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Bilal Hassani, punk haute couture

Bilal Hassani, punk haute couture

Superstar en devenir, égérie LGBT des millennials et grand défenseur de la moumoute flashy, Bilal Hassani nous raconte sa vision de la mode.

Déjà une icône de la mode ? Décomplexé, déterminé, celui qui voulait être « Roi » (c’est le titre de son premier single) a déjà tout d’un prince de la pop.

Dans le studio Technikart, alors qu’il se coiffe, Bilal Hassani repère sur la table de réunion de Technikart une étrange paire de lunettes mélangeant les formes de montures carrés et rondes. Il les regarde et s’exclame : « Ça, c’est Vivienne Westwood, évidemment ! »

Pourquoi « évidemment » ?

Parce qu’il n’y a qu’elle pour faire ça. C’est très classique et à la fois très punk, elle mélange les deux montures, c’est son essence, c’est elle qui a ramené le punk dans la haute-couture.

On sent énormément de références et d’influences dans ton look : le streetwear, le glamour américain, Lady Gaga, les cultures LGBT et drag-queen…

Ce qui est drôle, c’est que je n’ai jamais suivi les modes vestimentaires. À la base, on n’avait pas les moyens à la maison. Quand on était au collège et que les autres avaient des Vans, ma maman ne pouvait pas suivre. Alors j’ai décidé de partir en cacahuète avec mon look pour affirmer ma personnalité. Je kraftais des styles avec des tenues vraiment cheap. Et je suis très vite tombé amoureux des friperies, dès la sixième.

À partir de quel âge tu as commencé à avoir un vrai attrait pour la mode ?

C’était à mes 9 ans. Quand j’ai découvert Lady Gaga. Je pense que pour beaucoup de jeunes de mon âge, quand on a vu Lady Gaga arriver, il y a eu un choc culturel, c’était fou. C’est là que j’ai commencé à prêter attention à la mode…

Tu dois bien connaître la banlieue parisienne après avoir vécu à Saint Denis, Issy les Moulineaux, Cergy Pontoise… Comment ton rapport à la mode a-t-elle évolué dans ces quartiers ?

Vu que nous avons souvent déménagé, je n’ai pas eu le temps de pouvoir « prendre l’empreinte » d’un de ces endroits en particulier. Mon look a plutôt été influencé par ce que j’ai vu en ligne, en regardant les shows, les clips, la télévision aussi, mais aussi en voyageant. Mon papa c’était un expatrié donc il a vécu au Vietnam, j’allais souvent à Hanoï, ensuite il a déménagé à Singapour.

Que penses-tu des codes vestimentaires de la rue repris par la haute couture ?

Les grands créateurs se présentent comme des déclencheurs de mode, mais en réalité elle est toujours inspirée de la vraie vie. Aujourd’hui, la chose la plus dominante, et notamment grâce aux réseaux sociaux, c’est la rue, la banlieue, le streetwear, la jeunesse. Après, ça dépend de comment c’est fait. Quand tu vois une maison qui prend grossièrement ce qui se passe dans la rue pour en faire la même chose sur catwalk, je trouve ça assez fou. Avant, la banlieue était vue comme une sorte de zone interdite, aujourd’hui elle nourrit l’imaginaire des plus grandes marques de luxe.

Pourquoi selon toi ?

C’est probablement grâce aux réseaux sociaux : on s’est rendus compte avec Internet que la banlieue n’est pas celle qui est montrée à la télévision, ce n’est pas la zone. On a découvert des gens, des images, des lieux. Mais il ne faut pas oublier que le streetwear s’est fait tout seul, il n’a pas eu besoin de la haute couture pour exister.

 

Et cette folie des perruques… on en parle ? 

À la base, voilà comment c’est venu : je devais aller à un concert de Lady Gaga. Alors on a commandé une perruque sur Ali Express, toute blonde et synthétique, qui m’arrivait en dessous des fesses. Je me rappellerai toute ma vie du jour où le colis est arrivé chez moi, je l’ai tout de suite enfilée sur ma tête. Je n’avais jamais ressenti autant de joie, jamais senti aussi fort ! Mais en même temps, extrêmement vulnérable, car j’étais clairement en train d’exprimer quelque chose que j’avais enfoui toute ma vie. Ce fut comme une libération. C’était thérapeutique…

Lire aussi : Bilal Hassani, « on me disait : tu es arabe et gay, alors ça ne marchera pas »

Tes marques préférées ? 

J’aime beaucoup Gucci. J’aime bien voir sur une pièce s’il y a eu une réflexion. Je veux sentir un peu de folie, voir l’effort dans le vêtement. On doit pouvoir sentir les nombreuses heures de travail qui ont été nécessaires à sa réalisation, sinon ça me touche moins. J’aime Gucci pour ça, justement, avec le travail de la broderie, c’est fascinant. La marque Vêtements aussi, les gens ont tendance à dire que ce n’est pas de la mode, et ça j’aime bien ! Quand les gens sont énervés, moi ça me fait kiffer !

Entretien Jean-Baptiste Dotari, photos Sylvie Castioni

 

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