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LUCAS BRAVO, LOVER IN PARIS : « ÇA A COMMENCÉ AVEC LE LUTETIA… »

Lucas Bravo Technikart

Son histoire d’amour avec des dizaines de millions d’accros à Emily in Paris commence avec un rendez-vous dans le mythique palace parisien. Et se poursuit avec cette interview « love » de Technikart

Octobre 2020 : la rom-com Emily in Paris débarque sur Netflix. En quelques jours seulement, la série devient numéro un des tendances sur la plateforme, et des dizaines de millions de personnes à travers le monde tombent amoureuses du boy next door au cœur de l’intrigue sentimentale de la série : le cuistot Gabriel joué par Lucas Bravo, un Niçois de 32 ans inconnu au bataillon. 
Deux mois plus tard, nous le retrouvons au Serpent à Plume, le club interlope (et ultra-chic) de la place des Vosges (Paris IIIe). Fraîchement de retour dans la capitale après un tournage à rallonge à Budapest (il joue dans Mrs. Harris goes to Paris d’Anthony Fabian face à Isabelle Huppert), il arrive décontracté. Vêtu d’un jean Weekday, un pull de créateur rive gauche et, aux pieds, des Dr. Martens noires pour casser (un peu) son image de gendre parfait. À l’image du « romantique moderne » qu’il incarne désormais, Lucas se montrera laid-back, voire cérébral, tout au long de l’après-midi passé avec lui. 


En fin d’année dernière,
des dizaines de millions de personnes, partout dans le monde, sont tombées amoureuses de vous en à peine quelques semaines. Pas trop déstabilisant ?
Lucas Bravo : Ah ah ! Je ne suis pas sûr de vos chiffres ! Mais c’est agréable, en tout cas. C’est une forme d’amour, virtuelle et un peu lointaine, mais réconfortante. 

Et comment vous êtes-vous rendu compte, pour la toute première fois, du phénomène Emily in Paris ?
J’étais en tournage à Budapest pour un long-métrage (Mrs Harris Goes To Paris de Anthony Fabian, ndlr), donc je n’étais pas trop au contact direct de ce qu’il se passait. La première fois où j’ai été confronté à la réalité de la chose, c’était dans un restaurant : je me suis rendu compte que quelqu’un essayait de me prendre en photo par-dessus l’épaule de sa copine. Je l’ai su parce que cette personne m’a tagué sur mon compte Instagram, et j’ai pu me voir de son point de vue, en train de déjeuner. Étrange !

Vous êtes devenu mondialement célèbre grâce à ce rôle de beau cuistot dans une série de Darren Starr, connu pour ses succès camp (Sex and the city, Younger…). Comment s’est déroulé le casting ?  
J’ai dû faire cinq ou six auditions qui se sont étalées sur deux mois. C’était un peu « up and down », j’avais été bon à certaines et complètement à côté à d’autres. Vers la fin, j’étais parti de Paris pour ne pas avoir d’attente, je ne voulais pas tomber de haut. Parce que quand même, quand on est en lice sur ce genre de course et qu’on est dans le peloton final, ça peut être assez dévastateur sur le moral de trop se projeter. Donc je suis parti du principe que ça n’allait pas le faire et je suis parti dans une bergerie dans la montagne corse (puisque ma mère est corse et j’ai de la famille là-bas). Je me baignais dans les lacs, j’étais avec les chevaux sauvages… puis j’ai reçu un coup de fil me disant de revenir vite à Paris. Et là, j’ai eu rendez-vous au Lutetia avec Lily (Collins, la star de la série, ndlr), la prod’, Darren… tout le monde. Et j’ai fait un dernier « test d’alchimie ». Je ne savais pas de quoi il s’agissait à ce moment-là. Et deux jours plus tard, j’ai été appelé. J’étais chez moi au réveil, on m’a demandé si j’étais bien assis, puis on m’a annoncé la nouvelle. Et étonnamment, là où il y a quelques années je me serais rué sur mes amis pour célébrer ça, je suis resté très calme. J’ai été assez étonné de la paix qui m’a envahie à ce moment-là. Je me suis mis au travail directement, je n’ai pas appelé mes proches…

« LA SITUATION ACTUELLE NOUS DONNE ENVIE DE RETOURNER À DES VALEURS ESSENTIELLES. »

 

Vous vous sentiez prêt ? 
Ah oui ! Je pense que la vie ne nous apporte pas ce qu’on souhaite tant qu’on n’est pas réellement prêt à le recevoir, d’une certaine façon. 

Cette célébrité vous tombe dessus alors que vous venez de fêter vos 32 ans. J’imagine que vous le prenez avec plus de recul que si ça vous était arrivé à 20 ans. C’est une chance de devenir superstar passé 30 ans ?
Superstar, c’est un grand mot – mais en tout cas cette visibilité fait du bien. Parce que les gens qui me découvrent pensent que j’arrive de nulle part, mais il y a dix ans de travail derrière. J’ai beaucoup de gratitude mais je suis conscient que ce n’est que le début, et que j’ai beaucoup de choses à prouver encore. 

Pour vous, la comédie, c’est… 
Une urgence, une passion ! C’est ce que je me suis vu faire toute ma vie. 

Et comment décrire votre période « d’apprentissage » d’acteur ? Elle a duré une dizaine d’années en fin de compte…
L’apprentissage, il se fait sur le tas… C’est apprendre à prendre des portes dans la gueule, à ravaler son égo, à ne pas prendre les choses personnellement… Et puis continuer à travailler, être patient. 

Votre approche de la comédie ?
J’ai beaucoup voyagé étant jeune donc j’ai vraiment picoré à droite à gauche des influences, et je me suis construit à travers tous les gens que j’ai croisé, toutes les villes que j’ai visitées. Je pense appliquer la même méthodologie dans l’acting, je me nourris de petit « beats » à droite à gauche.

Les critiques faites à Emily in Paris pour sa représentation d’une France de carte postale sont-elles injustes ? Sachant que l’écriture de Darren Starr est souvent plus nuancée dans sa dépiction des mœurs qu’on ne le croit au premier abord ?
Je pense que Darren a cœur, en premier lieu, d’offrir une échappatoire. Il se berce de sa réalité, ou en tout cas de sa perception des choses, pour ensuite imposer ses petits ingrédients magiques : la fashion, la romance, l’amitié… C’est toujours très coloré. Il n’y a pas chez lui une volonté d’ignorer les réalités qui sont les nôtres, mais il essaye surtout de pousser la perspective des gens dans une direction et d’influencer vers quelque chose d’un peu plus positif. 

Et vous vous reconnaissez dans le rôle de Gabriel, ce « boy next door » qui se questionne sentimentalement ? 
C’est un rôle qui est assez proche de moi. C’est un peu ce qu’on se disait sur le tournage avec Lily, qui elle aussi se sentait un peu proche d’Emily. Du coup, à certains moments on se dit qu’on n’aurait pas réagi comme ça – il faut se rappeler aussi que ça reste un personnage ! Ce sont des personnages parfois plus difficiles à jouer : comme on se sent tellement proches d’eux, on a du mal à faire la part des choses parfois. Et oui, Gabriel, c’est quand même le « boy next door » par définition. Ça aurait pu être quelque chose d’assez plat donc j’ai essayé de lui donner un côté un peu moderne. La vision, en tout cas, que j’ai de l’homme moderne : un homme très connecté à sa féminité, vulnérable, un petit peu perdu même, et qui l’assume. En ça, on est assez similaires, avec Gabriel ! 

Lucas Bravo Technikart
Lucas in paris_
Depuis le succès planétaire de sa série Netflix, le comédien enchaîne les tournages ciné. Il a quand même trouvé un peu de temps, entre deux plateaux, pour Technikart…


Vous jouez un cuistot dans la série. Vous pensez que mitonner des petits plats, c’est toujours le must du romantisme ? 
Quand la cuisine est faite avec amour, on le sent. Je sais que ma mère cuisinait très bien, par exemple, et c’était une façon de communiquer. On n’était pas vraiment du genre à se dire « je t’aime » tous les jours, mais quand elle faisait la cuisine, je ressentais beaucoup d’amour à travers ses différentes recettes. Donc je pense que oui, la cuisine c’est de l’amour. 

Et qu’avez-vous découvert sur l’amour en tournant cette série ? 
Qu’il y a plusieurs formes d’amour ! Pour ma part, j’ai surtout trouvé des amis sur cette série. Avec les autres comédiens, on était devenus inséparables, et on a fini colocs pour la durée du tournage. Donc si on parle d’amour en termes d’amitié, je pense avoir découvert des amis que je garderai toute ma vie. On a partagé une expérience assez formidable. Et aujourd’hui, c’est assez étrange de vivre l’accueil qu’a reçu cette série en étant loin des protagonistes, loin des gens avec qui on a vécu ce projet. 

La série montre une certaine spontanéité dans les relations. Est-ce vraiment possible aujourd’hui ? 
Oui, plus que jamais. Dès que les choses vont se décanter, que tout va rouvrir, on va être bercé de spontanéité ! Les gens n’attendent qu’une seule chose : avoir une scène pour s’exprimer. Et même derrière les portes fermées, je pense qu’il y a beaucoup de spontanéité aussi : des choses qu’on ne sait pas, qu’on ne voit pas, qui ne sont pas mises en scène. Je pense qu’il y a beaucoup de folie. 

Avec cette série, nous, les jeunes de la génération Z, nés après 2000, découvrons des rencontres faites sans passer par la case digital, par les réseaux sociaux… 
Je pense que le digital c’est, en partie, un écran de fumée derrière lequel on se cache pour se rassurer. 

Comment ça ?
Tout ça sert à nous donner une contenance, la sensation d’être entouré, écouté… Peut-être que les gens ne se touchent pas actuellement avec la situation mondiale, mais je n’ai jamais autant ressenti dans Paris cette nécessité de s’embrasser, de se prendre dans les bras, de se contacter… On n’a qu’à voir quand on a rouvert après le premier confinement, le bordel que c’était dans les rues ! Tout le monde voulait se reconnecter. Ce qui nous arrive en ce moment en tout cas, donne envie à tout le monde de retourner à des valeurs essentielles. 

« JE PENSE QUE LE DIGITAL C’EST, EN PARTIE, UN ÉCRAN DE FUMÉE DERRIÈRE LEQUEL ON SE CACHE POUR SE RASSURER. »

 

En amour aussi ? On a plein d’amis qui cherchent à renouveler leur « storytelling intime » : comment raconter son histoire, et lui donner de l’importance, à une époque de communication intensive, où tout perd de sa valeur… 
Si on parle de storytelling en termes de paysage de début de relation, de petit microcosme qu’on se crée quand on se découvre, je dirais que l’ingrédient essentiel c’est d’être vulnérable. Après le décor, le parfum, l’atmosphère… Tout ça n’a pas vraiment une grande importance. Ce qu’il faut c’est être connectés les uns aux autres. On arrive toujours avec son masque et ses blessures qui nous empêchent au tout début d’une relation de nous montrer comme on est vraiment. On veut absolument montrer cette version un peu polie, celle qu’on aime bien regarder dans le miroir, celle qu’on se persuade qu’on est, alors que c’est là que réside tous les petits artifices, toutes les choses qui peuvent faire qu’on tombe amoureux de quelqu’un. On a tendance à ne pas communiquer parce qu’on suppose que la personne en face va réagir d’une certaine façon. Mais la personne a le droit d’exiger la vérité pour pouvoir tricoter autour de ça. Il n’y a pas de secret en fait, on ne peut pas se tromper quand on dit la vérité et quand on dit sa vérité. 

Une dernière question : on a vu ces photos de vous en total-look grunge avec les cheveux jusqu’aux épaules. Pouvez-vous nous raconter vos années Pearl Jam ?
Ouf ! Ça va peut-être revenir, on ne sait jamais ! Alors, le Lucas Bravo avec sa coupe Pearl Jam, c’était un Lucas qui vivait à Los Angeles, qui adorait les festivals un peu hippie, qui allait à Burning Man, qui faisait plein de découvertes, plein de rencontres… Et qui essayait de s’ouvrir l’esprit à quelque chose d’autre, de se perdre pour se trouver, de prendre sa mesure, de grandir à travers les autres, à travers un dépaysement total. 

Emily in Paris, disponible sur Netflix


Entretien Maria Sumalla

Photo :
Anaël Boulay
Costume et boots LANVIN
Chemise AGNÈS B.
Chandelier et chevalière Goossens