NASTYA GOLUBEVA, L’APPARITION

"Les Rayons et les Ombres" Photo : © Christine Tamalet

Dans le sublime Les Rayons et les ombres, Nastya Golubeva , 21 ans, incarne une actrice, fille d’un collabo de la Seconde Guerre mondiale, prise dans les filets de l’Histoire. Magique, elle irradie l’écran et le cinéma français ne sera jamais tout à fait le même… 

Dans le tragique et puissant Les Rayons et les ombres, de Xavier Giannoli, consacré aux ambiguïtés de la France sous l’Occupation, Nastya Golubeva incarne un personnage pris dans les contradictions morales de l’Histoire. Une figure complexe, ni héroïne ni traîtresse, ni symbole ni simple victime de l’histoire. À l’image du film lui-même, subtil et puissant, qui s’attache moins à distribuer les bons et les mauvais points qu’à explorer les zones troubles de l’Occupation. 

Fille du cinéaste Leos Carax, Nastya Golubeva, 21 ans, incarne Corinne Luchaire, star montante du cinéma français à la veille de la Seconde Guerre mondiale, la « Greta Garbo numéro 2 », fille du journaliste collaborationniste, Jean Luchaire. Avec ce rôle exigeant, énigmatique, Golubeva crève l’écran. C’est tout simplement l’une des plus belles révélations de l’histoire du 7e art. Comme une apparition, elle fissure l’écran et déchire la rétine du spectateur. Un miracle ! À la fois précis, intense et opaque, son jeu semble toujours garder une part de mystère. Sur l’écran, elle donne souvent l’impression d’être en léger décalage avec le monde qui l’entoure, une qualité précieuse dans un film qui s’intéresse justement aux individus pris dans des systèmes plus grands qu’eux.

Aujourd’hui, pour la première fois de sa vie, Nastya Golubeva est en promo dans un palace parisien, répondant à la chaîne des journalistes médusés. On la découvre tout d’abord au naturel, avec sa chienne, tentant en vain de trouver un endroit pour griller frénétiquement une cigarette. « Je peux me mettre à la fenêtre ? » Elle ressemble à une étudiante, timide et perdue. En interview, avec sa chienne labrador à ses pieds, elle semble dubitative et ses réponses franches tranchent avec celles des vieux routiers des junkets, écrites par des communicants fatigués. Rencontre avec LA star de demain. 

 

Vous venez d’où ? Vous faisiez quoi avant Les Rayons et les ombres ? 
Beaucoup de choses… mais rien de vraiment professionnel. J’ai fait du théâtre, de la musique. Et je suis tout le temps avec ma chienne. Elle a huit ans et demi, c’est mon double. Elle me suit partout.

Comment êtes-vous arrivée sur ce film ? 
J’ai passé un casting, tout simplement. J’avais rencontré une agente quelques mois auparavant. Elle m’avait envoyé plusieurs projets pour lesquels je n’avais pas été prise. Puis un jour, elle m’envoie celui-ci. Je n’y croyais pas du tout, mais j’y suis allée quand même. Et là, il s’est passé quelque chose.

Lors du casting, vous avez joué la scène où Corinne Luchaire se présente ?
Oui. J’arrive, je dis : « Bonjour, je m’appelle Corinne Luchaire, j’ai 18 ans. » En réalité, j’en avais 19 à l’époque. Et je pense que je suis arrivée très en colère, parce que j’étais persuadée que je n’allais pas avoir le rôle et que j’allais m’humilier. Cette colère a peut-être joué… 

Et soudain, vous vous retrouvez dans une énorme production…
Oui. Quand j’ai appris que j’avais le rôle, j’ai été bouleversée par l’histoire de Corinne Luchaire. Je me suis dit, si j’ai été choisie, je ne peux pas rater ça. Il faut tout donner. Ça ne sera jamais assez, mais je voulais être la meilleure version possible d’elle.

Comment vous êtes-vous préparée ?
J’ai regardé beaucoup de films des années 1930 et 1940, notamment ceux avec Greta Garbo, parce que c’était le modèle de Corinne Luchaire. Et puis j’ai vu beaucoup de films et d’archives sur la période de la collaboration. La préparation a duré environ trois mois.

Le tournage a-t-il été long ?
Quatre mois. Moi j’ai eu environ soixante jours de tournage. C’est énorme, surtout quand on débute. Évidemment il y a de la pression, mais c’est une bonne pression, une montée d’adrénaline, presque un état de survie. On se dit : « on y est, il faut plonger. »

Comment ça se passe avec le réalisateur Xavier Giannoli ?
Il a été formidable. Au début j’étais très stressée, je ne connaissais rien aux aspects techniques. Il m’a dit : « On ne cherche pas à faire un bon film. On est là pour chercher. » Ça m’a beaucoup aidée. Il est très généreux, il pose des questions, il laisse du temps. Pour commencer, je n’aurais pas pu tomber sur quelqu’un de mieux.

Vous doutiez parfois pendant le tournage ?
Tout le temps. Parfois, il y a une grâce qui passe, parfois rien. C’est comme la vie : ça ne peut pas être intense en permanence.

Vous regardiez les images tournées ?
Presque jamais. Je travaillais un peu en aveugle, en faisant confiance au réalisateur. Parfois il me montrait le combo pour des questions de placement, mais c’était rare.

Vous avez eu le sentiment de défendre Corinne Luchaire ?
Un peu, oui, mais je n’aurais pas la prétention de dire ça. Elle n’était pas innocente non plus. Elle a fait des erreurs dans une époque où il ne fallait pas en faire. Mais elle a aussi fait confiance à son père. C’est une histoire humaine, tragique, et très fragile.

Vous connaissiez l’histoire de la collaboration ?
Je connaissais la Résistance, l’extermination, les grandes conséquences de la guerre… Mais la collaboration, beaucoup moins. C’est un angle dont on parle peu. J’avais une vision très simple : les gentils, les méchants. En découvrant ça, j’ai compris que c’était plus troublant que ça.

Et maintenant ?
Je ne sais pas. Je vais déjà me coucher ce soir, et on verra demain. Bien sûr, j’aimerais continuer le cinéma. Mais parfois, je me dis que peut-être ce film était LE rôle. Parce que je découvrais tout en même temps. Peut-être que c’est ça qui a donné quelque chose de juste.

Les Rayons et les ombres de Xavier Giannoli
Sortie en salles le 18 mars 2026


Par Marc Godin

Photo : © Christine Tamalet