C’est un produit que l’on trouve sur toutes les tables grecques, quasiment l’équivalent hellénique du Ricard. Malamatina, c’est la plus légendaire marque de retsina, un vin populaire grec, fermenté avec de la résine de pin, qui donne une saveur un peu étrange quand on n’est pas prévenu. C’est typiquement un vin du déjeuner au soleil, mais ce n’est pas un alcool de haute volée. À la fois un peu attrape-touriste, souvent boudé par les Grecs sophistiqués, mais là depuis des siècles. La forme de la bouteille n’a rien de spécial, mais son logo est génial. C’est quand même un type avec une serrure dans le ventre, en train de picoler. Est-ce que ça te débouche le système digestif ? Est-ce que ça te tord les boyaux ? Est-ce que l’ivresse est la clef du bonheur ? Je n’ai pas la réponse, resservez moi un verre. La marque elle-même date de fin XIXe, et ce logo est là depuis le début du XXe. Je suis content qu’ils le gardent inchangé. Il rappelle un peu aussi les affiches Dubo, Dubon, Dubonnet, de Cassandre, il a un côté un peu naïf, mais très bien dessiné. Pour qu’un logo fonctionne, surtout sur des objets produits en grande quantité, il faut qu’il soit monochrome, sans dégradés, qu’il puisse être imprimé en tout petit (ici, ça fonctionne sur la capsule), et qu’il soit évocateur, même si ici chacun peut en tirer sa propre interprétation. S’ils m’appelaient pour refaire ce logo, je ne changerais rien. Il y a des cas d’identités où il ne faut rien faire, d’autres où il faut tout changer, et des cas où il faut juste synthétiser le message. Pour mon redesign du logo Ricard, j’avais simplifié le soleil au maximum, devenu un cercle jaune, qui s’élève derrière la marque. Pour Malamatina, il faut absolument tout garder, même si on dirait un enfant alcoolique…
Yorgo Tloupas,
Designer de logos et cafetier grec.
Yorgaki (45 rue des Martyrs, 75009 Paris)
Photo Axel Vanhessche




