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[info Technikart] Jean-Luc Brunel : ses débuts avec Claude François

Claude Francois Technikart
Légende photo : Jean-Luc Brunel (à gauche), Claude François (au centre) et Sofia Kiukkonen (à droite) lors d’une soirée chez Régine.

Depuis le suicide, le 10 août dernier, de Jeffrey Epstein, le financier américain soupçonné d’être au centre d’un trafic sexuel, tous les yeux sont braqués sur son ami français, l’agent de mannequins Jean-Luc Brunel.  Technikart a remonté le fil de sa carrière – jusqu’à ses débuts professionnels avec un certain Cloclo…


Claude François, en pleine gloire au début des années 70, cherche à diversifier ses activités et se passionne pour le nouveau business des agences de mannequinat. Le goût du chanteur pour les très jeunes midinettes, qu’il préfère «jusqu’à 17 ou 18 ans, après je commence à me méfier» comme il le rapporte à la télévision belge, est de notoriété publique. Le photographe David Hamilton, dont les clichés érotiques d’adolescentes sont alors en vogue, encourage Cloclo à se mettre à la photo. Il lui dévoile même une technique : de la vaseline appliquée sur l’objectif, qui, frottée avec un chiffon, donne ce flou artistique typique de son travail. Cloclo, admiratif, suit ses conseils.

 

 « Claude François m’appelle et me dit, “j’ai rencontré un mec hier soir, il est passionné, il va nous faire du scouting”. C’était Brunel » – Martine Diacenco. 


Au printemps 1974, le chanteur, déjà éditeur du mensuel Podium, mettra ce savoir à profit en créant Absolu, «le magazine de toutes les sexualités», et une agence de mannequins sur le modèle d’Élite. Pour lancer celle-ci, il suit les conseils de sa nouvelle compagne, la top model finlandaise Sofia Kiukkonen, qui lui présente son amie Martine Diacenco, jeune bookeuse chez Christa Modelling. « Boulette », comme l’appelle le chanteur, a carte blanche. Just Jaeckin, le jeune réalisateur du film érotique Emmanuelle, trouve le nom : Girls Models. « Il fallait que ce soit jeune, court, et rapide à dire » se souvient-il aujourd’hui. « On démarrait de zéro, on n’avait pas de filles » raconte la directrice de l’agence, Martine Diacenco. Mais quelques mois plus tard, Cloclo pense avoir trouvé la perle rare pour dénicher des filles : Jean-Luc Brunel, rencontré lors de ses pérégrinations nocturnes. Le jeune homme, âgé de 28 ans, est en couple avec Hellen Hogberg. Cette mannequin suédoise est alors en pleine ascension (Guy Bourdin la photographie pour Vogue etc.) et connaît Cloclo d’un shooting deux ans auparavant à Marrakech (ils ont eu une histoire ensemble).

« Claude m’appelle et me dit, “j’ai rencontré un mec hier soir, il est passionné, il va nous faire du scouting”. C’était Jean-Luc Brunel » se souvient Martine Diacenco. Séducteur, toujours tiré à quatre épingles, esthète et ambitieux, Brunel a tout d’un model scout, ces voyageurs infatigables qui ont l’oeil pour lancer les carrières des mannequins. « J’avais conseillé à Claude de ne pas s’embarquer là-dedans, ça lui coutait trop cher ajoute Jean-Pierre Bourtayre, directeur artistique de Claude François pendant les années 70. À sa mort, il était couvert de dettes à cause de ça. » Car la concurrence est féroce. En quelques mois, John Casablancas a fait d’Elite un petit empire et impose la « Model War » à la concurrence. Tous les coups sont permis pour se piquer la future supermodel, ces « créatures » plus célèbres que les vêtements qu’elles portent. 

 Un recruteur féroce 


À cette époque, les filles d’Europe du Nord ont la cote. Pour les recruter, les talent scouts arpentent les rues, les lycées, les boutiques branchées et les discothèques, principalement en Suède, au Danemark et en Finlande. Peu avant l’arrivée de Brunel chez Girls Models, Claude François envoie Martine à Londres pour trouver des filles. «Il m’attendait devant la boutique Biba où toutes les jolies filles à la mode traînaient, se souvient-elle. Il m’a laissé là, toute seul, pour que je leur propose un contrat ». L’une des filles retient son attention, l’Anglaise Susan Bevan, mais celle-ci est déjà signée chez un concurrent. Brunel reprend l’affaire à son compte, fait l’aller-retour à Londres et revient avec Susan :  elle fait décoller l’agence en posant pour Elle et Marie-Claire. «C’était un recruteur féroce, il était prêt à tout, à la manière de John Casablancas. C’était clairement l’un des meilleurs » se souvient l’une de ses anciennes concurrentes. Casablancas fera tout pour tenter à son tour d’intégrer Susan au catalogue d’Elite. Mais le dossier est clos, le playboy new-yorkais devra lâcher l’affaire. Plus tard, il dira partout son mépris pour Jean-Luc Brunel et ses méthodes , « dévalorisantes pour le métier ». Michael Gross, ancien journaliste du New York Times spécialisé dans la mode ayant interviewé les deux (voir notre interview dans le prochain Technikart), nuance :  « John ne valait pas beaucoup mieux. Ils étaient surtout rivaux et cherchaient tous à prendre un avantage concurrentiel l’un sur l’autre. »

Geneviève Leroy-Villeneuve, l’ancienne rédactrice en chef d’Absolu, se souvient de Jean-Luc : « Il nous proposait des filles pour les shootings, et Claude les photographiait lui-même au début. C’est vrai qu’on ne se préoccupait pas trop de leur âge à cette époque ». Dans les locaux parisiens du 122 boulevard Exelmans où les activités du chanteur sont réunies, Jean-Luc passe en coup de vent, entre deux voyages. Il lui arrive aussi de sortir chez Castel ou chez Régine, avec Claude François et sa petite amie Sofia Kiukkonnen. «Chez Régine, on allait écouter les disques en vogue, confirme Jean-Pierre Bourtayre. Jean-Luc a trainé un peu là-bas, ce n’était vraiment pas mon ami. Mais je voyais bien que Claude s’amusait beaucoup avec toutes ces jeunes filles qu’il lui ramenait, il en profitait un peu». Trop, au goût de Sofia, qui finit par quitter le chanteur de Magnolias For Ever. Peu de temps après, Jean-Luc Brunel part travailler pour une autre agence… 

(La totalité de l’enquête est à lire dans le prochain Technikart en kiosque le 10 septembre prochain.) 

Baptiste Manzinali (avec L.R.)