me suis fait virer. J’avais compris qu’il fallait que je vive, que j’accumule des expériences, que j’observe. Quand j’avais 17-18 ans et que je suis arrivé à Paris, je me suis dit qu’il fallait que je lise beaucoup, que je regarde des films. J’allais à l’UGC Bercy, je rentrais par les escaliers sur les côtés. Je l’ai saigné, l’UGC Bercy ! Le MK2 Bastille aussi. Et après, la carte UGC Illimitée a changé ma vie.
Comment avez-vous commencé ?
J’ai eu des rôles importants, mais rien n’a changé. Cette désillusion, je l’avais acceptée. Mon premier vrai projet, c’est Messiah, une série américaine. Je me souviens de la post-synchronisation : neuf heures d’affilée. On avait fait toute la série et j’étais en Zoom avec les gens de Los Angeles. J’avais 20 ans et ils me disaient : « You’re gonna be a rock star, you’re gonna be amazing, so incredible… » Mais au fond de moi, je n’y croyais pas trop.
Signé Antoine Chevrollier, La Pampa a été présentée à Cannes en 2024, vous avez été nommé aux César et maintenant on parle de vous comme de l’un des futurs grands du cinéma français. Vous le ressentez comme ça ?
Non, je ne sais pas trop comment on me regarde, comment on m’envisage. C’est un métier tellement dur, tellement injuste. À 17 ans, si j’avais su que ça allait me prendre dix ans pour exister au sein du cinéma, j’aurais répondu : « Va te faire foutre ! » J’aurais trop souffert. Mais on peut dire que La Pampa a changé ma vie. D’ailleurs, je viens de refaire un film avec Antoine Chevrollier, Nord Loire, avec Damien Bonnard et Madame Binoche.
Qu’est-ce que ça représente pour vous d’être membre du jury au festival de Deauville ?
Je suis très heureux et honoré qu’on puisse me le proposer. J’étais venu une première fois il y a un an ou deux ans. Ils m’avaient invité et j’avais adoré. J’aime énormément ce festival parce que l’on voit des premiers longs-métrages, des films qui ne sont pas forcément distribués en France ou distribués dans très peu de salles. Je me construis comme cela. Je regarde des films et je vois des réalisateurs à travers leurs œuvres.
Et puisque nous sommes au festival du cinéma américain de Deauville. Quels sont vos goûts ?
Ma culture ciné est arrivée assez tard, vers 18-20 ans, dans les vidéoclubs. Les loueurs me conseillaient tous les films des années 1970, le Nouvel Hollywood, que je n’avais pas pu voir au cinéma parce que j’étais trop jeune. À ce moment-là, j’ai découvert Martin Scorsese. J’ai eu un choc avec Taxi Driver. Il y avait aussi les films de Jerry Schatzberg Panique à Needle Park, L’Épouvantail, puis Michael Cimino. Et évidemment, tous les acteurs qui ont travaillé avec eux… Hier, j’étais super content de voir Ethan Hawke. J’aime beaucoup son parcours. Voilà un mec qui fait en même temps des trucs grand public et qui va ensuite travailler avec des auteurs. Je trouve ça très intelligent.
Festival de Deauville
https://www.festival-deauville.com/
Par Marc Godin
Photos © Jean-Francois Robert




