UN MONDE META…

Edito technikart 254

Ah, ce « beautiful future » qu’on nous promet… C’était à la toute fin du mois dernier, et nous étions scotchés devant une vidéo WTF qui nous venait de Menlo Park. Celle-ci dévoilait, dans une séquence de quelques minutes digne des meilleurs films d’entreprise, « le nouveau chapitre d’Internet » que Mark Zuckerberg s’apprêtait à ouvrir. Celui du Metaverse (en gros, tout ce qui nous permettra de rester connectés au digital en utilisant – en plus de son réseau des amis Facebook et celui de l’auto-comm’ en permanence Instagram – les nouveaux joujoux imaginés ou rachetés par Zucki (il a déjà dépensé 8 milliards de dollars cette année pour développer son offre VR). D’ailleurs, sa société s’appellera désormais Meta (nom fourre-tout pour englober tous ses business à venir). Voilà pour les grands titres. 

Le film ? Mark Zuckerberg se promène dans sa cuisine, une tasse de café à la main, avant de discuter avec un de ses collaborateurs. Lui aussi est resté à la maison (mais y a personne au burlingue chez Facebook ?), mais Mark n’a pas trop le temps de lui parler de la journée Secret Santa ; il veut nous partager sa vision de ce que sera le « travail de demain ». Les écrans se projettent dans l’air et obéissent au petit doigt : c’est Minority Report revu et corrigé par les télé-travailleurs de San Francisco. Mais plutôt qu’un Cruise s’agitant pour dévier le cours du futur, on a ici l’avatar ultra-réaliste (et un peu botoxé, non ?) de Zuckerberg pontifiant sur notre avenir pro. On pourra donc bosser de chez nous (ou de chez Starbucks), tout en se sentant proche de la machine à café de la boîte, grâce à nos avatars déambulant dans une simulation de l’open-space sur Horizon Workrooms…

Un geste philanthropique de sa part ? Ou sa façon de s’assurer que nous continuerons de passer, au cours des décennies à venir, l’essentiel de notre temps connectés dans ses échoppes à lui ? Car, si j’ai bien compris, on ferait mieux – qu’il s’agisse de nos vies physiques (préparer le marathon de Paris avec une appli) ou cérébrales (mettre son casque Oculus Rift et se perdre dans les dédales d’un jeu de réalité virtuelle) – de passer par lui. (D’ailleurs, quand je passe une insomnie à végéter devant les reels d’Insta, suis-je réellement dans le monde physique ?)

Bien évidemment, Mark a raison. Notre futur sera meta. Nous serons au travail sans l’être. Nous n’oserons jamais nous déconnecter de BeReal, toujours prêts à recevoir ses « photo challenges » (et, quelle horreur, montrer une réalité non-trafiquée de notre présent). Et nos avatars seront des versions idéalisées de nous-mêmes, habillés par toutes les marques « street-luxe » de ce numéro : si on va passer la journée à la maison à bosser en jogging Decathlon, autant faire porter un ensemble Gucci (vendu seulement quelques centaines d’euros) à notre déclinaison digitale…   






Et que lirons-nous dans ce monde merveilleux ? J’ai ma petite idée. 

Bonne lecture, on se retrouve dans un mois,

Laurence Rémila
Rédacteur en chef