REIMS POLAR 2026 : Gus Van Sant : « Le cinéma m’a manqué »

La Corde au cou de Gus Van Sant

Invité d’honneur du festival Reims Polar, Gus Van Sant, immense réalisateur d’Elephant ou de Will Hunting, a présenté son nouveau bébé, La Corde au cou. Rencontre. 


Gus Van Sant

Vous faites votre grand retour au cinéma avec La Corde au cou, car vous n’aviez pas tourné depuis six ans…
Gus Van Sant : J’ai compris, en tournant La Corde au cou, combien réaliser un film m’avait manqué, combien le cinéma m’avait manqué. La télé, la série, c’est autre chose, c’est un autre jeu, avec d’autres règles, d’autres publics. C’est un autre business, tout simplement. 

Votre film est inspiré d’un fait divers. En 1977, ruiné à cause d’un emprunt, un certain Tony Kiristis prend en otage le fils, adulte, du courtier à qui il réclame cinq millions de dollars, mais aussi et surtout des excuses. 
La prise d’otage a duré 63 heures. Elle a été filmée en direct par une télé locale, et ça a été une actualité en continu, presque comme le 11 Septembre quelques années plus tard. Tony a même demandé à être interviewé par les journalistes, pour faire entendre son message et demander des excuses.

Pourquoi avez-vous dit oui à ce scénario ?
Il y a un an et demi, à L.A., j’ai rencontré au restaurant un producteur que je connaissais. Il venait de perdre son réalisateur, son acteur principal, et comme tout était prêt, il devait tourner très rapidement. On m’a fait visionner un documentaire tourné en 16 mm où l’on voit Tony, un personnage très étrange, avec vraiment un problème, mais en même temps, il était drôle, très particulier. Je me suis attaché à ce personnage et j’ai eu envie de raconter son histoire. 

Vous avez tourné rapidement ?
En 19 jours, avec très peu d’argent ! Nous étions à Louisville, dans le Kentucky, et je suis né à Louisville. J’ai aimé que le film soit tourné là. Ces personnages, je les connais, ils ressemblent aux gens avec lesquels j’ai grandi. 

Votre film résonne étrangement avec le présent et évoque même l’affaire Luigi Mangione.
Ce film est l’histoire vraie d’un homme désespéré. Pendant le tournage, j’ai eu plusieurs fois l’impression que l’Histoire rattrapait la fiction, comme si l’histoire se répétait. C’était vraiment troublant. Cela a rendu notre film à la fois pertinent et inconfortable. C’est un film sur la colère et l’impuissance. C’est un film d’époque qui parle d’aujourd’hui.

Votre monteur a travaillé avec Terrence Malik sur La Ligne rouge et Le Nouveau Monde. 
Je suis ami avec Terry, un cinéaste que j’admire et c’est lui qui m’a chaudement conseillé Saar Klein. Il savait qu’il ferait du bon boulot. 

Votre film évoque bien sûr Un après-midi de chien, de Sidney Lumet, avec Al Pacino qui joue également dans votre film, dans le rôle du père de l’homme pris en otage.
Notre producteur, Cassian Elwes, connaissait Al Pacino et savait qu’il aime bien faire de petits rôles dans des films. C’était une étape importante pour le casting mais je ne lui ai jamais parlé d’Un après-midi de chien. Nous avons travaillé ensemble juste une journée. On a juste bossé, pas bavardé.

La Corde au cou de Gus Van Sant
Sortie en salles le 15 avril 2026

Plus d’infos sur le festival Reims Polar : https://reimspolar.com/


Par Marc Godin