TEST : COMMENT GÉRER VOTRE SWAG-GAP AU TRAVAIL ?

test swag gap travail

Une fois assimilé que 70 000 heures de votre vie seront consacrées au travail, (soit environ 3 000 jours à fréquenter vos collègues et 430 semaines à les mépriser) il devient concevable qu’une compétition basée sur autre chose que leurs qualités professionnelles prenne le dessus.

Ennemi des couples, fléau des amitiés, source de conflit dans les fratries… Le swag-gap n’épargne personne. Décalage plus ou moins subtil de « coolitude » (quel affreux mot) entre individus ; cette expression anglaise n’a d’autre utilité que de gangrener les relations. Pourtant, il suffit de relever le nez de son ordi dans l’open-space pour noter que le mauvais goût et la ringardise ont encore de beaux jours à vivre. L’écueil serait de se croire le vainqueur du swag-gap face à ses collègues (seule notre Rachida nationale a décroché ce passe-droit). Faites le test puis allez vous regarder, si besoin, dans le miroir.

FAITES NAÎTRE L’INSÉCURITÉ
Entre la RH en jean slim, votre associé et ses petites chaussettes blanches, l’alternante décolorée et le mec du marketing accro à son costume bordeaux, il n’est pas compliqué de passer pour Alexa Chung. Profitez de votre supériorité pour installer un climat d’insécurité. Un regard de haut en bas, un sourcil ostensiblement relevé, un pincement des lèvres… De quoi faire comprendre à vos collègues qu’ils ont l’air de se vêtir dans le noir. En contraste, vous êtes le phénix des hôtes de cet open space.

PRENEZ LE CONTRÔLE DE LA BOÎTE
Une fois l’entièreté de l’entreprise au courant que vous régissez les règles du bon goût entre ces murs, il faut passer à l’action sans tarder. Plus à l’aise socialement que vos confrères, les clients vous mangent dans la main. Et ça, le patron l’a bien remarqué. Charismatique, intelligente et cultivée, vous devenez sa référence. À tel point qu’à présent, ce plouc de Christophe a besoin de votre avis éclairé sur chacune de ses décisions. Chuchotez à son oreille et laissez-le croire que vos éclairs de génie sont les siens. Patience.

EXIGEZ DES AVANTAGES
C’est bien ce que fait Jeanne d’Hauteserre à la mairie du 8e, non ? Pour gouverner, « il faut être bien sapé ». En vous autoproclamant ambassadrice de l’entreprise (c’est pas les babos du CSE qui s’en plaindront), des frais supplémentaires au bienfait de votre rayonnement doivent être engagés. Puisque les autres employés ne font aucun effort – alors qu’ailleurs, des patrons vont jusqu’à choisir le parfum de leurs subalternes – une jolie prime pour faire enfler votre dressing n’est pas de trop. L’habit fait le moine.

FAITES VIRER LE DA
C’est lui votre véritable ennemi. Le seul et l’unique à pouvoir vous reléguer à l’horrible étiquette de « la norme », cet idiot de directeur artistique accro à TikTok. Son trench impeccablement taillé, ses chaussures de marque chinées pour « trois fois rien », sa mèche faussement rebelle et ses lunettes de soleil sur le nez même quand il pleut. Mais pour qui se prend-il au juste ? Une bousculade dans les escaliers, un parking mal éclairé ou son PC encore ouvert sur son compte X… Les possibilités de neutralisation sont infinies. À vous d’agir.

IGNOREZ LES NONCHALANTS
Ils se font passer pour des anticapitalistes mais vous n’êtes pas dupe, ce ne sont que des flemmards doublés de ringards. Méfiez-vous de ces moralisateurs en chino kaki qui tentent de vous faire évoluer vers le dégoût du superficiel. Vous détenez la vérité contrairement à ces auditeurs de Nova mal lavés. Aussi, prenez garde à ce qu’ils ne fassent pas courir leur parabole d’hérétique dans toute la boîte, les mutineries sont à la mode. Et comme disait un grand sage aux cheveux blancs et lunettes noires, la mode « est faite pour remonter le moral ». Ya, Karl.

INVENTEZ DES CONCEPTS
À présent que votre hégémonie sur l’ensemble de vos collègues est solidement assise, vous avez le champ libre pour inventer les règles. Le lundi ? Tout le monde en noir. Le mardi ? Talons obligatoires. Le mercredi ? Apprentissage des couleurs complémentaires (Julie pense encore que le rouge et le vert vont ensemble). Le jeudi ? Recadrage des algorithmes Insta pour éviter que les boomers ralentissent le groupe. Le vendredi ? Afterwork dans le tout nouveau bar audiophile du 10e. Le lieu idéal pour un choc des cultures. Et le week-end ? Vous reposez votre génie.

DÉMISSIONNEZ, ENFIN
Face à la médiocrité ambiante, il vaut mieux fuir avant d’être avalée. Soyez-en certaine, personne ne vous oubliera. S’ils n’ont pas su estimer leur chance de vous compter dans les rangs, c’est tant pis pour eux. Dites-vous plutôt que votre mission s’achève ici. Sabine a abandonné les motifs à fleurs, Jérôme sait reconnaître du bleu céruléen, Hugo ne met plus aussi souvent ses TN, Charly a acheté des chemises à sa taille et Solène a jeté ses vilains bijoux en toc. Vous pouvez partir avec le sourire. Héroïne, va.


Verdict: Vous cochez plus de trois cases ? Vous méritez d’être décorée Chevalier des arts et des lettres.


Par
Suzanne Derquine