Alice Belaïdi et Manu Payet : «Metoo a mis un frein à la guerre des sexes»

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La guerre des sexes a-t-elle encore lieu d’être dans l’ère #macron #meetoo ? Face à nous, les stars Payet et Belaïdi déterrent la hache de guerre.

Le film Budapest, passé relativement inaperçu cet été, est un film de l’ère Macron et de l’ère MeToo conçu bien avant qu’on parle à ce point de Macron et MeToo. Budapest s’amuse à regarder le mâle occidental précipiter sa chute, il brocarde sa fièvre libérale, son irresponsabilité et son égoïsme patenté et prend parfois même le temps de s’apitoyer sur son triste sort. Il le fait avec la verve, le rythme et la morale sauve des comédies populaires – mais ça ne l’empêche pas parfois de montrer les dents. Co-écrit par Manu Payet, le film ressemble au négatif furibard de son premier long, la mimi rom-com Situation Amoureuse : C’est compliqué (2014). Dans l’un comme dans l’autre, il est question de mecs terrifiés aussi bien par l’engagement que par la solitude, mais aussi de femmes solides qui sont autant de révélateurs de leur dérèglements moraux. Dans Budapest, c’est la toujours exquise Alice Belaïdi et l’épatante Alix Poisson qui se chargent de mettre les deux zozos face à leurs contradictions, ramenant ainsi le film sur un terrain bien moins testostéroné qu’il peut en avoir l’air. Budapest organise, jusque dans son post-générique, une prise de pouvoir féminine sacrément excitante. Ce n’est pas (seulement) une comédie sur des enterrements de vie de garçon dingos en pleine Europe centrale mais une fable douce-amère sur la crise du couple (hétéro) en 2018. 

Technikart : Ce qui est amusant, c’est que le principe du film, c’est presque une mise en abîme de votre job d’acteur. Régulièrement vous partez très loin de chez vous pendant une longue durée, sur un plateau de tournage rempli des gens souvent très beaux…

Alice Belaïdi : Dans notre taf on a le droit de se dire des « Je t’aime », de se prendre dans nos bras, de vivre ensemble des émotions très fortes, c’est même très conseillé. Quand on arrive sur un plateau il faut être à poil et ouvrir son cœur, donc… Mais est-ce que du du coup c’est dangereux quand t’es en couple ? Je sais pas… J’ai jamais eu d’histoires sur un plateau de cinéma et pourtant j’ai eu énormément d’élan d’amour, des trucs vraiment puissants, profonds, notamment avec des metteurs en scène.

Ça peut être la naissance d’un amour aussi, ce que tu racontes…

Manu Payet : C’est pas très fréquent aujourd’hui le cliché de l’actrice qui tombe amoureuse de son cinéaste. C’était beaucoup plus courant y a une vingtaine d’année. Ça m’évoque vraiment le passé. Alice : Les réals’ sont un peu moins considérés comme des dieux sur un plateau, le rapport hiérarchique a vraiment évolué… Et puis en France tous les acteurs deviennent des réalisateurs, aussi, ça crée des frontières plus flous. Et peut être du désir en moins. Bon après je te dis ça, j’ai eu des moments parfois troublant sur un plateau mais jamais au point de me dire « Bon allez hop, ce soir je fous tout en l’air et je vais la voir ». (Rires.) C’est étrange la vie sur un plateau, des fois c’est comme si tu recherchais simplement le désir d’être ébranlé…
Alice : Ce qui me fait rire, c’est que, souvent, on s’avoue tout ça après coup. Tu bois un coup avec un gars, un an après un tournage et il te fait : « Y a un soir où je me suis vraiment retenu de venir taper à la porte de ta chambre… ». « Ah ouais moi, aussi tiens… » (Rires.)
Manu : Elles se rendent pas compte du mal que ça nous fait quand elles nous disent ça, un an après. « Ah ouais toi aussi, tu m’aurais niqué ce soir là ? Bah merde alors ! ».

Il va falloir aussi que les mecs s’habituent à devenir plus souvent des seconds rôles !

Vous analysez comment, le fait qu’après l’affaire Weinstein, rien ne se soit VRAIMENT passé dans l’industrie du cinéma français ? Pas un seul nom n’est sorti publiquement, c’est stupéfiant.

Alice : Il s’est passé des trucs en fait. Déjà les rôles changent, les scripts changent, notamment dans le registre de la comédie française où il y a toujours eu un petit fond de misogynie. Les scripts que je reçois désormais sont complètement différents de ce point de vue-là. Et il va falloir aussi que les mecs s’habituent à devenir plus souvent des seconds rôles (rires). Par ailleurs, moi qui ai déjà eu une altercation avec un acteur du genre prédateur, et bien des gens de l’industrie, des producteurs notamment, m’ont appelé pour que je leur parle plus précisément de ce type. Ça les intéresse désormais de savoir à quel profil de mecs ils risquent d’avoir à faire alors qu’avant personne ne voulait le savoir. C’est vrai que dans le milieu on n’a pas cherché à alerter la presse, on a plutôt fait ça entre nous. Je ne trouve pas ça agréable du tout de balancer en public tous les gros pervers du cinéma français, par contre je veux bien que le métier soit au courant et qu’on gère leur cas entre nous.

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Oui mais c’est simplement laver son linge sale en famille. Ça ne peut pas se répercuter dans toutes les couches sociétales du coup. C’est un problème, non ?

Alice : L’affaire Weinstein l’avait déjà fait. Les lanceurs d’alerte avaient déjà fait le job. Ca ne servait à rien d’afficher des mecs dans la presse. C’est peut être un truc culturel, une manière de faire à la française. Mais l’essentiel, c’est que sur les plateaux moi j’ai senti le changement de regard des mecs. Avant, les réflexions lourdingues fusaient très vite, maintenant le type qui parle mal, on se débrouille tous pour qu’il se sente vite très merdeux. C’est pas laver son linge sale en famille ça, c’est faire preuve d’esprit de corps. Et ce qui est fabuleux c’est que la plupart du temps c’est les mecs qui t’aident dans ce combat là. A mes yeux, MeToo a clairement mis un frein à la guerre des sexes.

La Rédaction




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