Il y a quelques années encore, Mamadou Sidibé était ailier dans l’équipe de football d’Amilly, en Nationale 3. Aujourd’hui, il a plaqué son rêve pour en réaliser un autre : devenir comédien. Rencontre.
Ton rôle de Malik, personnage principal dans la série Un Prophète (réalisée par Enrico Maria Artale) est ta première apparition à l’écran. Comment en es-tu arrivé là ?
Mamadou Sidibé : J’ai grandi avec Eddie Murphy, Franck Dubosc, Louis de Funès… Je me disais qu’à la fin de ma carrière de footballeur, je pourrais essayer le cinéma. Il y a deux ans, le foot ne fonctionnait plus pour moi, je cherchais quelque chose à faire professionnellement. Je suis tombé sur le casting d’Un Prophète, j’ai postulé, et ça s’est bien passé. Je ne connaissais rien du cinéma, c’est la curiosité qui m’a amené là.
Sans expérience au préalable, comment as-tu procédé pour incarner ce jeune Mahorais arrêté pour possession de drogue ?
J’ai eu six mois pour préparer mon personnage. J’ai travaillé avec Karine Nuris, une coach formidable. Ensuite, avec Enrico [Maria Artale], on a beaucoup travaillé sur le corps, la posture, la démarche, etc. Il voulait que je sois vrai. Ça tombait bien, parce que Malik arrive dans l’inconnu en prison, moi j’arrive dans l’inconnu dans le cinéma. Il y avait quelque chose de naturel dans notre ressemblance.
Malik est incarcéré dans la prison des Baumettes, à Marseille. Comment l’équipe de tournage et toi avez-vous travaillé pour être réaliste ?
Comme Malik, je ne connaissais pas du tout le monde carcéral. Enrico a parlé avec des gens qui travaillent aux Baumettes et avec des détenus, pour avoir les codes, mais il ne m’a rien partagé. Il voulait vraiment que, comme le personnage, je ne sache rien. Le décor de la prison a été construit dans une université abandonnée, en Italie. Ils ont essayé de tout faire à l’identique, avec le même fournisseur qu’aux Beaumettes. C’était grand, il y avait des étages et des couloirs avec de vraies cellules. C’était incroyable. Quand on sortait, on arrivait dans la cour avec les grilles, tout était fermé. En plus, il faisait 40 degrés, c’était pesant.
Sur Instagram, tu aimes prendre la pose. Souhaites-tu développer une carrière de mannequin ?
Ça m’a toujours intéressé. L’année où j’ai passé le casting pour Un Prophète, j’avais déjà candidaté pour du mannequinat. Avec mon petit frère, on a toujours aimé la mode. Lui aime beaucoup le luxe, il est un peu plus fashion que moi. Mon style est subtil, sobre et épuré, mais il faut qu’il y ait un détail qui sorte du lot. J’aime beaucoup Jonathan Anderson, que j’ai rencontré à la Fashion Week. Ce qu’il fait est très joyful, il aime bien jouer avec les couleurs. Il prend des trucs formels, et il les déconstruit. J’aime beaucoup Jacquemus aussi. Des couleurs simples, des belles coupes, c’est propre, j’adore.
Avec tes deux passions pour le foot et le cinéma, tu as le profil parfait pour un rôle de footballeur…
Après Un Prophète, j’ai fait trois projets sur le foot. Il y a Privilèges, une série sortie le 27 mars sur HBO, dans laquelle je suis un joueur du PSG. Ensuite, j’ai fait Bombonera, un film de Syrine Boulanouar sur un tournoi de street foot. Ça sortira cet été. Et le troisième, c’est L’une des leurs, le premier long de Marie Rosselet-Ruiz, sur des Ultras lensois. C’est un film très sociétal, qui traite de groupes identitaires. On ne joue pas au foot, mais on raconte l’histoire des supporters. Ça devrait sortir dans l’année. On a tourné cette saison, quand ils étaient premiers du classement de Ligue 1. On était dans les tribunes avec les vrais Ultras, on filmait les buts, les réactions, les avant-matches, c’était incroyable.
Tu parles anglais, italien, français, bambara (l’une des langues principales parlées au Mali, ndlr)… Pourrais-tu faire du doublage ?
J’aimerais beaucoup. Je joue dans d’autres langues sur les castings, mais pas encore pour un rôle. Comme la série va être adaptée en Italie, je vais essayer de faire ma propre voix.
On te verra bientôt dans le nouveau film de Judith Godrèche, Mémoire de fille, adapté d’un roman d’Annie Ernaux. Qui vas-tu incarner ?
On est tous animateurs dans une colonie de vacances et je tombe amoureux d’Annie, mais elle va me rejeter. Dans le groupe, ils sont tous méchants envers elle, et je les rejoins parce que j’ai la haine contre elle. On est un peu des loups, mais c’est normalisé. Ça se passe en 1958, donc on a de beaux looks, on est magnifiques. Moi, j’ai une afro ! C’est trop bien parce que là, c’est une nouvelle vie. Je fais tout ce que je ne pouvais pas faire avec le sport. Je suis content d’avoir eu ces deux vies.
Par Klervia Lelong
Photos Margot Berard
VESTE EN TOILE DE SOIE NOIRE,
PULL EN COTON GRIS,
CHEMISE EN POPELINE DE SOIE BLEUE,
SHORT CHINO EN TWILL DE COTON JAUNE,
RICHELIEU DIOR HEIR EN CUIR DE VEAU LISSE NOIR, DIOR




