2023, THE NEW 2008 ?

2023 THE NEW 2008

Inflation, panique collective et faillite bancaire… Vous vous demandez pourquoi l’année en cours a des airs de déjà-vu ? L’économiste le moins décliniste de France a sa petite idée. 

La crise n’est plus une exception, elle est devenue la norme. Surtout pour les jeunes de 20 ans. Si on effectue un bref retour en arrière, on se rend compte que, ces quinze dernières années, le monde a été frappé par la crise des subprimes, la crise de la zone euro, les attentats, la crise sanitaire avec le Covid-19, la guerre en Ukraine et l’inflation, et enfin la crise climatique dont les effets s’accélèrent et s’amplifient chaque année. Et cela ne suffisant pas, voilà qu’avec la chute d’une banque de la Silicon Valley, on nous parle d’une possible crise financière en 2023…

Le propre d’une crise est de nous surprendre. Certaines sont anticipables (comme les crises financières qui trouvent leur origine dans la déréglementation de la finance ou la crise climatique dont l’ensemble des prévisions montre qu’elle est inéluctable si on ne fait rien), mais le propre d’une « crise » est d’avoir un caractère surprenant, notamment en ayant un impact plus fort que prévu. Par exemple, le chômage des seniors en France ou le sous-financement des services publics sont des éléments structurels, mais on ne parle pas de crises tant qu’il n’y a pas une situation exceptionnelle.

La crise de 2008 a surpris tout le monde pour deux raisons : elle provenait de la première puissance mondiale, les États-Unis, et d’un excès de dette privée (alors qu’à l’époque les institutions internationales s’attendaient à une crise provenant plutôt d’un excès de dette publique dans un pays pauvre). La crise des subprimes a également révélé les pratiques douteuses de la finance internationale. Au début des années 2000, le président Bush souhaitait que les ménages pauvres deviennent propriétaires. Comme il n’était pas question d’augmenter les salaires, un crédit adressé aux ménages les plus modestes et présentant des garanties insuffisantes pour accéder à un prêt normal a été inventé : le fameux subprime (qui signifie en dessous du premier choix). Prêter à des gens qui ont déjà du mal à rembourser leur ancien prêt aurait été dans un monde normal une pure folie. Pourtant, dans l’insouciance générale, ce crédit a eu un tel succès qu’il représentait 40 % des nouveaux crédits en 2006. Pourquoi un tel succès auprès des banques, alors que les ménages étaient, de manière quasiment certaine, dans l’incapacité de le rembourser ? Tout simplement parce qu’en cas de défaut de paiement, la banque saisit le bien immobilier et le revend. Et comme les États-Unis étaient dans une période de boom immobilier, le prix augmentait entre l’achat et la saisie. La banque faisait donc une plus-value immobilière en cas de défaut du créancier. En fait, les crédits subprimes étaient un tour de passe pour permettre à une banque de faire un investissement immobilier tout en faisant croire à une personne pauvre et endettée, pendant un court moment, qu’elle pouvait acquérir un logement. Tant que les prix de l’immobilier augmentaient, ce petit jeu fonctionnait. Mais un jour, ils ont commencé à baisser et les banques ont commencé à accuser des pertes jusqu’à ce que l’une des plus grosses, Lehman Brothers, s’écroule…

COMPORTEMENTS MOUTONNIERS

La crise de 2023 est principalement due à la hausse des taux des banques centrales. La Fed et la BCE ont augmenté leurs taux pour lutter contre l’inflation mais la hausse de ces taux à un impact négatif sur l’activité économique. Il faut le dire, sans hausse des taux, sans les réseaux sociaux qui amplifient les rumeurs et sans la possibilité très rapide de retrait et de transfert de comptes notamment grâce à Internet, la SVB banque n’aurait probablement pas fait faillite. Et comme la hausse des taux concerne aussi l’Europe (et donc la France), on ne peut pas affirmer que les banques françaises ne seront pas chahutées en 2023. Surtout si on y ajoute les problèmes de conformité des dossiers de prêts garantis par l’État qui pourraient être à la charge des banques (100 milliards restent à rembourser), les faillites avec la hausse des prix de l’énergie, l’inflation qui fait que beaucoup de ménages piochent dans leur épargne, etc. Les ressources des banques risquent de baisser. Il ne faudrait pas y ajouter des rumeurs qui entraînent des comportements moutonniers et fragilisent encore plus les banques…

Nul doute qu’en cas de crise, l’État (autrement dit le contribuable) interviendra pour renflouer les banques et que grâce à cet argent elles recommenceront à spéculer sur les marchés financiers pour finir par attaquer les dettes publiques des États qui les ont sauvées. C’est un scénario qui se répète constamment depuis 2008. La crise de 2008 aurait dû entraîner un nouveau mode de fonctionnement de l’économie avec une finance plus régulée et moins d’inégalités sociales, mais elle n’a fait qu’accroître la logique qui l’avait provoquée. Loin d’être une crise du libéralisme, elle a été une crise dans le néolibéralisme. Le cadre a persisté et s’est même renforcé…


Par 
Thomas Porcher