LAWRENCE VALIN : « DÉJÀ UNE VICTOIRE »

Lawrence Valin

Acteur, scénariste, réalisateur et dorénavant producteur, Lawrence Valin signe avec Little Jaffna un premier long-métrage entre thriller d’infiltration et cinéma spectaculaire. Issu de la Fémis, il revendique un cinéma populaire et personnel.

Quel a été ton premier contact avec le cinéma ?
Lawrence Valin : Je regardais beaucoup les films du dimanche soir à la télévision, surtout ceux avec Belmondo et Delon, et j’avais envie de leur ressembler. Mais le vrai choc, ça a été Titanic. Je suis allé le voir au cinéma et j’ai été marqué par cette expérience collective : la salle pleine, les gens qui rient, pleurent, vivent le film ensemble.

Tu parles souvent de « cinéma spectacle ». Qu’est-ce que cela signifie pour toi ?
Ce sont des films portés par une vraie vision d’auteur, mais pensés pour rassembler le plus grand nombre. Des cinéastes comme Nolan, Bong Joon-ho, Spielberg ou Villeneuve arrivent à faire des films ambitieux, exigeants, tout en restant accessibles. J’aime cette idée de « blockbuster d’auteur » : un cinéma populaire, généreux, qui ne sacrifie ni l’émotion ni la mise en scène.

Little Jaffna est ta première réalisation et tu as choisi d’en incarner le personnage principal. Comment gères-tu cette double casquette ?
Tout repose sur la préparation. Plus tout est précis en amont en tant que réalisateur, plus je peux me libérer en tant que comédien sur le plateau. Je ne peux pas dissocier les deux rôles : si je doute derrière la caméra, ça se ressent immédiatement dans le jeu. La rigueur est la condition de la liberté.

Pourquoi était-ce important pour toi de raconter cette histoire sous forme de polar autour de la communauté tamoule en France ?
Parce que je fais partie de cette communauté. J’avais besoin de parler de la double appartenance, de l’identité, et d’aller à contre-courant des clichés. Je voulais montrer une communauté forte, autonome, loin des représentations habituelles. Et à travers un film de genre, parler aussi du conflit sri-lankais, sans être frontal ni didactique.

Comment le film a-t-il été accueilli par la communauté tamoule ?
Les réactions ont été très différentes selon les générations. Il y a eu des débats, parfois des réticences, mais aussi beaucoup d’enthousiasme. Le film a surtout remis le sujet du Sri Lanka dans l’espace médiatique. Pour moi, c’était déjà une victoire.

On t’a vu aux César parmi les Révélations, accompagné par Dimitri Rassam. C’était un choix stratégique ?
Oui. Dimitri incarne un cinéma populaire ambitieux, proche de ce que j’ai envie de faire. C’était aussi une technique pour qu’il voit le film, pour échanger avec lui, apprendre de son expérience. Assumer l’ambition et le rêve au cinéma, ce n’est pas un gros mot, au contraire.

Tes projets 2026 ?
Je me lance aussi dans la production. J’ai créé ma structure pour produire ou coproduire mes films. Comprendre le financement, le budget, le business, c’est essentiel pour être libre artistiquement. J’ai envie d’un cinéma total, sans me fixer de règles, en continuant à avancer et à déplacer les lignes.


Par
Max Malnuit & Lou Madamour
Photo Eva Chamosa

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