Avec son groupe Interparfums (on leur doit les fragrances Rochas, Lacoste…), Philippe Bénacin a révolutionné le secteur des parfums premium créés sous licence. Aujourd’hui, le dandy-business s’attaque à la haute-parfumerie en créant Solferino Paris. Interview.
Lancée en juillet dernier, Solferino Paris est la première marque de haute parfumerie développée en interne par le groupe Interparfums. Inspirée par l’adresse du nouveau siège social du groupe (au 10 rue de Solférino, un ancien hôtel particulier du XVIIIe siècle, ex-QG du Parti socialiste), cette collection unisexe célèbre l’essence de Paris à travers dix fragrances numérotées de 01 à 10, chacune imaginée par un grand parfumeur (Nathalie Lorson, Antoine Maisondieu, Jean-Christophe Hérault…). Pour mieux nous les présenter, nous avons rendez-vous avec le PDG-co-fondateur d’Interparfums, Philippe Bénacin, dans ce classieux bureau du septième jadis squatté par un certain « Tonton »…
La gamme Solférino Paris, lancée l’an dernier, célèbre un Paris rêvé, vu par les yeux des visiteurs internationaux. Comment est née cette marque à part ?
Philippe Bénacin : Chez Interparfums, nous avions déjà plusieurs marques « en propre », comme Lanvin et Rochas, mais là, c’est une marque que nous lançons « from scratch ». Dans le marché de la parfumerie, toutes les marques « de collection » ou « de niche » se sont beaucoup développées depuis une dizaine d’années – et encore plus fortement depuis cinq ans. Nous avons déjà Van Cleef & Arpels (en licence), et nous voulons être davantage présents sur ce secteur en pleine expansion, avec des consommateurs à la recherche d’expériences olfactives uniques et narratives.
De plus, vous avez déménagé votre siège social pour vous installer ici, au 10 rue de Solférino, dans l’ancien QG du Parti socialiste. D’ailleurs, nous sommes installés aujourd’hui dans l’ancien bureau de François Mitterrand…
Oui, en aménageant rue Solférino, nous nous sommes dit : « avec ce nom, il y a matière à développer une gamme de parfumerie. » C’est un siège social important, il y a une architecture haussmannienne remarquable, avec des codes très précis – moulures, damier, escalier majestueux – que l’on retrouve dans tout le bâtiment. On s’en est inspiré pour développer une ligne qui serait française – et même parisienne, plus que française.
Que voulez-vous dire par « parisienne plus que française » ?
C’est à partir de ce lieu, très parisien dans sa conception, qu’on a développé Solférino Paris. Car nous considérons que la ville n’a pas été spécifiquement traitée – même si toute la mode s’en revendique – par une collection de parfums. Nous, nous avons pris ce parti pris clair : mettre Paris en avant, avec des fragrances qui capturent ses icônes et son romantisme intemporel.
Votre nouveau lieu, la boutique Solférino Paris (310 rue Saint-Honoré, Paris 1er) s’en inspire.
Quand vous êtes venu ici, vous avez vu l’entrée, le damier, l’escalier… On a repris ces codes-là : les moulures et le blanc immaculé pour la boutique, les packagings avec descriptions et illustrations au dos pour les fragrances… Tout est pensé pour évoquer un Paris élégant et intemporel.
Le tout donne un Paris vu avec le regard « amoureux » des visiteurs anglo-saxons ou asiatiques…
Exact, ce n’est pas le Paris des Parisiens quotidiens, mais plutôt le Paris des internationaux, avec un côté « carte postale » qu’on revendique complètement. Pour la suite de la ligne – parce qu’il y aura une suite, on ne va pas s’arrêter là –, on va aller dans des endroits un peu moins touristiques : la place du Tertre, le Marais, les Francs-Bourgeois… Donc on va élargir le scope progressivement.
Y avait-il une façon différente de travailler avec les nez sur ces fragrances-là ?
Non, même si en termes de pricing, ils avaient beaucoup plus de marge (pour le choix des ingrédients, ndlr). On les a surtout briefé par rapport à des thèmes olfactifs qu’on voulait aborder, inspirés par des lieux parisiens précis. On leur laissait ensuite libre cours pour créer autour de ces lieux. On ne disait pas : « on veut une rose qui soit comme ci », mais on partait du lieu et ils nous faisaient ensuite des propositions. Par exemple pour le 10 Solférino, on a eu 5, 6, 7 roses qu’on a retravaillées, puis il y en a une qu’on a choisie : il était normal que le 10 Solférino, ce soit une rose. Petit clin d’œil à nos prédécesseurs !
Depuis janvier 2024, vous avez un nouveau best-seller chez Interparfums : le parfum Lacoste.
Lacoste avait eu l’idée de refaire un classique, le parfum Lacoste Original, en le remaniant, et c’est ce qu’on a fait. En plus, ils avaient démarré une discussion avec Pierre Niney pour les représenter, et ils nous ont suggéré de l’avoir pour toute la communication. Donc nous avions un parfum iconique, retravaillé, incarné par Pierre Niney. C’est la marque qui connaît la plus grande croissance de notre portefeuille.
Dans un contexte difficile (incertitudes géopolitiques, baisse du pouvoir d’achat, hausse des droits de douane…), vous sur-performez (un chiffre d’affaires 2025 de 918 M€, en hausse de 4,3%, ndlr). Quel est votre secret ?
Il faut avoir de bons produits, de belles marques… Il n’y a pas de secret, c’est un nombre d’éléments qui se cumulent : travailler intelligemment en comprenant ces marques et en créant des produits en ligne avec les histoires qu’elles racontent : Lacoste a sa propre histoire, Coach, la sienne. Tout en étant à l’écoute des désirs des consommateurs, et de tout mettre en place pour permettre d’avoir une dynamique qui se crée…
Par Laurence Rémila & Max Malnuit




