GÉRARDMER 2026 : L’HORREUR DANS LE MIROIR

Cadet Adilkhan Yerzhanov

Du 27 janvier au 1ᵉʳ février, le Festival International du Film Fantastique de Gérardmer a pour la 33ᵉ fois transformé sa montagne vosgienne en laboratoire du bizarre. Au programme, films viscéraux, gore qui tâche et peurs contemporaines.

Gérardmer au mois de janvier, c’est une station de montagne qui se transforme en capitale du bizarre. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, des milliers de fans se pressent dans les salles pour vibrer devant une cinquantaine de films viscéraux, du gore qui tache, des œuvres qui tranchent ou qui déragent. Pour sa 33ᵉ édition, le thème de l’année était « Bas les masques ! » et le festival a débuté avec Send Help, nouveau Sam Raimi, qui n’a pas réalisé un bon film depuis vingt ans, une histoire de guerre des sexes sur une île déserte, à la fois ratée, stupide et vraiment déplaisante. Une énorme déception, donc. 

Composée de neuf films, la compétition officielle donnait une impression étrange : beaucoup de sujets de société, beaucoup de sous-texte (masculinité toxique, dépression post-partum, famille dysfonctionnelle, solitude contemporaine), mais pas beaucoup de cinéma ! C’est d’autant plus étonnant qu’il y a des tas de merveilles en provenance d’Inde ou de Corée, et que plusieurs films présentés hors compétition étaient des œuvres solides et réussies, comme le formidable Flush, l’histoire d’un homme avec la tête coincée pendant 75 minutes dans le trou d’un WC à la turc, ou encore l’excellente comédie Alter Ego, où Laurent Lafitte affronte son double trop parfait pour être honnête… 

LE CHOC CADET

Mais la compétition réservait tout de même deux véritables bijoux. D’abord Junk World, venu du Japon, un film d’animation post-apocalyptique visuellement épatant qui explore la survie dans un monde de débris technologiques. Et surtout le mirifique Cadet, du Kazakhstanais Adilkhan Yerzhanov. Là, Gérardmer retrouve sa raison d’être. Une mise en scène glaciale, quasi kubrickienne, évoque un Shining soviétique. Dans une école militaire austère, un enfant suit sa mère enseignante et subit humiliations et violences. Peu à peu, le film bascule vers une horreur sourde : celle de voir l’innocence se dissoudre dans la brutalité du cadre. Des fantômes du passé communiste semblent hanter ces couloirs de béton. C’est beau, c’est oppressant, c’est grand.

Le Grand Prix est revenu à Mother’s Baby de l’Autrichienne Johanna Moder, thriller psychologique autour d’une mère incapable de reconnaître son enfant après un accouchement traumatique. Un film clinique, bancal, qui nous rappelle que Gérardmer adore quand l’horreur vient de l’intérieur. Cette édition 2026 aura confirmé une tendance de fond : le fantastique contemporain délaisse progressivement le monstre extérieur pour explorer nos failles intimes. La famille, le couple, l’identité, la solitude : voilà les nouveaux terrains de l’horreur.


PALMARÈS
Grand Prix 2026 : Mother’s Baby de Johanna Moder
Prix du Jury ex æquo : The Weed Eaters de Callum Devlin et Cadet d’Adilkhan Yerzhanov
Prix du Public : Redux Redux de Kevin et Matthew McManus
Prix de la critique : Cadet d’Adilkhan Yerzhanov
Prix du jury jeunes : Don’t leave the Kids alone d’Emilio Portes 


Par Marc Godin