Invitée vedette de Gérardmer, Olga Kurylenko a illuminé le festival de sa présence. On l’a revue dans le péplum barbare Centurion, et dans la comédie Alter Ego, où elle trouve un terrain de jeu inattendu. Rencontre avec une comédienne instinctive et libre.
Dans Centurion, tourné en 2009, vous y incarnez une guerrière féroce alors que vous ne saviez même pas monter à cheval au départ.
Olga Kurylenko : C’est la magie du cinéma (rires) ! On peut paraître invincible à l’écran alors que, dans la vie, on est juste humain. Je ne savais absolument pas monter à cheval. J’ai dû apprendre, et surtout surmonter mes peurs. Il n’y avait pas de trucage possible : je devais vraiment le faire. J’ai dû également apprendre toute une chorégraphie pour les combats, à manier une pique très lourde, à gérer les cascades… À un moment, je me suis même déboîté l’épaule tellement c’était dur. Cela demande un vrai engagement physique.
Vous avez pourtant tourné beaucoup de films d’action.
Oui, mais ça s’est fait presque par hasard. D’abord avec Hitman, puis le James Bond (Quantum of Solace, 2008, avec Daniel Craig, NDR)… Sur le Bond, l’entraînement était tellement intense que mon corps a complètement changé. Pendant cinq mois, on s’entraînait tous les jours avec les cascadeurs. J’avais des muscles partout. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas (rires), mais à l’époque, j’étais vraiment très forte physiquement. J’adore tourner des films d’action parce que c’est très satisfaisant d’apprendre des choses que je ne sais pas faire. Mais comme spectatrice, je regarde surtout du cinéma d’auteur.
Comme les films de Terrence Malick, avec qui vous avez tourné À la merveille. Sa méthode de travail est très particulière.
Oui, c’est de l’improvisation permanente. Il n’y a pas de scénario, pas de dialogues écrits. Chaque matin, il nous donnait une feuille avec l’idée générale de la scène. Et ensuite, il filmait tout, en permanence, caméra à l’épaule. Il peut vous parler pendant les prises : « Fais ça, prends ça, marche, regarde le ciel… » Il cherche la spontanéité absolue. Certains acteurs ont besoin de préparation, de savoir exactement ce qu’ils vont faire. Moi, j’adore cette méthode, ces impros. Je n’ai pas peur. Qu’est-ce que j’ai à perdre ? À la fin, il y a énormément de matière tournée, mais peut-être un tiers seulement se retrouve dans le film.
Vous surprenez dans Alter Ego, une comédie sur fond de double avec Laurent Lafitte qui sort en mars prochain. On ne vous attendait pas forcément sur ce terrain-là.
Ça me surprend toujours qu’on soit surpris. Pourquoi pas ? Ce rôle est parfait pour moi. Mais c’est vrai que, quand j’ai commencé, on voulait me proposer uniquement des rôles de « femme parfaite », très décoratifs, parce que je venais du mannequinat. Mais j’ai refusé beaucoup de choses, alors que je n’avais encore rien fait. J’avais une intuition très forte : il me fallait casser cette image. Maintenant, je peux m’amuser avec.
Vous aimez la comédie ?
Beaucoup. Et je n’ai aucun problème à être ridicule, à faire le clown. Ça ne me fait pas peur du tout. Comme avec Terrence Malick : j’ai fait des choses très étranges, et je m’en fichais complètement. Peut-être parce que j’ai fait dix ans de mannequinat très jeune. J’en ai tellement eu marre de cette obsession de l’image que ça m’a vaccinée.
Vous parlez beaucoup du rapport à l’image, à la perfection, aux réseaux sociaux… qui est justement un thème central d’Alter Ego.
Oui, parce que ça ne m’affecte pas du tout. Je vois des gens devenir fous à cause de cela, les followers, l’image, la comparaison… Moi, je sais qui je suis. Je ne suis pas égocentrique, mais je suis en paix avec moi-même. Il y aura toujours des gens plus beaux, plus talentueux, plus forts… Mais on n’a qu’une vie. Autant être bien à sa place.
Alter Ego de Nicolas et Bruno
Sortie en salles le 4 mars 2026
Par Marc Godin




