Sylvette Lepers construit sa carrière organiquement depuis 44 ans au sein de la Redoute. De gestionnaire, puis acheteuse prêt-à-porter, attachée de presse, jusqu’à diriger l’ensemble de l’équipe presse puis l’équipe style couvrant les univers homme, femme et enfant, Sylvette Lepers occupe aujourd’hui le poste de Directrice des Partenariats Créatifs et Images. Rencontre avec l’une des figures emblématiques de l’entreprise de commerce en ligne.
Vous êtes co-commissaire de l’exposition consacrée aux 190 ans d’histoire de la Redoute à La Piscine, à Roubaix, du 5 mars au 7 juillet 2026. Comment avez-vous construit cette rétrospective ?
Sylvette Lepers : J’ai travaillé avec Karine Lacquemant, commissaire d’exposition à la Piscine de Roubaix et avec Sandrine Tinturier, directrice des archives de la Fondation Alaïa. Pour la construire, on a récolté des archives chez la Redoute, où l’on a tous les catalogues, on a récupéré des pièces au Musée des Arts Décoratifs ainsi qu’au Palais Galliera. De mon côté, j’avais gardé beaucoup de vêtements issus de nos collaborations avec des créateurs et on a aussi cherché du côté des particuliers. On a schématisé toute l’histoire de la Redoute. On a représenté les grandes périodes, donc la façon d’accompagner les femmes depuis toujours, le boom des vêtements pour enfant pendant la période d’après-guerre, les années 1950 et la surconsommation, l’importance de la publicité, puis les années créateurs, celles de la couture et les années personnalités. Ensuite il y a eu les années 2000 et la jeune création. La Redoute a travaillé avec Anthony Vaccarello, Jacquemus, Vanessa Bruno, Isabel Marant, Jeanne Friot, etc. Je veux éviter de raconter quelque chose de poussiéreux, parce que la Redoute a toujours su se réinventer et avoir un temps d’avance. C’est ce que je veux raconter à travers cette installation.
Vous avez également orchestré trois capsules avec Kevin Germanier, Charles de Vilmorin et Blanchemaille. Comment ces collections dialoguent-elles avec l’héritage mis en avant lors de l’exposition ?
Comme à mon habitude j’ai voulu qu’elles fassent un petit pas de côté. Donc elles sont exposées directement au musée. J’ai proposé à Kevin Germanier de réinterpréter des pièces emblématiques de notre ligne de mobilier. Il en a fait des pièces exceptionnelles à son image. Pour Charles de Vilmorin, j’aime son univers coloré, fantasmagorique et mystérieux quelquefois, alors je lui ai proposé de créer des t-shirts. Et pour la dernière capsule, je l’ai appelée Blanche Maille. Lorsque je me suis plongée dans les archives, j’ai découvert qu’avant le premier catalogue de 1928, la famille Pollet, fondatrice de la Redoute, avait lancé un catalogue d’ouvrage nommé Penélope où l’on vendait seulement de la laine et on expliquait comment faire des modèles de tricots. Ces gilets somptueux des années 1920 m’ont donné envie d’en reproduire certains, et donc j’ai extrait 7 modèles intéressants pour les rééditer en les mettant au goût du jour pour l’expo.
En 2011, vous réalisez votre première collaboration avec Anthony Vaccarello. À l’époque, qu’est-ce qui vous a attiré chez le créateur ?
Pour l’anecdote, je prenais un café avec Lou Doillon et c’est elle qui m’a parlé d’Anthony Vaccarello. Je l’ai ensuite trouvé extrêmement intéressant tant dans sa personnalité que dans ses créations. Il était très jeune et pourtant il savait déjà ce qu’il voulait ou non. Très naturellement on a construit cette collection pour la Redoute.
Encore aujourd’hui vous mettez en lumière les jeunes créateurs, notamment avec votre rôle de membre du jury à l’école de la Head à Genève et votre participation au programme Talent de la Fédération du prêt-à-porter français. Quand j’ai commencé, il y a 8 ans, j’ai trouvé qu’il y avait une patte assez singulière chez les étudiants de cette école. Alors je leur ai proposé de faire un prix avec la Redoute. De ce fait, chaque année je retiens un lauréat pour lui permettre de travailler une collection à la Redoute. Ça a vraiment du sens pour nous de révéler des talents et de toujours démocratiser le style. Pour sélectionner, je suis sensible à sa personnalité, son univers créatif, son image, la qualité de son modélisme et à l’éthique. Mais je ne suis pas pour un cahier des charges. Pour la Fédération, j’interviens sur la partie style et image. L’ensemble du corps du programme aide sur le business plan, sur la façon de réduire son offre pour qu’elle soit plus qualitative, ne pas se noyer dans les détails. Tout ça est extrêmement précieux.
Comment avez-vous construit la dernière collaboration en date avec Alain Clerc, lauréat du Prix La Redoute x HEAD Genève 2024 ?
Il fait des costumes pour homme somptueux. Il a vraiment une approche du modélisme de grande qualité. Je pense que j’ai rarement vu aussi beaux que ces travaux et son mémoire, à la fois dans les croquis et les textes. Il a une plume formidable. Pour la collection, je lui ai demandé de faire du tailoring avec deux silhouettes pour femme mais qui vont également aux hommes.
De quelle façon intégrez-vous les enjeux écoresponsables au sein des collaborations ?
C’est produire moins pour produire mieux. On veut avoir le moins de deadstock possible. S’il y en a nous donnons les pièces à des associations comme le Secours Populaire. On s’efforce de proposer une offre plus durable, des pièces qui peuvent se porter de saison en saison. Dans la mesure du possible, on travaille avec des ateliers en France, sinon en Europe. Par exemple, on a notre programme de cachemire local.
Quelle est votre lecture sur l’e-commerce et son futur ?
Ça va continuer d’évoluer. On est encore au début des changements de l’e-commerce !
Par Anaïs Dubois
Photo Gilles Marie Zimmermann




