LA RELÈVE DU CINÉMA 2026

En cette période de prix, Technikart a rassemblé, dans les salons feutrés de La Fontaine Gaillon (Paris 2e), les comédiennes et comédiens dont la filmo naissante promet de grands lendemains. Lights, camera, action !

Interviews Max Malnuit, Laurence Rémila, Klervia Lelong

 

NADIA MELLITI

Nadia MELLITI


Étudiante en sciences du sport, footballeuse de haut niveau (elle a fait partie de l’équipe féminine du PSG) et désormais actrice, Nadia Melliti crève l’écran dans
La Petite Dernière, adaptation du roman autobiographique de Fatima Daas mis en scène par Hafsia Herzi. Distinguée à Cannes (Prix d’interprétation) pour son premier rôle, elle avance désormais vers la grande messe des César du cinéma.

Après avoir été repérée dans la rue, ta première expérience de jeu était le casting de La Petite Dernière ?
Nadia Melliti : Quand on est venue me voir en pleine rue, j’ai d’abord cru à une blague. Puis j’ai fini par prendre ça au sérieux et me rendre à l’audition, c’était de l’improvisation pure, j’ai adoré la liberté que ça permettait et je crois que je me suis beaucoup amusé.

Comment as-tu préparé le rôle de Fatima ?
La lecture du roman m’a permis de l’imaginer avec sa spiritualité, sa poésie mais aussi sa solitude, puis j’ai rencontré Fatima Daas, je me suis imprégnée de son langage corporel et de son énergie. Ensuite, il a fallu devenir le personnage et entrer dans son mindset donc je n’ai parlé du rôle à personne, j’avais besoin de ce silence pour être au plus près d’elle.

Ta rencontre avec Hafsia Herzi ?
Un regard a suffi pour qu’on se comprenne, elle m’a interrogée sur ce qui m’anime, sur mon parcours, et je me suis sentie réellement écoutée. De là est née une confiance précieuse, qui m’a permis d’aller loin dans ce personnage complexe, dont l’intimité est centrale.Et quand Hafsia m’a proposé d’intégrer le football au film, je crois qu’on est définitivement devenue amie…

Le sport a une place centrale dans ta vie, dans celle de Fatima aussi.
J’ai commencé à neuf ans, à l’époque, le football féminin était peu développé, alors je jouais en équipe masculine avant d’intégrer des grandes sélections. Le sport est un moteur dans ma vie, au point d’en faire mes études pour transmettre cette passion. Pour Fatima, c’est un refuge qui lui permet d’évacuer la pression qu’elle porte, du moins un petit peu.

La scène de fin ?
Elle condense toute la force et la résistance de Fatima. Elle résonne aussi avec le dernier jour de tournage, quand j’ai dû lui dire au revoir après avoir tant partagé. Même après une quinzaine de visionnages, elle me bouleverse toujours. Récemment, j’ai évité la fin en projection pour ne pas être submergée avant les échanges avec le public.

La suite pour toi ?
Continuer à étudier, à explorer le cinéma et voir jusqu’où je peux aller.


Photos Samuel Fabia Boccara

 

 

MANON CLAVEL

MANON CLAVEL


Actrice principale dans
Kika d’Alexe Poukine, Manon Clavel incarne une mère convertie en travailleuse du sexe. Rôle dont la délicatesse lui vaut une nomination aux César.

Après 37 jours de tournage, que reste-t-il en toi de Kika ?
Manon Clavel : Ce rôle a été une vraie performance physique. Mon travail est mis en lumière, alors professionnellement, c’est très joyeux. C’était une aventure folle qui m’a donné confiance et envie d’aller plus loin.

Premier grand rôle, mais aussi première nomination aux César. Que représentent ces possibilités de prix ?
Gagner le prix, ce serait formidable, mais j’ai l’impression d’avoir tout gagné en étant nommée. J’étais bouleversée quand j’ai vu que c’était le cas.

Quel est ton mantra ?
Ne pas avoir peur de la honte. En tant qu’actrice, un de nos ennemis, c’est la peur du ridicule. Quand on arrive à s’oublier et à oublier qu’on est regardé, on touche, pour moi, la grâce dans le jeu.

La suite pour toi ?
Il y a plein de projets qui me réjouissent énormément. Le prochain que je vais tourner, c’est un film de Alaa Eddine Aljem, un réalisateur marocain. Je ne regarde pas que le cinéma français ou américain, et j’aspire à jouer dans des films étrangers.


Photo Axel Vanhessche

 

ANJA VERDEROSA

Anja VERDEROSA


Dans la peau de l’extravagante Queen, Anja Verderosa est la révélation du long métrage d’Aurélien Peyre,
L’Épreuve du feu. Son prochain haut fait ? Son rôle dans Mémoire de fille de Judith Godrèche.

Dans L’Épreuve du feu, tu incarnes Queen, une bimbo extravertie et cash. Quel a été l’apprentissage que tu en as tiré ?
Anja Verderosa : Être soi-même. Ne pas être quelqu’un pour faire plaisir à l’autre. C’est un travail d’une vie, je ne suis vraiment pas au bout, mais c’est déjà bien d’avoir commencé le processus.

Tu fais du théâtre depuis que tu as 5 ans. Quelle différence fais-tu avec le cinéma ?
Le rapport au public n’a rien à voir. Je suis plus à l’aise avec une caméra. Le théâtre, ça me déstabilise un peu, je suis plus impressionnée. Il n’y a pas le droit à l’erreur, c’est one shot.

Au dîner des Révélations, tu étais parrainée par Jonathan Cohen. Le feeling est bien passé ?
Oui ! Vu que je suis timide, c’était un bon choix d’être avec quelqu’un d’hyper drôle, qui m’a détendue toute la soirée. C’était comme si on se connaissait déjà.

Tu seras l’affiche de Mémoire de Fille, le prochain film de Judith Godrèche (adapté du roman d’Annie Ernaux, ndlr). Quel sera ton rôle ?
Je joue la rivale d’Annie Ernaux, même si on est tous un peu odieux avec elle. Dire des choses méchantes à quelqu’un face to face, c’est dur. Je ne voulais pas qu’on se dise que je suis comme ça dans la vraie vie. Mais j’ai hâte de voir le résultat.


Photo Axel Vanhessche

 

GUILLAUME MARBECK

Guillaume  Marbeck


Repéré via une tape YouTube par le réalisateur Richard Linklater, Guillaume Marbeck incarne Godard dans
Nouvelle Vague, pour son tout premier rôle. Une belle trouvaille.

Tu as eu deux semaines pour préparer ton premier casting. Comment t’es-tu imprégné de ton personnage en si peu de temps ?
Guillaume Marbeck :Je devais refaire une interview de Godard. J’ai réécrit le texte mot à mot, les répétitions, les accrochages de langue, les expressions qui revenaient, puis je m’enregistrais pour me réécouter. Au début, c’était un mélange d’accents qui n’avait aucun sens, ce n’était pas du tout Godard. Mais en test and learn, j’ai réussi à l’avoir.

Quel rapport avais-tu à Godard avant ton rôle ?
Je l’avais étudié à l’école, donc je savais ce qu’il représentait. J’ai été surpris de découvrir qu’il avait beaucoup d’humour. C’est vrai qu’il était tout le temps contre les règles, mais il n’était pas la caricature médiatique qu’on peut imaginer.

Le plus grand challenge du rôle ?
Je ne peux pas jouer avec mes yeux, parce que j’ai des lunettes de soleil, je dois fumer 900 clopes sur le set, donc je perds l’usage de ma bouche…

Tes prochains projets ?
J’ai un rôle de maquilleur dans Coutures. C’est un très beau film, avec des tableaux fabuleux. La mode, c’est un univers qui fait rêver, mais dont les backstages sont pleins de concurrence. Le film de Alice Winocour le retranscrit bien.


Photo Axel Vanhessche