CYRIL BENZAQUEN, FIGHTER ZEN : « LA MODE VA DÉMOCRATISER LA BOXE »

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Champion du monde ISKA de kickboxing habillé en Jean-Paul Gaultier, Cyril Benzaquen revient cet été plus fort que jamais. Nous avons retrouvé le dandy du sport de combat en plein entraînement pour son grand match du 8 juillet. Interview « kickbox and chill ».

Tu es champion du monde de boxe mais tu as malgré tout poursuivi tes études jusqu’à la fin de ton Master à Dauphine. À ce moment-là, tu savais déjà que tu en ferais ton métier ?
Cyril Benzaquen : Oui. J’ai démarré la boxe à l’âge de 13 ans et, quelques mois après, je savais que j’allais devenir champion. Je ne pourrais pas dire pourquoi parce que j’étais plutôt mauvais, je n’avais pas l’instinct combattant, mais j’ai eu comme un coup de foudre. Quand je voyais l’entraîneur, Aurélien Duarte, j’étais admiratif et je comprenais que c’était ce que je voulais faire de ma vie. 

En quoi l’arrivée de la boxe dans ta vie fut un choc ?
Ça a été un choc car ça a bouleversé tout ce que j’étais. À l’origine, j’étais un jeune ado timide qui manquait de confiance en lui, qui n’avait pas vraiment de but. Le fait d’avoir un rêve m’a permis de me motiver dans les autres domaines. Ça m’a permis d’aimer les études, aussi. Après le bac, j’ai entendu parler de Dauphine comme étant une des meilleures fac à Paris, j’ai été recalé, j’ai fait un IUT, je l’ai retentée l’année d’après, dans une licence de sportifs de haut niveau et j’ai été pris. Et l’année prochaine je serai intervenant là-bas !

Comment as-tu fait pour concilier les deux ?
C’était compliqué, j’avais cours le matin, entraînement le midi, je bossais tard le soir, j’avais de gros doutes parce que parfois rien n’allait nulle part : j’avais de mauvaises notes et je perdais des combats. La finale de kickboxing avait lieu au moment des partiels ; je n’ai pas ouvert un livre mais j’ai bossé comme un fou pour le combat en me disant que l’énergie que me donnerait la victoire me serait mille fois plus utile. J’ai tout remporté, ça m’a rendu tellement heureux que j’ai pu bosser proprement derrière et réussir mes exams. Finalement, les deux se sont bien complétés et j’ai priorisé. On ne peut pas courir deux lièvres à la fois !

« LA BOXE M’A APPRIS À GÉRER MES ÉMOTIONS… »

 

Tu donnes des conférences en entreprise sur la gestion du stress, le dépassement de soi, etc. Selon toi, ces notions sont-elles indispensables pour réussir ?
Oui, complètement. La boxe m’a permis d’apprendre tout ça et je vois une évolution folle entre ma première prise de parole à l’IUT et ma première interview chez Canal trois ans plus tard. Ils pensaient que j’étais un habitué ! La boxe m’a appris à gérer mes émotions, mon stress, à être en contrôle et ne rien montrer. 

C’est une forme de développement personnel, la boxe ?
Oui parce que c’est une introspection, ça m’a permis de savoir qui j’étais. J’ai compris avec la maturité que tu boxes tel que tu es. J’aime bien comparer la boxe à un discours : dans la vie de tous les jours, je n’aime pas être premier à parler lors d’un échange. Je préfère écouter l’autre et ensuite réagir à ses propos. Sur le ring, c’est pareil : je me suis rendu compte que je préférais contrer, être un contre-attaquant. C’est selon ma connaissance de l’adversaire que j’agis, je le laisse s’exprimer pour lui répondre.

Tu es assez engagé pour certaines causes, comme le Téléthon. Y-a-t’il d’autres causes qui te tiennent à cœur ?
Bien sûr. Je travaille surtout pour la lutte contre le cancer, notamment à l’institut Rafaël, Porte de Champerret. C’est une histoire de rencontre avec le Dr. Toledano, qui est devenu un ami. Son approche est la suivante : ne pas traiter la maladie mais l’individu. Il a un protocole ciblé sur le cancer mais il accompagne le patient avec de la musicothérapie, du yoga, du kiné, etc. Tout un tas de soins dérivés. Cette adaptabilité m’a rappelé une blessure au genou dont je m’étais remis et qui avait réapparu juste avant des championnats. Je devais arrêter la boxe pendant un an. Puis j’ai rencontré un médecin qui m’a dit que ma jambe était stable, que j’allais faire de la rééducation et que je reprendrai. Il a fait un cas par cas : il ne s’est pas fié à l’IRM, il a touché, et grâce à ça j’ai été champion du monde six mois plus tard. 






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SON CÔTÉ MANNEQUIN…_
En plus d’être smart, le boxeur ne s’essouffle jamais, ne transpire pas et a des muscles particulièrement photogéniques. L’homme parfait ?


Tu es très touche-à-tout entre la boxe, le mannequinat et les études… Y a-t-il d’autres disciplines qui t’attirent ?
Maintenant, j’ai l’esprit entrepreneur qui s’est développé donc il y a beaucoup de business qui m’intéressent : ça va de développer une activité de salle de sport, à monter une marque, en passant par le job de conférencier ; l’année prochaine je vais être intervenant à Dauphine, le cinéma, pourquoi pas ! Pour remplacer ce côté artiste de ma vie de sportif, je me verrais bien comédien en part time.

C’est intéressant ce côté « artiste » du sportif de haut niveau. La boxe, c’est un art ? 
Oui, la seule différence se trouve dans l’hygiène de vie où chez moi la rigueur et la discipline sont au premier plan. J’ai beaucoup d’exigences. Mais dans le ressenti, il y a des similarités. Chaque fois que je monte sur le ring c’est une première et une dernière, je crée quelque chose. J’adore collaborer avec des artistes, des créateurs. D’ailleurs, je suis convaincu que la mode va participer à la démocratisation de la boxe (voir encadré). 

Il y a également un parallèle entre boxe et danse…
Les danseurs sont fâchés de ne pas être appelés sportifs et moi à l’inverse, je serais fâché de ne pas être considéré comme un artiste. Comme la danse m’intéresse beaucoup, j’ai rencontré quelques danseurs étoiles et j’ai pensé à mêler un jour les deux univers pour faire un show, une performance entre nos deux gestuelles. La peur de monter sur le ring et le trac de monter sur scène sont aussi très similaires.

Tes projets pour le futur ?
Continuer de boxer, conserver mon titre, développer les combats que je produis à l’étranger, à Monaco, Dubaï, Miami… M’exporter en tant que producteur et boxeur. Puis la mode, les conférences, pourquoi pas monter une salle de boxe premium pour des jeunes par exemple, pour qu’ils puissent appréhender la boxe comme à l’école, pour les aider dans leurs études. 

Prochain combat le 8 juillet au Paris Country Club (121,rue du Lieutenant Colonel de Montbrison, 92500 Rueil-Malmaison)


Par 
Léontine Behaeghel
Photos Alexandre Lasnier