REAL MUZUL : « 80-90’S ? L’AVALANCHE DES SAMPLES ! »

Real Muzul

Le journaliste Real Muzul (Get Busy, Soul Bag), publie (avec Da Cockroach) Here come the drums, un essai sur les machines qui ont transformé le rap dans les 90’s avec les histoires de ceux qui les ont utilisés. Attention, interview (très) niche.

Comment prononce-t-on ton nom : « Ré-al » ou « Real » Muzul ?
Real Muzul : Real Muzul.

Pourquoi ce pseudonyme ?
J’avais un nom hip-hop dans les 90’s, dérivé de muselière. Ferme-là, quoi. Le jour où j’ai voulu m’inscrire sur un forum dont j’ai oublié le nom, c’était pris. Alors, voilà.

Ok, ok. Passons à Here come the drums. Pourquoi faire un livre sur les « drums machine » ?
Ça a commencé avec le co-auteur, Da Cockroach. Il a fait des livres sur les hip-hop (6 Million way to dig, We can be stop), pour lesquels il m’avait contacté. Puis, on a eu tous les deux envie de faire un livre sur le beatmaking.

Ton pitch pour le vendre à Noël ?
Avec Da Cockroach, on a fait le premier livre en français sur les machines du hip-hop. La première moitié parle des machines qui ont successivement révolutionné le hip-hop. La seconde partie, se sont les acteurs eux-mêmes qui racontent cette histoire, à travers 70 interviews.

D’où vient le titre ?
De Public Enemy, le morceau « Can’t Truss It », qui commence avec cette phrase. Un titre qui parle de la traite négrière.

Et pourquoi le faire par le biais des machines ?
Afin de décrire une période, celles des années 1980 et 1990, où toutes les machines sont détournées de leur usage. Elles sont triturées, utilisées sans tuto, découvertes empiriquement. On voulait montrer que les révolutions successives au sein du hip-hop proviennent chaque fois de la découverte de nouvelles machines.

Par exemple, la machine des Run-DMC ?
Sur les premiers albums, ce n’est que du beat avec la Oberheim DMX, fait par Davy DMX.

Et celle qu’utilisait Marley Marl ?
Il a mené la révolution sampling avec la SP-12, une machine qui permettait de sampler pendant cinq secondes. Ensuite, la SP-1200 permettait de sampler pendant dix secondes. Avec peu, il a fait beaucoup.

Sait-il, quand il se procure la SP-12, qu’il ne pourra sampler que cinq secondes ?
Aucune idée. En revanche, quand Dee Nasty l’achète, il sait que Marley Marl l’a utilisé et il sait ce qu’il peut faire avec. L’exemple de la SP-12 est intéressant, parce que c’est une machine avec plein de limites. On voit donc comment les beatmakers ont essayé de dépasser toutes les règles.

Les Beastie Boys utilisaient quelle machine ?
Sur « Paul River », la TR-808. Mais ils font partie de ces groupes qui ont presque tout utilisé.

Et Public Enemy ?
Toutes, et en même temps. C’étaient des savants fous. Le fumeux sub de la TR-808, qui fait un tapis de basse, ils l’ont utilisé partout. Dans leurs premiers morceaux, ils se sont notamment servis d’un EPS-16.

Qui, au sein de Public Enemy, était l’homme des machines ?
Hank Shocklee était le mastermind. Cette production bruyante vient de lui. Quand tu écoutes de la soul progressive, type Isaac Hayes, il y a toujours un moment où tu as plein d’instruments qui tournent en même temps. C’était un instrument = un sample.

Dans les 90’s, en France, qui était le meilleur pour triturer les machines ?
Pour la variété de ce qu’il a pu faire, Sulee B Wax. Quand il a fait le premier album des Little MC, c’était sec et agressif, le morceau d’après funky et moelleux. Mais je ne peux pas ne pas citer Imhotep et Akhenaton dans IAM, en particulier l’album Ombre est lumière. Une avalanche de samples !

Qui avait, en France, un son « cool rap » à la Prince Paul des De La Soul ?
Je dirais Gutsy, de Alliance Ethnik.

Y a-t-il eu une nouvelle machine au début des années 2000 qui a bouleversé le son ?
On n’est pas allés jusque-là dans le livre. Après les 90’s, les productions se sont dématérialisées.

Alors, retournons aux 80’s. Qui s’est servi de la Linndrum en premier : Duran Duran ou les rappeurs ?
Prince ! Elle coûtait une fortune. C’est la Rolls des machines. Son inventeur, Roger Linn, est dans le livre. On comprend avec lui que toutes les machines ont d’abord été utilisées dans la pop. En fait, Roger Linn était un ingénieur du son qui jouait de tous les instruments. Mais pour ces tournées, il ne trouvait jamais de batteur. Alors, il a inventé la Linndrum, capable de reproduire le vrai son d’une batterie.

Les Parliament étaient-ils pionniers dans l’utilisation de boîte à rythme ?
Sur le premier album, Up For The Down Stroke, on entend effectivement une boîte à rythme. De même chez Sly Stone, dans There’s a Riot Goin’ On.

Parlons de Get Busy. Premier fanzine hip-hop en France, l’aventure continue aujourd’hui sur Youtube. Comment l’histoire a-t-elle démarré pour toi ?
Dans les 90’s, c’était l’organe de diffusion de la culture hip-hop, les seuls en France à avoir de superbes interviews de Ice-T, Gangsta ou Hijack… Je suis arrivé au moment où Sear, son rédacteur en chef, l’a lancé à la radio. On a fait de la radio filmée, ce qui a intéressé Mouloud Achour, avec Clique. Pendant quatre saisons, on a fait intervenir les grandes têtes du hip-hop. Maintenant, sur Youtube, on veut retrouver le format original de Get Busy, et parler de tout. On a reçu Philippe Manoeuvre, Brigitte Lahaie, Bob Sinclar, Jérôme Pierrat, Viktorovitch, Olivier Delacroix…

Et écoutes-tu le rap qui sort aujourd’hui ?
Peu. Des mecs sont fans de G-Funk. Moi, de boom-bap nineties…

Da Cockroach, Real Muzul, Here come the drums, Marabout,
240 pages, 35 €

 

Par Alexis Lacourte
Photo Amara Ait Idir