LE POINT PORCHER : LA STRATÉGIE DE LA MENACE FANTÔME

stratégie de la menace fantôme

Mais qui vous a fait croire que la guerre était à nos portes ? Pas de panique… Au vu du budget alloué à l’armement, soit nos dirigeants ne croient pas du tout à l’hypothèse d’un conflit, soit ils sont inconscients. L’économiste le plus pacifiste de France a sa petite théorie…

« Accepter de perdre ses enfants », « une guerre sur le territoire européen menée par Vladimir Poutine avant 2029 », « nous sommes la prochaine cible de la Russie, nous devons nous préparer à une guerre comparable à celle qu’ont endurée nos grands-parents », « La Russie est devenue une menace pour la France et l’Europe »… Voici les déclarations successives de Fabien Mandon, le chef d’état-major des armées ; de Raphael Glucksmann, député européen ; de Mark Rutte, Secrétaire général de l’OTAN et d’Emmanuel Macron, Président de la République.

Toutes ces proclamations convergent très clairement vers une menace de conflit entre l’Europe et la Russie d’ici trois ans. On imagine que les dirigeants qui les ont émises ont probablement plus d’informations que le commun des mortels, alors pourquoi, une fois qu’ils ont agité la menace d’une guerre, ces mêmes personnes deviennent amnésiques lorsqu’il s’agit de préparer l’économie à cette éventualité. C’est ce paradoxe entre la caractérisation très claire d’un danger dans la bouche de nos dirigeants, « la guerre », et la faible réponse économique qui y est apportée, qui décrédibilise in fine la perception du danger dans la population. Je vous explique.

DANGER MORTEL

Si la guerre est à nos portes, que les pays européens font tous ce constat, il faut donc mettre notre économie en mode « économie de guerre ». Qu’est-ce qu’une économie de guerre ? C’est une économie qui augmente très rapidement ses budgets militaires avec une commande publique importante, c’est une économie où l’État intervient massivement en planifiant des secteurs stratégiques, en subventionnant ou en réquisitionnant des entreprises. Tout cela entraîne une forte augmentation de la dette publique et une acceptation de déficit plus élevé au nom de la sécurité. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la France avait un niveau de dette publique à 200 %, un record. Pendant la Seconde Guerre mondiale, toujours, les taux marginaux sur les revenus ont atteint les niveaux les plus élevés aux États-Unis et en France avec des taux respectivement à 86 % et 72 %.

Où en sont les débats pour financer l’économie de guerre en France et en Europe ? François Bayrou, ancien Premier ministre, nous a prévenus que « la France est en danger mortel », pas à cause de la guerre… mais de la dette ! Pour Sébastien Lecornu, plus de danger de mort avec la dette, mais une nécessité de réduire les déficits. Et au niveau européen ? Pas question d’emprunt commun pour financer la défense, c’est-à-dire notre sécurité. Les États se focalisent toujours autant sur la question de la réduction des déficits.

La réponse des États est donc clairement insuffisante. Pourtant à chaque crise, l’État a été au cœur de la réponse à apporter. Souvenons-nous de la crise du Covid et du « quoi qu’il en coûte » qui a permis aux entreprises de survivre malgré l’arrêt de leur activité et aux salariés d’avoir un revenu avec le chômage partiel. Idem, pendant la crise de 2008 où des sommes en milliards sont venues au secours de l’économie. Pourquoi, alors qu’une guerre est probablement plus dangereuse que les deux crises citées précédemment, nos dirigeants refusent de mettre les moyens pour s’y préparer et par la même faire en sorte de l’éviter ?

Il faut être clair. Soit la guerre est à nos portes et nos dirigeants sont complètements idiots, soit ils exagèrent le danger de la guerre pour créer un effet de sidération et faire accepter des réformes que les populations ne veulent pas. C’est ce que l’écrivaine Naomi Klein appelle « la stratégie du choc » : créer un choc psychologique permettant d’appliquer des réformes libérales que les populations ne veulent pas. Alors danger réel de guerre ou instrumentalisation par certains politiques ? L’histoire nous le dira.


Par Thomas Porcher