MARC SIMONCINI, ANGELL CRUISER : « LE VÉLO VA SAUVER LE MONDE ! »

marc simoncini technikart

Entrepreneur-star passionné de cyclisme, Marc Simoncini a lancé sa marque de vélos électriques Angell Bikes en 2019. Un succès en passe de modifier favorablement nos paysages urbains. Rencontre.

Vous venez de lancer un nouveau modèle, le « Cruiser ». Qu’a-t-il de particulier ?
Marc Simoncini : On l’a lancé au printemps. C’est un vélo plus adapté pour l’hiver qu’on commercialise dès maintenant pour l’automne puisqu’il a des garde-boues et de gros pneus. Il est plus confortable.

Le choix du vélo de ville est-il volontaire ou envisagez-vous une gamme tout-terrain ?
Notre combat est de remodeler la ville, d’implanter le vélo à la place des voitures. On a fait une étude avec Ifop cet été : 72 % des personnes qui ont acheté un vélo n’en avaient pas avant. Donc, on a réussi le pari de la primo accession de vélos à nos clients.

Les primo-accédants, c’est le succès de l’électrique ?
En l’occurrence, notre modèle Angell est un vélo tellement léger qu’on peut l’utiliser sans le moteur. Sa promesse, c’est de pouvoir aller travailler en utilisant le moteur et de revenir en coupant le moteur pour faire de l’exercice. Mes collaborateurs et moi-même le faisons. C’est le vélo le plus léger de sa catégorie.

Le « Cruiser » a été conçu pour améliorer la posture. Y a-t-il une pensée yoggique derrière ?
Yoggique, je n’irai pas jusque-là. Le premier vélo qu’on a fait convenait à une posture assez sportive. Pour qu’un vélo se déplace bien, il faut qu’il n’y ait pas de prise d’air. En ville, on a envie de confort, de voir loin, donc on n’est pas tout à fait à l’aise avec la position sportive. On a donc décidé de faire un modèle plus droit.

Vous avez lancé Angell Bikes il y a trois ans. Combien de vélos avez-vous livré depuis les débuts ?
Cinq mille depuis le lancement, quasiment tous en France.Ça en fait de loin le vélo connecté le plus vendu en France des deux dernières années.

J’ai lu que vous vouliez en vendre dix mille ?
On était parti pour avoir dix mille précommandes quand on l’a lancé, mais avec le Covid, on n’a pas pu en faire plus.

Et faire des voitures électriques, c’est au programme ?
On n’en est pas là. Ce serait plus facile de passer par des motos, des scooters ou des trottinettes électriques, plutôt que des voitures. Mais pour l’instant, notre credo, c’est le vélo.

Vous restez toujours avec la même équipe ? Ora-ïto designe-t-il toujours vos vélos ?
Il a dessiné nos derniers modèles. Pour les suivants, on verra. Lorsqu’on a demandé à nos clients pourquoi ils avaient acheté ce vélo, ils ont dit : « Premièrement pour son design, deuxièmement parce qu’il est intelligent et troisièmement parce qu’il est très léger ». On essaiera donc toujours de faire un beau vélo, intelligent et léger.
 

« GRÂCE AU VÉLO, ON RESTE EN FORME, DONC ON ACHÈTE MOINS D’ANTI-DÉPRESSEURS. »

 






Pour le côté intelligent, il a un écran qui fonctionne comme un smartphone lié à une application. C’était une demande des consommateurs d’avoir un vélo technologique ?
Lorsqu’on a demandé aux gens pourquoi continuer à utiliser une voiture dans Paris, la réponse était que le vélo est dangereux et qu’il se vole. Notre cahier des charges était donc de faire un vélo qui ne se volait pas et qui soit le plus sûr possible. Il a alors fallu qu’on fasse un vélo avec beaucoup d’électronique et de software, ce qui est notre plus gros investissement. On l’a rendu quasiment involable, à tel point que si vous achetez un Angell et qu’il est volé, on vous en donne un autre : c’est inclus dans l’offre. On a ajouté des éléments de sécurité, avec les clignotants, les feux directionnels et une alarme anti-chute. Ensuite, on a mis un écran, et non pas un téléphone, parce que, lorsqu’on roule, il peut se passer un tas de choses sur le téléphone. Le smartphone reste dans la poche puisque les informations nécessaires sont déjà sur l’écran du vélo. Il y a même des gens qui partent sans smartphone : ils allument leur vélo avec le code et ils vont rouler tranquillement.

On a lu le livre de Jean-Marc Jancovici, qui est très prosélyte : le vélo peut sauver des vies. Il ne fait pas le distinguo entre le vélo électrique et le vélo normal. Le vélo va-t-il sauver les villes ?
Le vélo va sauver le monde ! Déjà on consomme très peu d’électricité. Ensuite, on est en forme et donc potentiellement moins malades. On n’a pas non plus de révision à faire qui coûte une fortune. On n’utilise pas d’huile qui pollue. Cependant c’est vrai que c’est une catastrophe pour la mauvaise économie, parce que ce qui est superflu, quand on est cycliste, on ne l’achète pas.

Par exemple ?
Grâce à la pratique régulière du vélo, on reste en forme, on se sent mieux donc on achète moins d’anti-dépresseurs. On est plus heureux car on prend le temps. On regarde le paysage. Aux États-Unis, ça explose, parce que c’est un mode de vie alternatif à tout ce qu’on a connu : le stress, les bouchons etc. Même si les pistes cyclables de Paris restent stressantes. Aujourd’hui, il y a tout un mouvement autour du vélo, du slow motion : c’est une manière de ralentir. On se déplace doucement, mais étonnamment, on va très vite. Entre une voiture et un vélo, on va bien plus vite à vélo alors qu’on ne roule qu’à 20 km/h. Donc, c’est une aberration d’avoir une voiture qui peut rouler à 160 km/h en ville où on roule à 30. Autant être à vélo. C’est un mode de décroissance, d’une économie différente. C’est plus une philosophie qu’un moyen.

Y a-t-il un retard français en ce qui concerne le vélo ?
Oui, la France est très peu mature par rapport aux pays nordiques, par exemple, sur l’usage du vélo pour aller travailler. Mais ça viendra.

Et sur les distances ?
Le trajet moyen des utilisateurs Angell est de quatre aller-retour par semaine et à chaque fois, ils font cinq kilomètres. C’est exactement ce qu’on avait prévu.

La suite ?
On va préparer nos nouveaux modèles. On a trois gros chantiers. D’abord, trouver des fonds pour continuer l’aventure. Puis, il faudra préparer la commercialisation mondiale d’Angell car on veut aller vendre notre vélo partout en Europe. Et enfin, préparer nos nouveaux produits.

Modèle Cruiser M 3490 euros.
www.angellmobility.com


Par 
Laurence Rémila & Margot Ruyter
Photo Gabrielle Langevin