Du 19 au 22 mars prochain, la foire Urban Art Fair fêtera ses dix ans d’existence au Carreau du Temple. De New York à Tokyo, son fondateur Yannick Boesso nous parle d’avenir. Rencontre.
Pour quelles raisons as-tu lancé la foire Urban Art Fair en 2016 ?
Yannick Boesso : J’étais fan de beaucoup d’artistes et de galeries. J’ai voulu créer un espace où ils pourraient se rencontrer, ce qui n’existait pas. Il s’est avéré que j’ai été suivi dans mon projet par Nicolas Laugero, grand collectionneur qui dirigeait alors l’espace Pierre Cardin, et Alexandre Sors, directeur du Carreau du Temple. C’est aujourd’hui la première foire destinée aux artistes d’art urbain.
Quelle est ta définition de l’art urbain ?
Se servir de la ville comme d’un médium ou d’une inspiration pour une création. C’est une définition large.
Cette année, tu ouvres la foire aux domaines de l’architecture et du design. Un momentum selon toi ?
C’est une envie. L’architecture comme le design sont à la fois de l’art et des supports d’accueil de l’art. Se pose maintenant la question de savoir comment représenter l’architecture et le design. C’est un vrai défi et une réflexion qu’on démarre avec la foire de cette année.
Le positionnement de la foire a-t-il évolué en dix ans ?
On a davantage d’amis et de connexions, donc on vient davantage nous voir, ce qui facilite notre curation. Beaucoup d’artistes exposant à notre foire ont explosé depuis 2016, confirmant la première vague d’intérêt du marché pour l’art urbain, aux alentours de 2007. Pas mal d’artistes se sont professionnalisés depuis, ont cru en leur carrière et, à ce propos, on s’est inscrit dans une chaîne qui participe à cela. Mais le marché est compliqué depuis la pandémie.
Le dialogue avec les grandes institutions culturelles s’est-il aussi développé durant cette période ?
L’année dernière, le Centre Pompidou a fait des acquisitions. Ils ont un travail intéressant vis-à-vis des artistes, en travaillant en particulier l’extérieur du bâtiment, comme avec Invader et Lek et Sowat. On a participé en tant que producteur délégué à l’exposition sur Georges Mathieu à la Monnaie de Paris. Tout cela est important, c’est une consécration pour le graffiti et l’art urbain plus généralement. Cependant, il ne faut pas attendre que les institutions viennent à nous, mais continuer dans notre direction, car peu d’artistes auront cette reconnaissance.
Urban Art Fair accueille des galeries internationales. Comment as-tu développé ce relais ?
C’est un travail de longue haleine. J’ai contacté la galerie Thinkspace Projects, établie à Los Angeles, en 2016, l’une des plus belles et fédératrices là-bas, et on n’a commencé à travailler ensemble qu’en 2025. Cette année, il y aura deux autres galeries américaines : le Musée du graffiti de Miami et un projet porté par l’artiste Logan Hicks, le créateur de notre affiche. Pour autant, sur notre foire, le nombre de galeries internationales n’a pas augmenté, parce que le prix des conteneurs a, quant à lui, beaucoup augmenté.
Cette affiche du métro new-yorkais, était-ce ton idée ?
Rapidement, Logan Hicks nous a montré cette photo, prise pendant le Covid. Elle a beaucoup de grain, si on l’accentue, ça ressemble même à l’un de ses pochoirs. On trouvait l’idée très intéressante et on l’a validée tout de suite. Et puis, cette photo montre toute la technique d’un artiste, entre cette première prise de vue, son pochoir, puis le passage à la réalisation.
Parmi les autres artistes de la foire, on retrouve Oli, pour une curation dans le thème de son exposition « Le Musée imaginaire d’Oli ». Comment la connexion entre vous est-elle née ?
Ça s’est passé très simplement. On l’a félicité sur les réseaux sociaux pour son exposition à Toulouse et il nous a répondu directement que ce serait cool de travailler ensemble. Il était intéressé par l’idée de faire une curation. On a besoin de casser le rythme, de ne pas être que sur des stands d’exposants classiques. On est très ouvert à d’autres projets. Sera également exposée l’affiche originale des Jeux, « Célébration ».
Comment le lien avec le Comité international olympique s’est-il fait ?
Ils nous ont présenté des athlètes artistes, pour continuer de faire vivre les Jeux. On en a sélectionné quelques-uns, qu’on met en regard avec d’autres œuvres de la foire. Il y aura également un talk à ce propos pendant la foire.
Installé au Carreau du Temple, comment fais-tu pour créer un pont entre la rue et l’intérieur de la foire ?
On a créé l’exposition « Perspectives », avec, entre autres, un gonflable de dix mètres de haut par l’artiste Mara et un escalier, créé par une école d’ingénieurs dans la Creuse, dont les étudiants passeront la semaine à Paris à cette occasion, qui pointera vers le square du Temple…
Y a-t-il l’envie de développer la foire à l’étranger ?
On est allé en 2017 à New York, c’était beau, on a eu toutes les galeries qu’on voulait avoir, dont la Fun Gallery, qui était celle de Basquiat et la première de Keith Haring. Mais New York ne nous attend pas. Nous avions lancé la foire en Russie, mais il y a eu la guerre. On a également travaillé avec Singapour. Aujourd’hui, on est intéressé par Tokyo.
Et en province ?
Au départ, ce n’était pas un sujet, or ça l’est devenu. Je pense notamment à un nouveau lieu, à Nice, le Palais des Congrès, entièrement vitré. Ils sont intéressés pour nous soutenir et faire un festival dans la ville. Je pense également à faire une exposition de l’école de Nice au street art, à laquelle je pense depuis des années, puisque c’est la ville où je suis né.
Urban Art Fair, au Carreau du Temple, du 19 au 22 mars
Par Alexis Lacourte
Photo Philippe Hugues Bonan




