Dans Les Courageux, Ophélia Kolb incarne une femme crucifiée par la précarité. Loin des clichés habituels, l’actrice prête son corps et sa voix à un cinéma social qui regarde les femmes sans les réduire.
Vous avez un parcours très éclectique : théâtre, télé, cinéma. Vous vous situez où ?
Ophélia Kolb : J’ai toujours refusé de choisir. Le théâtre a été fondateur pour moi, j’y ai appris la rigueur, le rapport au texte, au corps, au public, mais la télévision et le cinéma m’ont permis d’explorer d’autres formes de narration. Je navigue entre les trois sans hiérarchie. Ce qui compte, c’est la qualité des projets et des rencontres.
On vous associe souvent au succès de la série Dix pour cent. Est-ce que la télé occupe aujourd’hui une place prépondérante de votre travail ?
La télé a pris beaucoup de place, c’est vrai, notamment grâce à Dix pour cent (où elle incarnait l’inspectrice des impôts Colette Brancillon, NDR). C’est un terrain d’expérimentation formidable, qui touche énormément de gens.
Comment êtes-vous arrivée sur Les Courageux ?
C’est Jasmin Gordon qui est venue me chercher. Elle m’a parlée du film, de cette femme, de cette Suisse jamais vue au cinéma qu’elle voulait filmer. Il y avait quelque chose d’évident dans sa manière d’aborder la précarité : jamais misérabiliste, jamais condescendante.
Qu’est-ce qui vous a attirée dans le scénario et votre personnage ?
Jasmin écrit des personnages complexes, jamais figés. Cette femme vit dans une grande précarité, mais elle n’est pas définie uniquement par ça. Elle est vivante, contradictoire, parfois dure, parfois fragile. C’est quelqu’un qui tient. Qui avance, même quand tout est contre elle. C’est ce qui m’a touchée : on n’est pas dans le cliché de la « pauvre courageuse », mais dans un vrai portrait humain.
Justement, le film parle beaucoup du courage. Qu’est-ce que cela signifie pour vous, comme actrice et comme femme ?
Le courage, ce n’est pas l’héroïsme spectaculaire. C’est la capacité à tenir, à rester debout, même quand personne ne vous regarde.

Deux éléments font souvent peur aux acteurs : jouer avec des enfants et avoir peu de dialogues. Or ce sont précisément deux éléments importants du film…
Oui, et c’est justement pour ça que j’y suis allée. Dans la vie, tout passe par les regards, les silences, les micro-gestes. Quant aux enfants, ils sont d’une vérité absolue. Ça oblige à être extrêmement présent, à l’écoute.
Comment vous êtes-vous préparée pour ce rôle ?
Je me suis nourrie de personnes que j’ai connues, croisées dans ma vie, à différents moments. J’ai pensé à des femmes précises, à leurs gestes, à leurs silences. C’est un mélange d’observation, de mémoire et de travail avec le scénario.
Pouvez-vous nous parler de la réalisatrice franco-suisse Jasmin Gordon ?
C’est son premier long-métrage. Elle sait exactement ce qu’elle veut, tout en laissant beaucoup de place aux acteurs. Son regard sur les personnages est d’une grande douceur.
Le film a été tourné en 2023. Qu’avez-vous fait depuis ?
J’ai continué le théâtre, la télévision, notamment l’unitaire Dix pour cent, le cinéma. J’essaie de garder cet équilibre.
Les Courageux de Jasmin Gordon
En salles le 14 janvier 2026
Par Marc Godin




