EUN JUNG SHIN AKRICH, SWEET CUISTOT : « TOUT EST POSSIBLE »

Eun Jung Shin

La cheffe pâtissière dont on a besoin. Eun Jung, fidèle acolyte de Julien Sebbag chez Créatures et Forest, réussit à nous rendre heureux par ses créations gourmandes. Un mot d’ordre : simplicité ! Interview sucrée.

Ton parcours ?
Eun Jung Shin Akrich : Je suis née à Séoul. J’étais pâtissière et boulangère, j’ai participé à un concours que j’ai gagné, et ils m’ont offert un stage à Paris. J’avais 25 ans. La culture est tellement différente, ça m’a fait un choc. J’ai voulu revenir vivre ici définitivement. J’ai économisé deux ans avant de déménager à Paris et j’ai pris des cours de français. Ça fait huit ans maintenant que je suis ici.

Tu travailles pour les restos Créatures & Forest. Comment as-tu rencontré Julien Sebbag ?
Créatures faisait une soirée pour la fête de la musique et Julien et moi avions un ami commun qui m’a invité. Je l’ai rencontré et le lendemain je suis retourné le voir en lui disant que je cherchais un job. On a fait un entretien et il était hyper sympa. À cette époque je faisais du salé, car je gagnais de l’argent plus facilement, mais il avait vu ma formation en pâtisserie et il cherchait une pâtissière. On a préparé ensemble l’ouverture de Tortuga, mais après deux trois mois le Covid est arrivé et ça a fermé. Après, nous avons travaillé sur une nouvelle carte dessert. Maintenant, on bosse ensemble depuis deux-trois ans et ça fonctionne très bien !

Ton premier souvenir de cuisine ?
Quand j’étais petite, ma tante était une superbe cuisinière comme ma mère. Elles faisaient tout. À mon anniversaire, elles ont cuisiné des plats asiatiques avec de la friture. Je suis venue dans la cuisine, j’ai piqué quelques préparations, je suis sortie jouer et j’ai glissé sur les marches à cause de l’huile de friture… Finalement, je me suis retrouvée à l’hôpital.

Quel est le secret d’un dessert réussi ?
Pour moi ça ne vient pas de la technique mais surtout du cœur. Il faut que ça vienne de soi et des sentiments pour transmettre de belles émotions.

Quelles sont tes inspirations et tes influences ?
Déjà Julien. C’est une personne très particulière, c’est rare de rencontrer un chef comme lui. C’est un peu comme un petit prince. Autour de moi, ma femme, qui est photographe, m’inspire. Si elle n’aime pas, ça change tout. Tous mes desserts viennent d’elle. Ce que j’ai créé avec Julien, ça vient aussi d’elle et de ses conseils. Je m’inspire aussi de mes origines asiatiques pour créer une belle fusion.

Comment peut-on cuisiner de façon écologique ?
Avec Julien, il n’y a pas de gaspillage. On utilise tout : la peau pour un sirop par exemple. On peut innover et créer à partir « des déchets » que nous offrent les produits.






Qu’est-ce qui doit changer en cuisine en 2022 ?
Le rythme dans la cuisine doit changer. On est toujours très pressé et on peut être debout pendant 10-11 heures. Au Tortuga, Julien avait proposé de faire du Yoga une fois par semaine avant le service. Je n’avais jamais vu ça. Avec un chef qui pense à ses équipes,  tout est possible.

Comment former les chefs et cheffes de demain ?
On est trop habitué à cette tradition d’un chef et sous-chef masculin. Quand un mec dit quelque chose, tout le monde se tait et écoute. Alors que j’ai travaillé pour une cheffe et elle était plus à l’écoute de son équipe.

Où te vois-tu dans 5-10 ans ?
Sur une plage avec mon propre restaurant, ma femme et mes enfants.

@rayieu_shin



Par
Mathis Raymond
Photo Julien Grignon