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Dans la tête de Joachim Son-Forget, le Kanye West de la politique française

Viré d’En Marche pour ses tweets WTF, Joachim Son-Forget, Député des Français installés en Suisse, aurait-il ’inventé la comm’ post-Trump (mais à la française) ? Bertrand Burgalat est allé à la rencontre du phénomène…

Assemblée Nationale, immeuble Chaban-Delmas. Joaquim Son-Forget nous accueille avec 30 minutes de retard. Ses voisins de bureau macronistes semblent accablés de nous voir débouler pour rencontrer le renégat. Depuis qu’il s’en est pris au maquillage d’une parlementaire, les médias qui les snobent se succèdent pour le voir. Il n’a que 20 ans de moins que moi mais j’ai l’impression de revenir au lycée, au temps de l’innocence et des fanfaronnades. Monsieur le député parle beaucoup d’arts martiaux et je trouve cela étrange, il reconnait aussitôt les avoir appris en autodidacte. J’avais essayé ça pour l’amour et les danses de salon, ça ne marche pas très bien.

Vous dites travailler sur la Corée du Nord. Vous faites quoi exactement ?

Joachim Son-Forget : Je vois beaucoup les diplomates Nord et Sud-Coréens. Je vais souvent à Séoul, je parle beaucoup aux dirigeants quant au conflit, sur la relation diplomatique.

Et sur les Balkans ?

J’avais envoyé un peu de sous.

Pourquoi ?

Quand j’étais jeune, je faisais de la musique, je faisais des concerts et j’envoyais de l’argent pour les réfugiés au Kosovo. Quand j’ai commencé à travailler à Genève, il y a 10 ans, je m’étais amouraché d’une kosovare, donc ça m’a donné d’autant plus envie d’apprendre la langue. Puis j’ai rencontré pas mal de monde : des musiciens, des journalistes, des photographes… Et vu que Pristina était une toute petite ville, je me suis fait beaucoup d’amis. Au bout d’un moment ça m’est devenu utile, je savais ce qui se passait au Kosovo et j’ai commencé à prendre des notes et faire des rapports pour des diplomates français… C’est cela qui m’a mis le pied à l’étrier de la politique.

Vous connaissez bien les deux Corées, la Syrie, les Balkans, vous étudiez les questions de défense…

Il y a une continuité à tout cela. Ce qui m’intéresse, c’est la maîtrise de soi. C’est un peu comme le djihad. Il y a ce que l’on appelle le petit djihad et le grand djihad. Le petit djihad, c’est le fait de s’améliorer soi-même.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans tout ça ?

Son impertinence et sa singularité lui valent bien un peu de bienveillance dans le regard de Bertrand. Ce qui se passe dans la tête des gens quand ça part en vrille. Et donc : comment les arrêter. Vous vouliez récolter des fonds.

Pourquoi pour la Syrie ?

J’avais donné à deux associations : une qui s’occupe de soins en Syrie et l’autre qui soutient une communauté chrétienne au Nord du Liban, à la frontière syrienne. Pour récolter des fonds, je faisais des concerts de clavecin. Je me suis produit au Victoria Hall de Genève, à Londres…

Guitar Hero

Où avez-vous étudié la musique ?

J’ai grandi dans un petit village en Haute-Marne, et j’y ai suivi des cours de piano dès cinq, six ans. Mes parents voulaient vraiment que je fasse de la musique et que j’obtienne un certain niveau.

C’est un classique du storytelling des politiques et des hommes d’affaires : ils disent tous qu’ils auraient dû devenir concertistes mais jamais qu’ils auraient pu jouer de l’hélicon à Perpignan ou devenir professeur de piano à Angers.

Sauf que moi, mon rêve ce n’est plus de faire un concerto de clavecin, je l’ai déjà fait. A chaque fois que vous réalisez un rêve, vous le banalisez ! Maintenant mon rêve c’est de faire des reprises de Guitar Hero en concert devant 80000 personnes. J’aimerais être le chanteur de Muse !

Mais il fallait se présenter au Sénat ! Parce que les velléités rock, c’est davantage leur génération : Robert Hue a eu son groupe, et il n’est pas le seul là-bas.

À L’École Normale Supérieure, il y avait des salles de répèt’, ça nous évitait de devoir payer. En vrai, chez tous les politiciens, il y a un artiste raté !

Psychologie cognitive

Il y a des artistes qui peuvent être des politiciens ratés aussi. Je voudrais savoir, qu’est ce qui vous intéresse dans la politique ? Le pouvoir ? La célébrité ?

La célébrité ! Il faut quand même aimer être aimé des gens pour faire ça ! Plus sérieusement, il y a une continuité entre mon engagement politique et ce qui m’a poussé à faire des neurosciences : comprendre ce qu’il y a derrière le cerveau humain, la psychologie cognitive…

Vous l’appliquez à la politique ?

Bien sûr. Même sur Twitter, en postant une photo de lapin, je pousse les gens à se poser les bonnes questions. Ils vont d’abord s’intéresser à moi pour des raisons futiles, ensuite à mes idées.

Vos électeurs résidents suisses doivent avoir une vision un peu étrange de la politique française, parce qu’ils ont la citoyenneté française mais ils ne sont pas résidents fiscaux en France, donc comment pouvez-vous voter des lois fiscales dans ce cas-là ?

Il y a des lois fiscales qui les intéressent, parce que beaucoup d’entre eux ont des biens en France, ils ont des revenus fonciers. L’ exemple typique, c’est qu’ils ont un appart’ et qu’ils le mettent à louer pour le garder, au cas où ils doivent revenir en France. En fait, ils payent déjà le système de santé dans le pays où ils vivent et on leur demande la CRG-CRDS ici en plus. Ça, c’était le problème grave des Français de l’étranger. Je leur avais promis pendant la campagne, évidemment c’était une promesse de droite qu’on ne pensait pas que j’allais tenir, que j’allais supprimer ce truc et ils m’ont dit que ça ne marcherait jamais, impossible de supprimer ce truc. J’ai tenu ma promesse électorale.

Vos idées auraient pu trouver leur place dans n’importe quel parti, non ? Vous êtes passé par le PS, En Marche, l’UDI…

Je me suis d’abord intéressé au PS : je faisais de l’humanitaire et j’y ai trouvé des gens qui s’intéressaient à ces pays, avec une vraie curiosité intellectuelle. Mais j’ai rapidement déchanté : ils passaient leur temps à se tabasser pour prendre la place les uns des autres !

Ça ne vous surprend pas que les premiers ralliés à LREM étaient des membres du PS un peu poussifs qui n’avaient aucune chance d’investiture ?

Il y a souvent un faux procès fait aux gens qui changent de parti. Alors que ça reflète sa propre évolution ainsi que celles des partis… Et aujourd’hui, le fait de m’être émancipé de mon parti me permet d’assumer pleinement mes idées à moi !

Mais quelles sont-elles ? Vous parlez beaucoup de méthodes, peu de vos idées politiques.

J’ai 10 ans d’expérience du modèle suisse. Donc je pense qu’il faut donner des initiatives citoyennes aux gens (si le politique déconne trop, les citoyens peuvent décider de faire autrement) et instaurer un gouvernement de consensus avec une présidence tournante. Ça résout les problèmes des extrêmes.

…tout en augmentant le risque de se faire élire sans programme. Il me semblait que la fonction politique c’était d’avoir des idées, de les exprimer, d’essayer d’obtenir le soutien de la population puis d’appliquer ses idées. Pas d’avoir recours à des consultations et de faire du marketing une fois au pouvoir.

Les consultations ont été bien faites mais n’ont pas été bien intégrées au programme d’En Marche.

Mais vous, vous avez un mandat de parlementaire. Normalement les électeurs vous élisent pour appliquer un programme ! Même si avec En Marche ils ne savaient pas bien lequel…

Ceux qui ont la mainmise sur le groupe parlementaire aujourd’hui ne reflètent pas les idées pour lesquelles ils ont été élus. Ceux qui revendiquent leur filiation avec DSK ou Moscovici, je les déteste. C’est cette « familia » qui a pris les rênes de certaines décisions autour du président ou de groupes parlementaires. Et si il y a une critique à formuler sur Macron, c’est d’avoir continué à être un caméléon social – qualité nécessaire pour accéder au pouvoir (il faut être très adaptable) – une fois élu Président.

Lire aussi : Geoffroy Lejeune de Valeurs actuelles : « Houellebecq est politiquement inclassable »

Français et Européen

Vous êtes donc parti créer votre propre mouvement.

Ils sont déjà 6.000 adhérents à être venus s’inscrire sur « Je suis Français et Européen » Pour l’instant c’est gratuit mais je vais faire le service après-vente, ne vous inquiétez pas !

Vous seriez resté à LREM si on ne vous avait pas tiré les oreilles à cause de vos tweets ?

J’ai peut-être tendu l’oreille !

Vous avez encore des amis à l’Assemblée depuis votre départ d’En Marche ?

Les membres du gouvernement, je ne leur ai pas beaucoup parlé depuis. Gilles Legendre, quand je l’ai croisé, il a tourné la tête !

Ils ont décidé de vous ignorer ?

Le politique actuel n’a pas de couilles !

Sauf chez vos nouveaux amis du groupe UDI ?

Je me suis rattaché au groupe UDI parce que Jean-Christophe Lagarde m’a offert deux garanties : celle de la liberté des votes, et celle de pouvoir développer mon propre parti. Fin 2018, c’est le début de ces tweets étranges (pro-Marcel Campion etc) qui mèneront à votre démission.

Que s’était-il passé ?

On peut le dire maintenant, il y a un peu de préméditation !

C’est-à-dire ?

Bon il y a deux-trois trucs que je n’avais pas prévu mais par exemple pour dénoncer les lynchages sociaux j’ai utilisé l’image de Campion, or c’était une période de forte violence sur les membres de la communauté gay, et ça a heurté pas mal de vrais gens qui ne faisaient pas semblant de s’offusquer. Alors que je cherchais simplement à dire qu’il avait droit à une défense normale.

Quand vous avez commencé ces accrochages, vous vous attendiez à quoi ?

Pour ne rien vous cacher, ce serait mentir que je n’utilise pas le motif limbique, émotionnel, pour aller déclencher l’indignation et donc le débat !

Trump ou Kanye ?

Nos amis de Technikart pensent que vous êtes annonciateur d’une nouvelle façon de faire de la politique, un activisme du buzz, entre Kanye West et Trump.

En effet, j’ai beaucoup étudié ce qu’ils ont fait pendant sa campagne. Je fais autrement, je vais repérer de manière empirique les failles et les limites où cela commence à dérailler et j’essaie d’utiliser ces trucs-là pour les immiscer dans les affaires de débats publics, pour voir où ça court-circuite !

Qu’est-ce que vous pensez de Trump ?

Ses méthodes sont bonnes, pas ce qu’il en fait. Lui il ne repère pas les codes d’internet ! Il utilise sa popularité et sa vie privée dans sa propre communication de manière décalée et directe, mais en s’affranchissant des codes d’internet !

Bon et maintenant vous voulez quoi ? Devenir Président de la République ? On a eu un président de conseil général et maintenant un conseiller ministériel, tout est possible…

Evidemment comme tous les politiques j’y ai pensé hein, mais mon truc, parce que l’on m’a beaucoup posé la question donc j’ai quand même dû y répondre, je dirais que je préfèrerais être Tony Stark, le mec d’Iron Man ! Il est en haut d’une tour et il utilise la science et l’ingénierie pour se rendre invincible lui-même ! Il a l’air d’un sacré capitaliste libéral et en même temps il fait le bien autour de lui ! Et en plus, il est invulnérable, il a un arsenal de défense pour le mettre au service de belles causes ! Au lieu de se faire élire, de lécher des culs et de se prosterner pour chaque vote, il se débrouille pour être tout seul pour développer sa mégalomanie tout en étant au service des autres !

J’ai eu peur, j’ai cru que vous parliez de Johnny Stark, l’impresario de Mireille Mathieu, je suis trop vieux maintenant… Pour remporter une présidentielle, il va falloir réaliser un sans faute…

Pas forcément. Même si des nudes de Joachim Son-Forget sortent, les gens se diront « il a fait exprès de les laisser traîner pour que quelqu’un les publie ».

En fait vous avez tout comme Trump, je ne comprends pas ce que vous lui reprochez…

C’est vrai qu’il ne craint aucun scandale. Sur le fond, si je n’ai que la méthode et que derrière j’ai que du vent à vendre, c’est un peu dangereux, parce qu’il y en a d’autres qui ont essayé de le faire et du coup quand vous grattiez c’était trop tard, et puis au moins je vends un truc qui est peut-être iconoclaste : deux ou trois choses auxquelles je tiens profondément ou que je représente malgré moi, peuvent plaire à des Français.

Lire aussi : François Ruffin, Raymon Depardon et l’art de faire un documentaire

C’est marrant quand on vous écoute, c’est touchant parce qu’il y a un mélange de maturité, on sent que vous avez toujours été un peu en avance sur votre âge, et de complète immaturité. Physiquement aussi, vous faites plus jeune que votre âge. Je trouve ça très sympathique mais c’est quand même un cocktail assez étonnant, qui ne me semble pas très courant.

Pour les psychanalystes, je déteste les psychanalystes, mais il y a des trucs où ils se disent, voilà vu qu’il a eu une enfance particulière, il revit son enfance aujourd’hui, il y a peut-être un truc simple comme ça.

Et le diagnostic alors ?

Laurent-Alexandre (chirurgien, essayiste passionné de transhumanisme, NDA) m’a demandé si j’étais hypomane, en toute gentillesse.

C’est quoi, hypomane ?

C’est un trait de personnalité qui a des traits de familiarité avec la phase maniaque sans en avoir le côté déconnecté avec la réalité. Au fond on a tous des petits traits de personnalité qui tirent… Il y en a qui tirent sur le dépressif, qui tirent sur le fantaisiste, c’est ce mélange de personnalité des gens qui fait le charme de cette société pourave, c’est qu’il y a des trucs…

Oh la la purée, quand on pense que vous allez bientôt être Président de la France… Et de la Suisse !

Arrêtez de me flatter, arrêtez de me donner cette idée parce que je vais réviser mes ambitions à la baisse, je préfèrerais vraiment être Tony Stark !

Entretien Bertrand Burgalat

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