LA REJECTION THERAPY

la rejection therapy

Il y a 10 ans, l’internet s’enflamme autour d’une méthode supposée vacciner contre la peur du rejet. Alors qu’elle est de retour dans nos algorithmes, on l’a testée pour vous.

« 2026 est le nouveau 2016 ». Ces dernières semaines, il n’est pas une story de mes amis qui n’affiche ce mantra par-dessus des images ultra-crusty – filtre valencia rosé compris dans 80% des cas. Je cède moi aussi à la trend en testant une méthode qui s’offre un son grand retour pour fêter ses dix ans : la rejection-therapy.

Tout commence avec Jia Jang, un jeune entrepreneur venu de Chine dans les années 2000, « pour devenir plus grand que Bill Gates ». En 2016, tout s’écroule. Sa toute jeune compagnie accuse un refus de financement. Découragé, il l’abandonne. Quelques jours plus tard, il découvre un jeu créé par Jason Comely, une sorte de wannabe Elon Musk canadien. Le but ? Chaque jour pendant un mois, demander des choses incongrues à des inconnus pour apprendre à demander l’impossible. Beau joueur, Jia Jang décide d’étendre le défi à 100 jours, et publie chaque fois une vidéo sur son blog. Tantôt mignonnets (demander à un père noël de grand magasin de s’asseoir sur ses genoux), absurdes (demander à accueillir des gens au Starbucks) ou audacieux (demander à donner un cours en remplacement d’un professeur des universités), ses requêtes ont même parfois été reçues à l’affirmative. « Ne pas laisser les refus nous définir, à force d’essayer, on obtient toujours des oui » : si cette recette ressemble beaucoup à celle des dragueurs de rue, elle a fait le succès de l’entrepreneur – invité à la présenter dans un TED Talk de 2017.

À TOUS MES INTROVERTIS : ÇA MARCHE !

Depuis quelques mois, je vois sur les réseaux fleurir des contenus vantant cette méthode. Cette fois, il n’est plus forcément question de devenir un entrepreneur à succès ou de briller professionnellement, mais plutôt d’apprendre à vaincre sa timidité pour s’épanouir personnellement. Le chemin est tentant. Je décide donc d’y faire mes premiers pas. Un matin – suivant les conseils d’une jeune femme qui dit pouvoir à présent se balader avec le visage badigeonné de vert dans la rue, je me rend dans une boulangerie. Au moment de payer mon croissant, je demande à la boulangère si je peux l’avoir gratuit. Réponse : « Non », grimace outrée en supplément. Un peu gênée, je tends piteusement mes deux euros et m’enfuis la tête haute. Le lendemain, je réclame le mot de passe WIFI « employés » de la Fnac, mais ne me sens pas particulièrement fière quand le caissier agacé me le donne, après avoir appelé son manager pour une autorisation.

Heureusement, vient le temps de mon rendez-vous psy mensuel. Assise devant elle, je me confie : « J’ai testé la rejection-therapy mais ça marche pas. » Sourcils un peu froncés, elle regarde l’écran de mon téléphone sur lequel je lui montre les vidéos qui m’ont inspirées. « En psychologie comportementaliste, on appelle ça une thérapie d’exposition. Lorsque des personnes ont des phobies contraignantes, on leur propose d’y faire face petit à petit. » Si l’on prend les choses de façon caricaturale, une personne phobique des ascenseurs, à force d’en prendre pour un étage, puis deux, puis dix, ne s’effondrera plus devant la dite situation. « Sauf que là, c’est un peu différent. Une thérapie, ça ne concerne que soi. Dans ce concept des 100 jours, il s’agit souvent d’entrer dans la sphère de quelqu’un d’autre, pour apprendre à ne pas être dérangé par sa gène. Ça tire vers ce qu’on appelle la stratégie d’indifférence. »

CONFRONTATION + VÉRIFICATION

Alors que je remballe mes vidéos, ma psy enchaîne : « En revanche, ce qui est intéressant, c’est cette histoire de déconstruire nos représentations du rejet. » En effet, quand je regarde les bilans des adeptes du concept, une idée revient. à force de tentatives, ils ont commencé à demander les raisons du refus. « Bien souvent elles n’ont rien à voir avec nous ! » s’exclame sur TikTok la fille du début (celle au visage peint en vert). Alors, pour reprendre sa formulation : à tous mes introvertis ! Non, demander à la Nasa de vous prêter une combinaison de cosmonaute ne vous rendra pas particulièrement moins timide. Au maximum, cela vous vaudra votre heure de gloire sur les réseaux. Par contre, lorsque vous avez besoin de quelque chose et qu’on vous le refuse, demandez la raison du « non ». Cela vous évitera, comme Jia Jang, de lâcher votre idée par ce qu’on vous a refusé quelques dollars.


Par Adèle thiery