MÊME PAS PEUR : UN VRAI FESTIVAL CINEMA À LA RÉUNION

Du 16 au 21 février, le festival Même pas peur, organisé par Aurélia Mengin dans le cœur sauvage de l’île de la Réunion, propose une sélection pointue d’une soixantaine de films vraiment fantastiques.

A 11 000 kilomètres de Paris et de la métropole a lieu cette semaine la douzième édition du Festival International du Film fantastique de la Réunion, Même pas peur. Ce festival, gratuit, sans récompense, ouvert même aux scolaires, est le bébé d’Aurélia Mengin, Réunionnaise de 41 ans, réalisatrice énervée de plusieurs courts et d’un long très remarqué en 2018, Fornacis. Guerrière du cinéma, elle se bat avec passion pour faire découvrir sur grand écran des courts et des longs-métrages audacieux et novateurs, qui ne seraient jamais distribuées à la Réunion. « Il y a 14 ans, je tournais un film étrange à la Réunion, Plan à trois, avec Jackie Berroyer. Je parle avec mon ami Olivier Rivière, qui était devenu maire. Il cherchait un projet artistique pour sa ville et j’ai proposé un festival de films fantastiques. Et on a monté ce festival en trois mois, avec quelques DVD, un rétroprojecteur et 30 personnes dans la salle. Depuis, on passe les films de Gaspar Noé, Jodorowsky, ou Bertrand Mandico pour ouvrir l’œil et l’esprit de nos fidèles festivaliers. »

Le festival ne se déroule pas dans la grande ville de Saint Denis, au Nord, mais à Saint-Philippe, au Sud de l’île, au cœur d’une nature sauvage et luxuriante, au-dessous d’un volcan, où les vagues furieuses de l’océan indien se fracasse contre des coulées de lave. Il fait beau, le rhum arrangé coule à flot, la programmation est… étincelante (La Abuela de Paco Plaza, The Land of the Sons de Claudio Cupellini, le film brésilien Médusa ou encore notre chouchou, The Innocents d’Askil Vogt), les spectateurs comme toujours au rendez-vous, mais cette année, le Covid tente de gâcher la fête et le préfet a décrété un couvre-feu à… 21 heures, ce qui est un peu gênant pour un festival. Aurélia a dû repenser sa programmation, les films sont diffusés à 18h et les spectateurs, qui en ont vu d’autres, s’adaptent ! « Cette 12e édition a vraiment été enfantée dans la douleur. Nous avons eu le cyclone Batsirai il y a dix jours, avec un pétrolier qui s’est échoué à Saint Philippe, pas d’électricité pendant trois jours, une grosse coupure d’internet donc impossible de copier les DCP : le gros flip ! Et pour tout arranger, nous sommes à nouveau en pré-alerte cyclonique ce vendredi… Mais bon, mais j’aime bien le ring, me battre. On se révèle dans l’adversité ! »

TENTACULES INTRUSIVES ET ORIFICES HUMIDES

Le festival s’est ouvert avec une belle sélection de courts-métrages. Before the Blue, trip hypnotique brésilien sous influence de Bertrand Mandico ; Hunger, petit conte horrifique et malin made in Mexico, avec grosse bébête au fond d’un puit et une faim inextinguible ; Maneater, l’histoire d’une ravissante mangeuse d’hommes, sous la forme d’une comédie musicale flashy ; et enfin, l’ultra-efficace The Tenant, un diamant noir espagnol, avec un petit vieux un peu trop collant.







Le premier gros morceau du festival est un de nos coups de cœur de l’année, un film sous substance, plein de tentacules intrusives, d’orifices humides et de fleurs turgescentes et dégoulinantes, le magnifique After blue (Paradis sale), de Bertrand Mandico, sorte de Méliès priapique qui déclare volontiers « C’est un film de science-fiction sans beaucoup de science, un film d’heroic fantasy avec beaucoup de fantasy. » Nous sommes ici dans un futur lointain, sur une planète sauvage, sans homme, et l’ange blond Roxy se lance à la poursuite d’une étrange meurtrière, Kate Bush (oui, oui) avec sa mère coiffeuse… Un trip poétique, sidéral et sidérant, qui ouvre l’œil, titille l’entrejambe, qui a fait déclarer à un festivalier extatique : « C’est génial ce festival. Les films sont différents, mais ils te secouent tous la tête. »

MEME PAS PEUR
Du 16 au 21 février, à Saint Philippe, la Réunion
www.festivalmemepaspeur.com

Par Marc Godin