GÉRARDMER 2025 : NATHAN AMBROSIONI : « QUAND QUELQU’UN VOMISSAIT, C’ÉTAIT UN HONNEUR »

Nathan Ambrosioni technikart

Réalisateur surdoué de Toni en famille ou des Enfants vont bien, Nathan Ambrosioni, 26 ans, est juré au festival du film fantastique de Gérardmer. Vrai fan du genre, il rêve de signer un film d’horreur et revient sur ses premières frayeurs ou ses films cultes..

Je crois que pour vous, tout a commencé avec Esther, film d’épouvante de Jaume Collet-Serra, sorti en 2009.
Nathan Ambrosioni : Exactement. Le premier film d’horreur que j’ai vu à la télé, c’était Le Projet Blair Witch, j’avais sept ans. Mon père m’avait juste interdit de regarder la fin. Mais à cet âge-là, ça restait juste des gens dans une forêt, ça ne me faisait pas vraiment peur. En revanche, Esther m’a terrifié. J’avais 12 ans. Et c’est à cet instant que j’ai eu envie de faire des films.

Vous vous souvenez du contexte ?
Oui, j’étais dans mon salon, avec un pote. Je ne sais plus si on l’avait loué ou si c’était diffusé sur Canal+. J’avais tellement peur que je coupais le son à chaque scène un peu angoissante. Et en même temps, cette interaction avec le film me fascinait… Je l’ai trouvé génial. C’était la première fois que je me sentais à ce point impliqué, au point de devoir “contrôler” le film. Avec le recul, c’était peut-être déjà une entrée dans la fabrication. À partir de ce jour-là, j’ai passé mon temps à regarder des tutos, des making-of, pour comprendre comment on fait un film. Et j’ai passé toute mon adolescence à tourner des courts-métrages d’horreur avec mes potes. 

Vous organisiez des projections pour vos copains ? 
Oui, absolument. Et quand quelqu’un vomissait, c’était un honneur. C’est cela que j’adore dans l’horreur : la réaction de la salle. La comédie, tu entends le rire du public, mais l’horreur, c’est encore autre chose. Tu observes tout : les jumpscares, les gens qui se cachent les yeux, la tension qui monte… Tu “sens” vraiment la salle, et c’est hyper agréable.

Vous aimiez quoi à l’époque ?
J’aimais tout ! Mama, Paranormal Activity, Sinister, Conjuring… Le premier Conjuring au cinéma, c’était incroyable. Toute la salle hurlait. C’était comme une attraction, comme aller à Disneyland. De mes 12 à mes 16 ans, je n’ai raté aucun film d’horreur en salle. J’avais la chance d’avoir un père qui faisait une heure de route jusqu’à Nice, un vendredi sur deux, pour m’y emmener. On regardait le film, puis on allait manger ensemble. C’était aussi sa manière de passer du temps avec moi. Je me souviens d’un 31 décembre où j’ai vu Paranormal Activity. Il m’a dit : « Franchement, aller voir ça un31 décembre ! »

Et aujourd’hui, vous continuez à tout voir ?
Oui. J’ai vu tous les films d’horreur de cette année, mais je suis un peu plus critique, maintenant. Cet été, les films d’horreur comme Évanouis ou Bring Her Back ont cartonné, car ces films provoquent des réactions. Il y a quelque chose de très adolescent dans le frisson, le fait d’y aller avec ses potes. C’est une vraie expérience de salle. Tu viens vivre quelque chose physiquement. J’adore le cinéma de genre. Quand on m’a proposé d’être juré à Gérardmer, j’ai dit oui immédiatement. Et puis, c’est très beau symboliquement : il y a treize ans, j’avais envoyé mon premier court-métrage d’horreur ici, mais il n’a pas été sélectionné. Mon père m’a écrit récemment : “Il y a treize ans, tu envoyais ton premier film. Aujourd’hui, tu es juré.” La boucle est bouclée.

Quels sont vos films d’horreur préférés ?
MidsommarHereditary, les premiers films d’Ari Aster, Sinister, évidemment, Saint Maud qui avait été primé à Gérardmer, The Wicker Man, Le Projet Blair Witch, que j’ai beaucoup revu. Et puis plein de films indés, des found footage comme Grave Encounters, V/H/S

Votre dernier grand choc ?
Évanouis, Weapons en V.O La salle était en folie, le film est hyper malin, hyper bien construit. Il y a des scènes qui déclenchent l’hystérie collective. Et là, tu te dis que c’est pour cela qu’on va au cinéma.

Ne deviez-vous pas réaliser un film d’horreur ?
Oui, c’était censé être mon deuxième long. Ça s’est arrêté deux mois avant le tournage, en pleine préparation. Ça a été très dur, une vraie blessure. Mais j’ai toujours envie. J’ai un séquencier pour un film d’horreur médiéval, je n’ai pas dit mon dernier mot…

Faire de l’horreur en France, mission impossible ?
Oui. Le financement est très difficile. En France, on est plus formatés, on prend moins de risques. Et c’est dommage, parce que le cinéma de genre, par essence, devrait être un terrain d’audace.

Festival de Gérardmer 
https://festival-gerardmer.com/2026/

Par Marc Godin