JASON CHICANDIER, COMIQUE JUSQU’AU-BOUTISTE : « JE SUIS UN VRAI PUNK-À-CHIEN ! »

Grand Seigneur devant l’Éternel (il en a fait la couve à l’été 2019), Jason Chicandier revient avec un show aussi littéraire que lubrique. On l’a reçu pour un apéro en pleine journée.

Il est 14 heures et tu as l’air très, très, fatigué. C’est Frédéric Beigbeder, avec lequel tu viens de tourner un épisode de L’Addiction s’il vous plaît !, ton show de gastronomie arrosée, qui t’a mis dans cet état ? 
Jason Chicandier (emphatique) : Non, je me mets toujours dans cet état-là. 

C’est le régime Keith Richards ? Une bouteille de Jack au réveil ? 
Oui. En fait, je ne sais pas trop ce que ça fait d’être sobre, la sobriété m’a toujours embêté et je ne sais pas quoi en faire. J’aime bien être toujours dans un état second. 

Mais tu arrives à écrire tes textes dans un état second ? 
Tout le temps.

Je n’y crois pas. L’inspiration te vient peut-être dans ces états seconds mais à un moment donné il faut dessaouler, écrire…
Je ne dessaoule jamais ! J’écris toujours quand je suis un peu saoul. Je suis toujours entre deux eaux. C’est ça que j’aime bien, être entre deux eaux. 

Tu joues dans Astérix et Obélix : L’empire du milieu, de Guillaume Canet. Tu te mets au cinéma ?
Non, pas du tout. Moi, je suis un vrai punk-à-chien. Je ne sais pas ce que je vais faire demain et j’adore le fait que tout peut se réaliser, ou pas. 

Tu n’as pas du tout un background de punk-à-chien. Tu as fait de bonnes études, tu es diplômé…
Oui et ?… 

Alors d’où vient ce côté nihiliste ? 
J’ai lu Nietzsche, Céline, Maupassant, Beigbeder… Et mon génie absolu s’appelle Houellebecq, je suis fan de lui. Du coup, je n’ai aucun sens des choses. Je ne sais pas où je vais demain… 

Tu écrivais déjà avant de plaquer ta vie de notaire pour tenter ta chance sur scène ?
Oui, depuis que j’ai 11 ans. 

Faire un métier public, ça change beaucoup de choses ? 
Tout. Ça change la vie de famille, les copains, les rapports aux autres. Mais c’est plutôt les autres qui ont un rapport bizarre avec moi. 

Sur Insta et sur Facebook, tu parles beaucoup du bon vieux temps. Nostalgique, camarade ? 
Ma phrase fétiche, c’est : et si c’était mieux maintenant ? J’utilise la nostalgie pour que ça devienne un truc super cool. J’adore la vie, les gens, et je déteste le fait d’être passéiste-moribond. Il y a beaucoup de joie dans ma nostalgie.

Ta fille a six ans. Tu comptes l’initier aux plaisirs de la table ? 
Oui. Je passe mon temps à faire à bouffer pour tout le monde. Avec sa mère, on lui dit : « Tu peux pas savoir à quel point c’est primordial pour nous de te faire bien à manger ». 

Avoir ton propre restaurant, ça te tenterait ? 
Oui, j’y ai pensé, souvent… Le seul truc, c’est que j’avais trop peur de décevoir. Mais j’aurai un restaurant un jour, c’est sûr et certain. 

Dans ton émission L’Addiction s’il vous plaît, tu partages des repas avec différentes personnalités. Manger, ça délie les langues ?
En fait, dans L’Addiction, s’il vous plaît, ce sont des gens qui se bourrent la gueule et qui ne sont plus dans le contrôle. Cette émission, je l’adore justement parce que nous ne sommes plus dans le contrôle.

Cette proximité avec les autres, c’est nouveau pour toi ?
Oui. Maintenant j’ai cette chance d’avoir des gens qui viennent me voir, on se fait des bisous, des câlins et c’est fabuleux. Je ne veux jamais que ça s’arrête. J’aime tellement les gens. Je me sacrifie et me sacrifierai toujours pour les gens que j’aime. Un jour, ma femme m’a dit : « Jason, tu vas mourir de ça ». Et j’ai répondu : « Oui, c’est exact ». Je donne l’intégralité de mon humanité aux gens.






Et comment réagis-tu aux critiques qui te qualifient de « beauf » ? 
Ça ne me fait absolument rien. Je veux parler avec des vrais mots, avec les gens. Je veux être Chirac qui tape sur le cul des vaches, je veux que ma meilleure amie s’appelle Frisette. Que ça se partage, que ce soit magnifique ! La condescendance, c’est l’enfer. C’est tout ce qu’il ne faut pas faire. J’aime les hommes, les femmes, je veux qu’on partage ça ensemble. Et quand c’est possible, c’est merveilleux. 

« EN 2024, VOUS ME RETROUVEREZ EN STRING, QUELQUE PART DANS LES DOM-TOM… »

 

Tu aimes tout dans la bouffe ? 
Ce que je ne supporte pas, c’est la mauvaise bistronomie. Je ne peux pas blairer ça, les gens qui font semblant de faire de la bonne bouffe. Ça me rend fou ! J’aime pas les gens qui bossent pas, qui font semblant, j’ai envie de les taper… violemment ! 

Et du coup, tu fais comment ?
Je ne peux pas faire autrement que de manger de la qualité, sinon ça me rend malade, ça m’intoxique. En revanche, je suis toujours hyper attentif à toutes les bouffes. Je suis fan d’indien, de chinois, de libanais… Tant que c’est de la méga-qualité. 

C’est noté. Tes projets pour l’an prochain ? 
Une tournée dans plusieurs villages en France à partir du mois de janvier. Les prochains L’Addiction, s’il vous plaît ! dans lesquels on va pouvoir retrouver Philippe Katerine, Frédéric Beigbeder donc… Et on va aussi faire une série qui s’appelle Le banquet avec mon Matou. Et puis… je suis en train d’écrire mon premier et dernier film. 

Ah ?
Je n’en ferai qu’un. Moi, dans trois ans, je ne serai plus sur le net. 

Tu avais déjà décidé de ta durée de carrière ? 
Oui. En 2024, je ne serai plus sur Internet et je ne serai plus joignable. 

Qu’est-ce que tu vas faire ? 
Vous me retrouverez en string, quelque part dans les Dom-Tom, avec zéro contrôle. Je ne voudrais plus être connu en fait. 

Tu penses que ça peut vraiment s’arrêter comme ça ? 
Moi, je ferai en sorte que ça s’arrête. Les autres feront ce qu’ils voudront. Parce que ça ne m’intéressera plus. J’aurai vécu ce que j’avais à vivre et j’aurai donné au monde ce que j’avais à donner. Mais j’aurai fait un très beau film. Je prendrai des acteurs qui sont très mauvais. Et je ferai un bisou comme ça. C’est pas mal non ? 

C’est super. Ça a des chances d’être marquant, un premier et dernier film. 
Oui, c’est pas mal… 

Son spectacle, Un Jour sans faim, se joue à la Comédie de Paris (42 rue Pierre Fontaine, 75009 Paris) jusqu’au 31 décembre. 


Par
Alice Révérend
Photo Arnaud Juherian