Changer la diction d’un politique, apprendre à un chef d’entreprise à galvaniser ses troupes, ou même préparer un étudiant pour son oral : pour comprendre ce que sont vraiment les média-training, j’ai pris le taureau par les cornes : j’en ai fait un.
« Tu as vu ? Emmanuel Macron a encore changé d’accent en anglais… Sûrement un coup de son média trainer. » Surprise, je regarde mon oncle. C’est bien la première fois que j’entends ce mot dans la bouche de ce photographe anarcho-communiste. Quand je lui demande d’où il le connaît, il me répond. « Je l’ai entendu dans une vidéo de Fabrice Arfi. » Changer l’accent des politiques, créer des éléments de langages… Pour savoir ce dont sont vraiment capables ces média-trainers, je décide d’appeler le plus tristement connu d’entre eux : l’ancien entraîneur de Bardella.
PARALYSÉ PAR LE TRAC
Rendez-vous est donc pris à porte d’Auteuil. Arrivée devant l’adresse indiquée, je découvre avec surprise qu’il s’agit d’une boulangerie. Pascal Humeau m’attends là, et me demande d’aller m’acheter une baguette : « après ça, je te dirai si tu peux être une bonne oratrice ». J’entre, fais la queue, et commande ma tradition. À peine sortie, il me donne ma première leçon. « Tu n’as pas été assez enthousiaste dans ton bonjour. D’ailleurs, la plupart des gens ne le maîtrisent pas. Vous êtes tellement focus sur ce que vous allez dire après, que vous le négligez. » Devant mon air sceptique, il avance une étude du Calcul Marginaliste démontrant que les gens ne se rappellent que de la première et de la dernière unité produite d’une interaction. En d’autres termes, le « bonjour » et le « au revoir ». « De plus, ce bonjour va conditionner l’attention que les gens voudront bien te porter et l’indulgence qu’ils voudront bien t’accorder. Ça peut te faire passer pour un peu plus sympa que tu ne l’es, un peu moins stressée que tu ne peux l’être.»
Intriguée, je lui demande si les média-training commencent toujours ainsi. Il m’explique que c’est assez hasardeux. Chaque média-trainer a sa propre méthode. Certains s’orientent vers la méditation et la psycholgie anti-trac. D’autres travaillent sur la technique oratoire. Ces stages sont encadrés par tous types de personnes : des comédiens, des publicist, ou bien d’anciens journalistes comme Pascal Humeau (iTélé, LCI et BFMTV). Pour lui, « le trac ne se travaille pas de manière locale. Si je sais ce que j’ai à dire et comment le dire, parce que je me suis préparé, il n’y a aucune raison que je sois paralysé par le trac. Si tu n’es pas du genre confiant, la seule solution c’est la préparation. » En l’occurrence, sa formule classique est constituée de deux séances de 3 heures. Une première un après-midi, puis une autre le lendemain matin. Elles débutent toujours par une entrevue filmée, dont les séquences sont ensuite critiquées autour de ses 12 règles phares.
À noter ! Si vous êtes passés par une école de journalisme, vous en connaissez déjà la moitié. La première étant : « Parler simple, clair et concret ». C’est-à-dire, appuyer chaque propos d’un fait sourcé -par une étude, un article, un témoignage- puis l’illustrer avec une tranche de vie -le récit d’un événement personnel, ou d’une personne rencontrée. (Ndlr, relisez le deuxième paragraphe, et notez ce qui a été fait avec le bonjour, la boulangerie et l’étude du calcul marginaliste). « Certaines personnes ont une assurance naturelle, et ont déjà une bonne élocution, un bon rythme. Ils font de la bonne musique, mais n’appliquent pas ces règles. Et donc leur message ne passe pas. » À l’opposé, certains les appliquent, mais leur attitude pèche.
« Toi par exemple, tu as des gestes d’auto-contact. Ce sont des gestes de réassurance, c’est à dire que tu te replies sur la personne qui te rassure, en l’occurrence toi même. » Ma main se fige, un doigt enroulé d’une mèche de cheveux que je tortille depuis 30 minutes. « Ce genre de gestes disparaît quand on a répété. » L’étape suivante, c’est la mise en place de respirations et de silences. « Si vous savez le jouer, faites semblant de chercher vos mots avant d’annoncer quelque chose d’important, ça rend sympathique. Laurent Wauquiez est le parfait contre-exemple : il parle comme un robot. » Et quand je lui demande l’impact de son métier sur l’image d’un politique ou d’un dirigeant, Pascal Humeau me répond : « Grand. Les gens n’ont pas fait de communication mais ils ressentent ces choses-là » : La preuve avec mon tonton. (PS : ça, c’est une tranche de vie).
Par Adèle thiery




