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DIS-MOI COMMENT TU CONFINES…

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Vaut-il mieux être seule que mal accompagnée ? Notre chroniqueuse a profité de ses semaines de confinement pour trouver un début de réponse…

Un type formidable accepte régulièrement de me voir, y compris quand j’empeste l’alcool et que je succombe à un sommeil profond avant même de me déshabiller. Aggravé en outre par dix kilos de trop, il m’a naturellement incité à le classer dans la catégorie des stricts camarades de nuit. Jeudi 12 mars, je me réveillais chez lui sans savoir que le monde extérieur nous blacklisterait, moi et 67 millions de français quelques jours plus tard. J’avais fait ma dernière fois avec lui, en laissant ma pauvre mémoire se contenter d’un évènement qu’elle considérait davantage comme de l’aide à la personne que comme du sexe.


RARES ACCÈS HORMONAUX

Si ma vie à l’origine ressemblait peu ou prou à celle que tout un chacun s’est vue imposer, les sorties représentaient pour moi l’indemnisation de ma solitude et j’en jouissais en bonne et due forme. En tant que « célibataire endurcie », j’assume complètement ne leur trouver aucun intérêt si elles sont dispensées de flirt ou de garçons à embarquer, au risque de générer plus ou moins de regrets. Aussi, en dépit de leur caractère fragilisant, les sorties catalysent chez moi une libido digne de ce nom. Or, sans perspective de retour à la normale, mon désir sexuel a claqué la porte. Par protocole, ennui et en réponse à de rares accès hormonaux, la fréquence de mes séances de masturbation ne dépassait pas les trois fois par semaine au cours du premier mois.
La prévision du 11 mai a réveillé simultanément deux garçons à qui je m’étais tacitement promise. Cette même date a rendu nos échanges de textos autrefois allusifs et spéculatifs beaucoup plus clairs.


« SANS PERSPECTIVE DE RETOUR À LA NORMALE, MON DÉSIR SEXUEL A CLAQUÉ LA PORTE. »


Mon deuxième et dernier mois m’a donc plongée dans le continent opaque des conversations épistolaires. Pour empêcher mon monde de tourner autour de la réponse de Jean à ma question « As-tu fait du kitesurf autre part qu’à Jericoacoara ?», je faisais le ménage dans les recoins les plus improbables de mon appartement plutôt que de m’adonner aux casse-têtes stériles des puzzles. Par la force des choses, le soin avec lequel je m’efforçais de corser mes messages et l’attente des siens a un soir fait bondir mon appétit sexuel de l’adynamie.
Sous une douche brûlante et stratégiquement longue, alors que j’inspectais les carreaux au mur que j’avais passé l’après-midi à astiquer, devinant les contours de ma bouche outrageusement mouillée, tout en m’attrapant par les cheveux, j’ai embrassé langoureusement la surface réfléchissante et j’ai poussé de petits gémissements pour imaginer se soulever la bite de Jean entre mes jambes. Je me suis séchée dans un silence austère et ai commencé à me masturber trois fois par jour.


QUASI-VIRGINITÉ

Aujourd’hui, en me rhabillant chez l’esthéticienne qui venait de m’arracher les poils bas-ventraux, mon portable a retenti pour faire apparaitre un message désolé de Jean. Il avait « zappé » et voulait reporter à une « autre fois ». Tout peut arriver dans la vie, et surtout rien, pensai-je. Mais là en posant mes yeux vers l’intérieur de la poubelle, mutilée d’innombrables bandes de cire poilues, j’ai commencé à constater au bout de ma langue, la fadeur qui ponctuait ma vie. Après m’être descendue seule la bouteille de Meursault que j’avais prévu pour inaugurer ma quasi virginité, défigurée par la démoralisation, j’ai passé un coup de fil à dix kilos de trop pour me rappeler que tout ce qui changerait n’aurait d’autre réforme que l’inertie.

Par Violante Segal