Un étrange virus transforme les gays en… hétéros. Ovni pop, queer, punk et euphorique, Jim Queen, véritable arme de résistance massive, pulvérise tout sur son passage.
Dès les premières secondes de Jim Queen, on sait que c’est gagné. Ça couine, ça brille, ça transpire, ça gicle, ça chante faux et juste à la fois. Et surtout, ça vit. Rarement un film d’animation récent aura dégagé une telle sensation d’outrance camp et de liberté formelle, comme si chaque plan refusait obstinément de rentrer dans le rang. Le pitch lui-même ressemble à une hallu racontée après trois jours sous chemsex. Icône sexy et bodybuildé de la scène gay parisienne, Jim voit sa vie basculer lorsqu’il contracte l’hétérose, un étrange virus qui transforme les gays en… hétéros beaufs, bref, une IST qui rend peu à peu les gays bedonnants, mal fringués ou – horreur absolue – fans de foot ! Jim voit alors tout le monde lui tourner le dos, à l’exception de son dernier follower, Lucien, un garçon doux qui peine à s’assumer, surcouvé par sa môman homophobe, sinistre ministre qui évoque Christine Boutin. Ensemble, ils partent en quête d’un mystérieux remède capable de guérir Jim et d’empêcher l’extinction de l’homosexualité…
POLITIQUE, HUMOUR MUTANT ET PROSTATE
Peut-être moins trash qu’une BD de Ralf König, Jim Queen défonce, dénonce, et surtout, ne cherche jamais à être respectable. Et c’est précisément ce qui le rend euphorisant. Chaque séquence semble inventer ses propres règles graphiques : animation 2D volontairement sale, esthétique pop, explosions chromatiques, parties intimes floutées comme dans un film live… Mais derrière le carnaval visuel et l’animation régressive de Marco Nguyen et Nicolas Athané, deux prodiges de l’école des Gobelins, il y a surtout une belle rage politique. Jim Queen parle du regain d’homophobie dans le monde, du contrôle des corps, de la standardisation des désirs, du capitalisme émotionnel qui transforme les identités en branding permanent. Sauf qu’au lieu d’asséner ses thèmes avec le sérieux plombant du cinéma militant, le film agit comme une arme de résistance massive, choisit l’excès grotesque, la vulgarité pop et interroge le monde gay ultra fragmenté, entre les gym queens, les twinks, les bears, les loutres, les fetish, les kiffffeurs, les chemsexeurs… Bref, ça twerke pendant l’apocalypse et ça transforme la crise existentielle en comédie musicale trash. Le plus sidérant étant peut-être la manière dont le film réussit à être à la fois ultra-référencé et totalement imprévisible. On y croise des fantômes de Tex Avery, de Bill Plympton, de Satoshi Kon (Tokyo Godfathers), des mangas, et du cinéma queer underground des années 90, avec en bonus Philippe Katerine qui fait la voix de… la Prostate ! Simplement imparable.
Dans un festival de Cannes souvent obsédé par la gravité et la distinction culturelle, Jim Queen agit comme une bombe à paillettes jetée dans un salon diplomatique. Est-ce que Cannes s’en remettra ?
Jim Queen de Marco Nguyen et Nicolas Athané
Sortie en salles le 17 juin 2026
La réplique du jour :
« Ça me manque de ne pas aimer. »
Sara Giraudeau dans Garance
Par Marc Godin




