Formée au théâtre classique, Camille Lavabre est passée par le stand-up et la radio avant de s’imposer là où elle se sent le plus juste : le jeu. Des comedy clubs à France Inter, elle trace aujourd’hui un virage clair vers le métier d’actrice. Interview.
On connaît ta voix sur France inter, et on t’a aussi vue sur scène (avec Solitude partagée) et à l’écran, dans French Lover, un film de Nina Rives et Hugo Gélin, aux côtés, entre autres, d’Omar Sy. Ce parcours, tu en rêvais déjà enfant ?
Camille Lavabre : Pas du tout ! À l’époque, je voulais être Britney Spears, je rêvais d’être chanteuse pop. Je n’imaginais absolument pas me retrouver un jour sur des plateaux de tournage, encore moins dans des rôles éloignés de la comédie, comme ceux que je commence à explorer aujourd’hui. Le jeu est venu bien plus tard, presque par accident, en montant sur scène.
À quel moment as-tu compris que la scène pouvait être ta vocation ?
En le faisant. La première fois que je suis montée sur scène dans un comedy club, au Paname, j’ai compris que faire rire les gens était un pouvoir extraordinaire. Il se passait quelque chose de très immédiat avec le public, presque magique.
Tu as été formée au Conservatoire du 7e arrondissement. En quoi le théâtre t’a influencée ?
Je le vois vraiment comme du solfège. Même si ça ne nourrit pas directement mon écriture aujourd’hui, c’était indispensable. Quand on est interprète, peu importe le registre, je trouve important d’avoir fait ses gammes : le théâtre classique, les auteurs, les alexandrins. Ça donne une base, une discipline, une écoute du texte et du corps qui servent toute la vie.
As-tu construit des références pendant cette période ?
J’allais énormément au théâtre. Ça m’a surtout permis de comprendre ce que je n’aimais pas. Certains spectacles ont été de vrais chocs, comme La réunification des deux Corées de Joël Pommerat. En humour, voir Vincent Dedienne sur scène a été un déclic.
Ton seul-en-scène Solitude partagée mêlait stand-up et personnages. Pourquoi ce choix ?
Parce que ce qui m’anime vraiment, c’est jouer. Parler de moi en mon nom ne m’amuse pas tant que ça. En revanche, incarner des rôles, me transformer, c’est là que je prends du plaisir.
Tes personnages sont très incarnés. Comment les construis-tu ?
Je les visualise très précisément. Je ne joue jamais un archétype, mais une personne avec ses goûts, ses failles. Et surtout, je les aime. Même un personnage détestable : pour bien le jouer, il faut l’aimer.
Entre le théâtre, la radio et la fiction, quel est l’aspect de ces métiers que tu préfères ?
Le danger, le saut dans le vide, l’excitation. Il n’y a qu’une seule chance, pas de deuxième prise. Ce rapport immédiat au présent me plaît énormément. Et au théâtre, ce que j’ai le plus aimé, ce sont les partenaires. Le jeu collectif, l’écoute, le fait de construire quelque chose ensemble soir après soir.
Depuis 2022, tu signes une chronique hebdomadaire dans « La Bande originale » sur France Inter. En quoi cela a-t-il fait évoluer ton travail ?
Au début, j’étais très centrée sur le texte. Aujourd’hui, je pense la chronique comme un sketch entier, avec autant d’importance accordée au jeu qu’à l’écriture, d’autant que la radio est filmée.
2025 a aussi marqué un tournant avec un rôle dramatique tourné à Hossegor…
C’était la première fois que je m’éloignais autant de la comédie. J’ai travaillé avec un cascadeur, appris à manier une arme, exploré un territoire inconfortable. Et j’ai adoré ça.
La suite pour toi ?
Aller vers la fiction. Explorer des rôles plus profonds, continuer à créer des personnages. Ce que j’aime plus que tout, c’est interpréter.
Par Lou Madamour
Photo Kiara Lagarrigue




