Amour, sexe et BDSM. Avec Pillion, le réalisateur britannique Harry Lighton s’attaque aux dynamiques de domination et aux fragilités masculines avec une précision chirurgicale. Un premier film drôle et audacieux, qui questionne l’intimité contemporaine.
C’est votre premier long métrage. Quel est votre parcours ?
Harry Lighton : J’ai étudié la littérature anglaise à l’université. Au départ, je voulais devenir romancier. Puis j’ai commencé à faire des courts-métrages très fauchés, sur une fellation ou un glory hole, des films qui parlaient déjà de sexualité et de transgression, des thèmes qui m’ont toujours intéressé.
Comment est né Pillion ?
On m’a envoyé le roman Box Hill. J’ai adoré le ton. On peut rire à une phrase, être bouleversé à la suivante, puis réfléchir profondément. Il y a quelque chose de très vif, presque comme un « coup de fouet » émotionnel. J’ai voulu retrouver cette complexité dans mon premier long-métrage.
Pourquoi avoir changé le titre en Pillion ?
Le mot désigne le passager à l’arrière d’une moto, mais il a aussi un sens plus figuré : une position passive ou « bottom » dans une relation. Ce double sens m’intéressait.
Comment avez-vous financé un film aussi audacieux pour un premier long-métrage ?
Après un court-métrage remarqué, la BBC m’a proposé de développer un long. Ils ont soutenu l’écriture puis le financement. Le BFI (via la Loterie nationale) et d’autres partenaires britanniques ont contribué. Le budget restait modeste, mais suffisant pour faire le film.
Combien de temps a duré le tournage ?
Environ cinq semaines et demie. C’était rapide et intense, je tournais une prise, parfois deux. Nous avons dû tourner certaines scènes très importantes dès le premier jour.
Vous montiez le film en parallèle ?
Oui. On regardait chaque soir ce qu’on avait tourné. Cela permettait parfois de corriger ou retourner certaines scènes si on avait encore accès au décor.
Comment avez-vous choisi les acteurs principaux ?
Pour Harry Melling (découvert dans Harry Potter, NDR), j’aimais son visage, très expressif. Il peut rendre attachants des personnages complexes. Pour Alexander Skarsgård, je pensais qu’il refuserait. Mais il a aimé le scénario, m’a appelé le lendemain et a accepté très vite.
Était-ce difficile de diriger Alexander Skarsgård pour un premier film ?
Pas du tout. Il est très ouvert, très collaboratif. Il propose des idées. Ce n’était jamais une vision contre l’autre, mais un dialogue.
Comment avez-vous vécu ce premier tournage ?
J’ai adoré. J’attendais ça depuis des années. C’est intense : un réalisateur prend des milliers de décisions par jour. Mais j’ai appris qu’on n’a pas besoin d’avoir toutes les réponses. Il suffit de reconnaître quand quelque chose ne fonctionne pas et de chercher collectivement une meilleure solution.
Pourquoi avoir tourné à Bromley, banlieue sud de Londres, patrie de Siouxsie Sioux et de David Bowie ?
Mon producteur est de Bromley. C’est un lieu à la fois banal et spécifique, avec une grande rue commerçante et des zones plus résidentielles. Je voulais un contraste entre le quotidien très ordinaire et la vie intime des personnages.
Le film montre des scènes de sexe explicites. N’aviez-vous pas peur de choquer ?
Je voulais éviter toute pruderie. Si je fais un film sur le désir kinky et que je cache le sexe, cela reviendrait à le juger. Je voulais le montrer frontalement et laisser le public décider : est-ce excitant, troublant, dérangeant, attendrissant ? À lui de voir.
Comment les acteurs ont-ils réagi à ces scènes ?
Le scénario était déjà très explicite, personne n’a été surpris. Tous savaient à quoi s’attendre. Le but n’était pas de provoquer gratuitement, mais d’être honnête.
Aviez-vous un coordinateur d’intimité ?
Oui, et c’était essentiel, notamment pour la scène de fellation du début. Il apportait des solutions techniques très précises pour filmer les scènes de manière crédible et sécurisée.
Est-ce un film sur le BDSM ou sur l’amour ?
Pour moi, c’est surtout une histoire d’amour. La vraie question est : le désir, même extrême, est-il compatible avec l’amour ? Les personnages n’ont pas la même réponse. Le film explore aussi l’idée qu’on se fait de l’amour à travers la famille, la société et la difficulté de trouver sa propre version.
Le film mixe humour et émotion. Était-ce intentionnel ?
Oui. Je voulais que le public rie à un moment, puis ait le cœur brisé à un autre. Cette alternance reflète la complexité de la relation.
Comment le film a-t-il été reçu en Angleterre ?
Très bien par la critique britannique. Je m’attendais à plus de réactions négatives. Bien sûr, le sujet peut déranger, mais le film semble avoir trouvé son public.
Comment avez-vous vécu la présentation à Cannes ?
C’était incroyable, presque irréel. L’un des moments les plus intenses de ma vie.
Avez-vous déjà un deuxième film en préparation ?
Oui, plusieurs producteurs m’ont contacté. Dès le mois de mars, je vais passer cinq mois à Paris pour travailler sur un nouveau projet.
Pillion de Harry Lighton
En salles le 4 mars 2026
Par Marc Godin




