LE MONDE SERA NFT !

Concours NFT Babolex

Après deux ans de pandémie, de tensions sociales et de mutations tous azimuts, la digitalisation de nos vies se poursuit à vitesse grand V. Le prochain chamboulement ? La richesse générée par les œuvres numériques. À vos wallets !


Pour participer au concours et tenter de gagner 10 NFT Babolex de l’artiste Vincent Faudemer : 

  • Achète le dernier numéro 258 en version digitale. 

  • Scanne le QR code présent dans l’édito du dernier numéro 258 

  • Tirage au sort le 10 mai !



15 août 2021,
notre coverstar Vincent « Babolex » Faudemer, ce Français derrière des sculptures à la croisée entre Jeff Koons et Alec Monopoly, vit le meilleur été de sa vie. Sa première collection de NFT Babolex – contraction de Rolex et de Babar, sa sculpture la plus connue – vient d’être sold-out en moins de temps qu’il faut pour le dire ; 40 secondes et plusieurs millions d’euros plus tard. Le lendemain de la vente, les NFTs en question se revendent déjà le triple du prix initial. L’entrée sur ce marché du NFT de cet artiste, jusque-là cantonné à l’art en physique, est aussi fracassante que la révolution NFT que nous nous apprêtons tous à vivre – qu’on le veuille ou non. On n’a jamais déplacé autant d’argent aussi vite, ça en devient surréaliste. Personne n’y comprend rien, mais tout le monde adore. 

S’il chamboule les frontières entre le marché de l’art, de la culture populaire et des jeux vidéos, l’impact du NFT est déjà bien visible. Un an après que Beeple est devenu le troisième artiste vivant le plus cher au monde, avec son œuvre NFT vendue pour 69,3 millions de dollars chez Christie’s, des postes de « responsable métavers » se créent dans les grandes boîtes, Martin Scorsese finance son prochain film en vendant des NFTs, et tout un pan d’artistes numérique s’émancipe, trouvant à la fois son économie et sa reconnaissance.
  

« AUJOURD’HUI, C’EST PLUS « RENTABLE » SOCIALEMENT D’AVOIR UN CRYPTO PUNK UTILISÉ EN PHOTO DE PROFIL QUE D’AVOIR UNE GROSSE ROLEX AU POIGNET. » – ANTHONY MASURE 

 

Mais les plus heureux dans histoire, ce sont les marques de luxe, qui semblent avoir trouvé leur âme sœur numérique dans ce bien positionnel 3.0 qu’est le NFT. Pas exactement du luxe, pas forcément de l’art non plus. Entre les deux, quoi. Gucci vient de s’associer à un « artisan du NFT », Wagmi-San, à qui vous rendez visite dans une échoppe virtuelle afin de créer votre NFT sur-mesure pour, minimum, plusieurs dizaines de milliers d’euros. Et ça cartonne. Aujourd’hui, toutes les stars 3.0 ont déjà créé leur NFT, certains mioches sont devenus des crypto-collectionneurs millionnaires, et les Fashion Week se déroulent aussi dans le métavers Decentraland… Mais que nous arrive-t-il ?

PRODUIT D’APPEL

« Aujourd’hui, c’est plus rentable socialement d’avoir un crypto punk utilisé en photo de profil que d’avoir une grosse Rolex au poignet. Avec ça, tu peux toucher des millions de personnes », analyse Anthony Masure, responsable de la recherche à la Haute école d’art et de design de Genève. « Il y avait déjà un poids très fort de l’identité numérique avant la pandémie, mais depuis, avec Zoom valant plus cher que toutes les compagnies aériennes réunies, on se rend tous compte de son importance économique. » Si c’est avec une œuvre d’art que Beeple a réveillé les appétits, ce sont bien les avatars qui occupent, depuis, la part la plus importante du marché NFT (plus de 70 %). Et pour cause, il est aujourd’hui redoutablement aisé de se procurer un de ces biens positionnels 3.0 pour pas trop cher, même si certains collectibles, comme les affreux mais incontournables Bored Apes, se vendent des millions. La boîte vient d’ailleurs d’être valorisée à… quatre milliards.

Technikart NFT
PIONNIERS POP_
À gauche, l’artiste Beeple et une de ses œuvres. À droite, un Babolex avec Snoop Dogg en « special guest ».


Aussi spéculatif, qu’intellectuellement abordable, le marché de l’avatar attire autant le gars de la finance, qui veut se faire un peu de blé, que le collégien lambda voyant une suite logique à l’achat d’un skin sur Fortnite. « On peut acheter une œuvre en ligne aussi simplement qu’on envoie un sms, rappelle le crypto-collectionneur Brian Beccafico. Ça a permis à un public très jeune de s’intéresser au monde de l’art, et ce public se fout d’avoir ces choses-là chez eux, leur vie est en ligne, dans les jeux vidéos, sur les réseaux sociaux. » L’avatar est, en somme, le produit d’appel d’un art grand public vivant en ligne, s’achetant et se revendant sans intermédiaire via la blockchain.

GÉNÉRATION CRYPTO

Ces méta-incarnations à l’accent pop s’étant désormais fait une place dans les salles de vente, une question s’impose : est-ce de l’art ? « De fait, les sommes dingues associées à ces images les ont fait passer du côté du monde de l’art, ou comme fait social fondamental, elles sont en tous cas exposées dans des musées aujourd’hui. Tout est en train de se mélanger, il devient de plus en plus difficile de différencier l’art, la pop culture, et les jeux-vidéos », relève le chercheur Anthony Masure. De son côté, le collectionneur Brian Beccafico admet que « Star Wars, Le Seigneur des anneaux, ou Jurassic Park, sont de plus grosses références en crypto-art que ne le sont Marcel Duchamp ou Yves Klein. » Il va falloir s’y faire.



Grâce au NFT et à la force économique de la masse, la génération crypto dicte désormais ses codes, et elle se fiche pas mal de ce qui est censé être de l’art ou pas. Mais le succès des collectibles n’est que le bruyant symptôme d’un mouvement plus structurant : l’élargissement du domaine de l’art à la culture collective d’Internet, faite de memes, de trolls, de samplings graphiques et de références sci-fi. La bonne nouvelle ? Tout un tas d’artistes numériques non-professionnels peut arrêter de bosser gratis grâce à cette nouvelle économie qui leur offre enfin la reconnaissance. « Beeple ne vient pas de nulle part, il était déjà ultra connu au sein de la communauté des artistes digitaux, c’est pour ça qu’il a eu autant de succès », rappelle Brian Beccafico, qui a acheté le premier NFT de Beeple pour un euro en 2020 – il en vaut environ 200 000 aujourd’hui. Joli. Avec Internet, le nombre d’artistes dans le monde a littéralement explosé, et cet art issu de la toile n’est pas venu seul, il a ramené avec lui ses deux valeurs reines : l’humour et le collectif. 

GAMIFICATION DE L’ART

« L’art numérique est beaucoup plus décomplexé, ça se prend moins au sérieux, il y a moins d’ego, poursuit Brian Beccafico. L’humour est plus répandu dans le NFT, parce qu’il y a ce côté viral, du meme, etc. Il rapproche beaucoup les gens, on pourrait discuter ensemble juste avec des memes, sans parler la même langue. C’est un nouveau langage pictural. » À y réfléchir, le NFT est la manifestation la plus répandue d’une sorte de « gamification de l’art » à l’ère de la post-ironie. Tout devient amusement, et il n’est pas toujours simple de faire la différence entre le génie et le foutage de gueule. Une sorte d’art conceptuel à l’état sauvage, auto-généré par les mouvements d’intérêt de la masse pour tel ou tel objet numérique (meme, valeur, œuvre, etc.). Quand l’intérêt pour certaines œuvres provient d’un détournement, il devient difficile d’établir qui est l’artiste. Le créateur, ou ceux qui animent sa création ? Pour Michael Bouhanna, le responsable des ventes d’art digital chez Sotheby’s, « l’aspect communautaire est très important, beaucoup plus que dans l’art contemporain. Tous les groupes de collectionneurs NFT sont en contact via Twitter ou Discord, et c’est ce qui crée un engouement pour certains projets ». Dans le monde de l’art en NFT, il faut être dans les petits papiers, passer du temps, comprendre, s’impliquer… Tant mieux, non ?

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GUCCI ET ADIDAS_
La dernière lubie de la planète fashion ? Intégrer l’univers des NFTs dans leur business plan. À gauche, l’artisan digital de Gucci (Wagmi-San) ; à droite, un Bored Ape en Adidas.

 

CAPITALISME COGNITIF

Quand on parle d’art et de NFTs, il ne faut pas tout mettre dans le même panier. Quand Damien Hirst dévoile son premier projet crypto – des photos vendues en NFT – c’est du NFT-art, ou pop digital art. Brian Beccafico résume : « Le NFT-art regroupe tous les artistes qui n’ont aucune connaissance historique de la culture crypto, du mouvement cypherpunk, et qui font des NFTs pour vendre leur travail. ». Avec son deuxième projet NFT, Damien Hirst s’est davantage intéressé aux possibilités offertes par cette technologie. Cette fois, il se sert de la blockchain pour proposer un dilemme. Soit on garde le NFT, et Damien Hirst détruit l’œuvre dans une genre de rituel. Soit on détruit le NFT, et on récupère l’œuvre physique. Beaucoup plus conceptuel, on parle ici de crypto-art, car l’œuvre ne peut pas être réalisée sans la blockchain. Enfin, il y a l’art génératif, avec notamment les avatars, qui sont générés de manière aléatoire. Michael Bouhanna explique que, « tout cet art existe depuis longtemps, on le voit dans les musées, il est établi en tant que mouvement qui a eu un impact sur l’histoire de l’art. Mais sur le marché, ça n’avait jamais été adopté. D’un coup, une nouvelle génération s’intéresse à l’art numérique, donc ça crée une sorte de revival ». Mais le NFT ne va pas uniquement servir la cause artistique sous forme de médium, car la gamification de l’économie qu’il induit pourrait bouleverser toute l’industrie de la création artistique. Des petits studios de musique jusqu’aux plus gros plateaux hollywoodiens…

CAPITALISME COGNITIF

« Il y a un enjeu dans l’art à repenser l’économie sur un modèle plus horizontal grâce à la blockchain », s’enthousiasme Anthony Masure. Le mix entre la décentralisation du Web3 et la culture collective d’Internet à donné de grandes idées à certains. L’idée est simple : un groupe de personnes réunit une grosse somme d’argent en crypto grâce aux NFTs, afin de financer un projet. Comme un crypto-wallet partagé en gros, sauf que l’affection de l’argent est décidée par la communauté. À partir de là, les possibilités sont illimités. Entre autres projets, le tout Hollywood a tremblé en décembre dernier en apprenant que le prochain film de Martin Scorses, A Wing and a Prayer, serait financé par la mise en vente de 10 000 tokens, via la structure NFT Studios. Grâce à cette mécanique de mécénat décentralisé, sorte de Patreon 3.0, tout un chacun devient co-producteur des projets les plus sexy de la planète, tout en espérant voir la valeur de leur NFT s’envoler, en fonction du succès du projet. Goodbye les intermédiaires, type Columbia ou MGM, bonjour à la répartition de la propriété intellectuelle. Et le modèle est en train d’être appliqué à tous les domaines artistiques. À l’image du projet Blockbuster DAO, certains imaginent déjà un genre de Netflix démocratique appartenant à la communauté, où chacun vote pour décider quel projet sera financé, quelle série mérite une saison 2, etc. Cette tendance à inviter la démocratie dans la sphère artistique servira surtout, gageons-le, différents intérêts financiers guidés par le compteur à like. 

Ayant profité de l’accélération de notre histoire numérique, le NFT s’impose comme l’outil de prédilection d’un nouveau capitalisme, non plus industriel, ou financier, mais cognitif. Pour Anthony Masure, « cette économie de l’attention a été décrite par Yves Citton, qui disait qu’à l’avenir, ce serait le temps des gens qui vaudrait de l’argent, et non plus les objets. C’est ça, le like, ça donne de la valeur à un objet numérique parce que beaucoup de gens y prêtent de l’attention, du temps humain, qui est plus précieux que jamais. » Avec ce monde qui semble virer NFT, l’art et la gamification risquent bien de s’immiscer très profondément dans nos vies. Serons-nous demain tous des êtres humains oeuvres d’art tokénifiés ? Le wallet crypto deviendra-t-il le passeport de la nation Internet du futur ? Chaque élément de notre vie sera-t-il rattaché à une valeur, les événements auxquels on a assisté étant inscrits comme des trophées en forme de NFT ? L’être humain va-t-il basculer dans un matérialisme intra-numérique, alors que son environnement physique s’appauvrit ? Peut-être se rendra-t-on compte alors que l’on vivait dans un jeu depuis le début. 😉


Par Jean-Baptiste Chiara