Les fous de Bordeaux sont parmi nous…

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Plus bio, plus fun, plus sexy… Une nouvelle génération de vins de Bordeaux est-elle en train de dérider les dîners Parisiens en cabarets gourmands, festifs et déconnants ? Réponse en direct du dîner des attablés avec quelques personnalités triées sur le godet (Manu Payet, Reem Kherici) et une belle grappe de vignerons poètes ! 

Et si les vins de Bordeaux étaient le nouveau « clubbing de table » ? Un cabaret gourmand où Merlot et Sauvignon transformaient les dîners en dancefloors mondains. Une « Graves Party » où grands crus et vins de copains se sirotaient à tue-tête dans un récital à quatre assiettes. Un stand-up en barriques où, de Pauillac à Saint-Macaire, les Blondin de la vigne tenaient en haleine un parterre de V.I.P. hilares et chauds sur le raisin… C’est le pari insensé (mais arrosé avec modération) que semble vouloir réussir ces derniers jours une poignée d’artistes Parisiens avec le Dîner des attablés. Et auquel Technikart (comme nos confrères du magazine Grand Seigneur*) a pu assister en exclusivité à la Maison-Bréguet (Paris 11ème) entre un T-Bone aux prunes et une Tome de Chèvre aux noix…

Photo Gilles Petipas

SUZANNE VEGA DES COTEAUX
En coulisses ? Le comédien Yannig Sammot (le flic Bertrand dans la série La Mante avec Carole Bouquet), ancien taulier du tout Montmartre (les restos Chéri Bibi, La Famille, etc) et poète inspiré des meilleures cuvées d’Aquitaine en biodynamie (lire encadré ci-contre). En cuisine ? Le chef Tamir Nahmias (lire Technikart N° 226), l’étoile montante de la cuisine du Levant (Syrie, Turquie, Liban, Israël), ses « flatbread au brocciu », Grégory Marchand et toute l’équipe du Frenchie (5 rue du Nil, Paris 2ème). À table ? Les comédiens Manu Payet (les 23 et 24 Novembre au Casino de Paris), Reem Kherici (à l’affiche de Nicky Larson, le 6 Février 2019 en salles) et Aure Attika (le 23 Novembre prochain sur Arte dans Jonas de Christophe Charrier). Au piano ? Keren Ann, l’incontournable Suzanne Vega rigolote des coteaux, et l’ex-jeune pousse du marketing de Technikart (véridique) reconverti en Bill Evans des tubes pop, le génial Mattias Mimoun. Sur scène (et en salles) ? Les stars du Bordelais bio : les vignerons Ludovic Barthe (Château Grand Bireau), Cécile Verdier (Château Brethous), Hugues Laborde (Château Aurore), Rachel Hubert (Château Peybonhomme-les-Tours), Patrick Eresue (Château de Chainchon), Virginie Aubrion (Château de Piote) et bien d’autres. Tous raides dingues de leurs vignes et de leurs terres. Avec cette petite foudre dans les yeux qui a l’air de dire qu’ils ont mis toute leur vie (et bien plus) dans un flacon…

Photo Gilles Petipas

OPÉRA VITICOLE
« Je fais fermenter mon vin dans des jarres en terre cuite fabriquées à Florence », avoue Virginie Aubrion en servant sa cuvée Tradition en Blanc sec (70% Sémillon, 30% Colombard). « J’ai choisi le terroir Bordelais parce qu’on peut y faire des vins d’auteurs comme des toiles de maître », ajoute Hugues Laborde à propos de son Château Aurore (Un supplément d’âme, 100% Merlot) vendangé à Moulon jusqu’aux « ultimes limites de la pourriture ». « C’est un vin un peu gras » sourit, l’oeil farceur, l’étonnante Rachel Hubert, superbe Julianne Moore de Blaye, en débouchant son Blanc Bonhomme (50% Sauvignon, 50% Sémillon) : une caresse de blanc sec et fruité « comme un baiser volé sur du pain beurré »… Cela pourrait surtout être saoulant comme une Foire aux vins chez feu Félix Potin. Et pourtant c’est passionnant, grisant, tordant, sensuel. Presque électrique ! « Ces vins me rappellent mon grand-père.Un homme qui pouvait passer d’une fenêtre à une autre, juste pour taquiner les Bordeaux des voisins », assume l’artiste et performer Nicolas Ullmann (La Popote des potes, tous les 3ème Mercredi du mois au Bus Palladium), devant son Parfait au Halva (crème de sésame). « All the beautiful girls / They wanna stay late / And finish the wine », chantonne Keren Ann, un verre d’Arpège (Château Brethous) au coin des lèvres. Monté sur des caisses de Médoc, un groupe de supporters d’apéro reprend ses paroles a capella comme dans un opéra viticole. « C’est autre chose que les Bordeaux à la Papa », s’amuse le boucher des peoples Yves-Marie Le Bourdonnec (43 rue du Cherche-Midi, Paris 6ème). « L’Expression du Petit Verdot (60% Petit Verdot, 40% Merlot et Cabernet Sauvignon) du Château Tour de Gilet, c’est vraiment fantastique sur une viande maturée ! Je m’attendais à des vins charpentés et carrés, j’ai découvert des quilles solides et fleuries… » Et après ?

Sidney Carron

THE SMITHS
Prochain épisode des Dîners des attablés : très bientôt avec Fred Testot et sa bande. Quelque part à Paris. « On essaie de faire du surmesure », confesse Yannig Sammot, une chaussure en moins. Jusqu’à la clandestinité branchée ? Pas sûr ! Après des années de « Bordeaux bashing », on voit bien qu’ici et là, les choses sont – peut-être – en train de changer… « Dans les terroirs du Médoc, beaucoup de petits vignerons sont de grands artistes », confirme l’oenologue Jean-Luc Schilling (Eloge immodérée du vin de Bordeaux, éd. Philippe Rey). Un signe, parmi d’autres. Dans l’excellent De la vigne aux platines : Histoires d’accords rock et vins de Fabien Kordenbau et Christophe Mariat (éd. Epure), un seul vin est associé aux Smiths : le Blaye-Côtes de Bordeaux en Blanc (100% Sauvignon) du Château Haut Bertinerie. Comme chante Morrissey : « Bought on stolen wine / A nod was the first step / You knew very well / What was coming next… »

* du nom du romancier Antoine Blondin (Un singe en hiver)
** Grand Seigneur, le magazine du plaisir à table. Sortie en kiosques le 10 Décembre prochain.




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