IT’S MIAMI, BEACH.

Motor Racing - Formula One World Championship - Miami Grand Prix - Qualifying Day - Miami, USA

« Je vois la vie comme une grande course de relais où chacun doit porter plus loin le défi d’être un homme », feu Romain Gary. Quelle meilleure allégorie de l’humanité que celle de la course éternelle vers les sommets ? N’appelle-t-on pas nos champion.e.s des « stars » ? Il semble que la Formule 1 incarne parfaitement la quintessence de cette poursuite de l’excellence, l’alliance réussie du génie, de la performance et de la tactique, pour l’amour du spectacle et la frénésie du bitume. Carnet de voyage du premier Grand Prix de Miami, en compagnie de la jeune et jolie Alpine, ou la promesse d’une aventure inoubliable.

MERCREDI :

Départ pour le décor du GTA de mon enfance, entre impatience et curiosité, un coup de cognac dans mon café et dix heures de vol pour rattraper une vie d’ignorance en matière de bolides. À défaut de nous envoyer en l’air nous résumerons la Formule 1 pour les nuls. 10 écuries, 20 pilotes, 4 constructeurs, 23 Grand Prix et autant de circuits partout dans le monde, un seul objectif ; conquérir le podium. Avec un budget plafonné à 145 millions d’euros par an (hors rémunération des pilotes), chaque écurie redouble d’efforts et d’ingéniosité pour lancer dans l’arène sa femme fatale, encore plus fatale que les autres. Chacun des acteurs de ce gigantesque organisme vivant et nomade est tenu à l’excellence, voire même parfois au miracle. En Formule 1, la médiocrité s’essuie les pieds avant d’entrer. Il s’agit du premier Grand Prix à Miami et le public américain est au rendez-vous ; 500 000 places sont vendues en quelques heures. Bien sûr, nous n’en attendions pas moins de nos cousins d’Outre-Atlantique, si férus de courses automobiles. Il semblerait qu’ils nous aient préparé un évènement XXL, à l’instar de leur goût du grandiose. Nous arrivons à l’hôtel à la nuit tombée, juste de quoi nous laisser rêveur.

JEUDI : 

Nous avons la matinée de libre pour reprendre des forces, alors après m’être délicieusement doré la pilule dans la piscine du rooftop, je décide d’aller faire un tour jusqu’au Art Déco District. La chaleur et l’humidité sont étouffantes mais ne semblent déranger personne. Tout le long de Miami Beach un parfum de cannabis flotte dans l’air et vient signer l’âme de surfeur de la ville. De retour à l’hôtel je retrouve mes affables congénères et nous nous envolons pour le circuit. Construit en soixante jours sur le parking du Dolphin Stadium, le circuit est un défi relevé à l’américaine, en énorme. Une marina abritant de jeunes sirènes a même été construite ex nihilo. On nous donne nos pass média, carte magiques qui ouvrent toutes les portes et rendez-vous au paddock sous la bannière Alpine pour rencontrer les pilotes. Fernando Alonso est une légende de la Formule 1, un des meilleurs pilotes du monde et moi, je n’ai pas mon permis. Mais c’est moi qui pose les questions, comme quoi, le destin a de l’humour. Je dirais que son trait le plus frappant c’est son regard, un regard calme et puissant, il cligne à peine des yeux et paraît vous voir en entier quand il vous regarde, les yeux d’un grand lion. Il est serein, ravi de sa voiture, de son écurie et de son partenaire. Les objectifs sont clairs et sa volonté inébranlable. Quand je lui demande quel conseil il donnerait à un jeune qui rêverait de devenir pilote de Formule 1, il me répond en souriant « Je lui conseillerais de faire du tennis. Une raquette, une balle et un short n’endettent personne ». Comme le dirait un fin connaisseur de la F1 : « il y a plus de rois et de reines dans le monde que de pilotes de Formule 1 ». Le temps de prendre une photo pour prouver à mes futurs enfants que Papa n’est pas un menteur et c’est Esteban Ocon qui fait son entrée. Son sourire d’une oreille à l’autre annonce une personnalité joyeuse et équilibrée, ce qui n’enlève rien à l’esprit de compétition féroce émanant de chacune de ses réponses. On sent immédiatement comme les deux pilotes se complètent harmonieusement sans se marcher sur les pieds. Ils ont même décidé de partager leurs réglages et donc de courir dans des voitures quasi exactement similaires. Un duo de maestros du volant pour la renaissance d’une écurie iconique. Ça s’annonce bien cette affaire, uneremontadaà la française, avec un « ée » comme dans fusée. 

VENDREDI : 

Nous arrivons dès le matin sur le paddock, la tension est électrique, tout le monde s’active, chacun parfaitement à sa place. Nous sommes invités à regarder les essais libres du garage Alpine, une expérience unique et exaltante. Ce sont les premières appréhensions de ce nouveau circuit et chacun doit jouer son rôle. Les 200 capteurs embarqués sur la voiture récupèrent une quantité astronomique de données qui sont traitées en direct puis toute la nuit pour préparer les qualifications du lendemain. Pas un mot n’est échangé entre la vingtaine de mécaniciens spécialisés. Ils sont les meilleurs des meilleurs et tout se passe comme un ballet classique, aussi gracieux que minutieux. Nous nous dirigeons ensuite vers le Paddock Club, salon climatisé ultra luxueux d’où nous pouvons saluer la plèbe d’un discret mouvement de coupe de champagne. Fernando Alonso prend ses marques et gagne à chaque tour un peu plus d’aisance et de précieuses secondes. Les virages sont serrés et nombreux, deux lignes droites pour activer son DRS (Drag Reduction System) qui modifie la forme de l’aileron arrière et permet de gagner significativement de l’allure, et donc de doubler ses adversaires. Esteban Ocon durant les essais 3, 2 heures avant les qualifications le samedi matin, entre les virages 13 et 14 part à la faute et se retrouve victime d’un choc à 51 G contre un mur en béton, histoire de commencer le week-end en douceur… Il en sort heureusement indemne mais la voiture est sérieusement amochée. Il ne pourra pas participer aux qualifications et devra donc partir 20ème à la course de dimanche. Le coup est dur, mais rien n’est joué. On sert les fesses et on repart. De retour au paddock, nous rencontrons Laurent Rossi, Directeur Général d’Alpine depuis 2021, qui nous détaille son plan d’attaque. 100 Grand Prix, soit 4 ans, pour se battre pour la victoire, un nouveau moteur, de grand pilotes (dont un français), et le couronnement d’Alpine comme la voiture de sport française incontournable. Un choix risqué mais payant, les ventes d’Alpine ont déjà doublé en 1 an et son changement de couleur au sein de la F1 est adopté par tous. Al Pacino c’est tellement 2000, tu connais Alpine ?  Nous terminons la journée par un burger de circonstance au restaurant du Standard devant le tableau pittoresque d’un coucher de soleil sur la mer, un dîner délicieux et animé. Un très bon souvenir. 
 

SAMEDI :

Arrivée en grande pompe sur le circuit, car c’est un énorme 4×4 floqué Alpine qui nous accompagne, dans les bouchons, les américains nous prennent en photo, curieux de ceux qui se cachent derrière les vitres teintées. Loin d’eux l’idée qu’il s’agit en réalité d’un jeune précaire et branché en villégiature au soleil. Les qualifications sont un moment essentiel du Grand Prix puisqu’elles déterminent le placement sur la ligne de départ. Elles se passent en trois temps, à la fin de la Q1, les 5 derniers pilotes quittent les qualifications, à la fin de la Q2 même histoire, pour qu’il ne reste à la fin que 10 pilotes, les dix premiers à partir. Ferrari et Red Bull sont les grands favoris, mais c’est au cœur du classement que se passent les batailles les plus acharnées. Alonso décroche une 11èmeplace mais ne rejoint pas la Q3 car il est gêné par le trafic dans son tour de lancer. L’ambiance est tendue, le moral de toute l’écurie semble directement parallèle aux résultats de leurs pilotes. Il leur faudra beaucoup de talent pour tirer leur épingle du jeu de ce Grand Prix, fort heureusement la France ne manque ni de talent ni de panache. Tout se jouera pendant la course. Après un délicieux dîner argentin, mes acolytes et moi-même, qui fêtions un anniversaire, nous infiltrons dans une pool-party de crypto, difficile de faire mieux pour prendre la température de la ville. Alors ce n’est pas chic, mais il faut admettre que ça détend les strings. Tout le monde est très approchable, ravi de rencontrer de nouvelles personnes et de poser pour une photo Insta, d’ailleurs là-bas fini les numéros de téléphone, ton répertoire c’est tes followers. La soirée se termine en beauté dans la boîte gay la plus beauf, donc la plus branchée de Miami. C’est pas tous les jours qu’on a (on ne veut vexer personne) ans. 



DIMANCHE : 

C’est le grand jour. J’ai mis un pantalon blanc et des mocassins Gucci, il ne faudrait pas passer inaperçu, il paraît qu’il y aura Michelle Obama. C’est l’euphorie partout, la musique à fond, autant de stars que de photographes, on nous donne un maillot de l’écurie, et nous voilà maintenant camouflés à la perfection, libres de tous nos mouvements, de véritables « ninjournalistes ». Nous avons la chance de pouvoir regarder le début de la course depuis le garage encore une fois. Je peux vous dire que ça calme. Je défie quiconque de déboulonner même juste une vis en moins de deux secondes. Je me tatoue vroum-vroum sur les sourcils si vous présentez celui/celle qui me prouve le contraire. Parce qu’il part en dernier Esteban Ocon fait le choix de pneus durs, qui résistent plus longtemps mais le ralentissent un peu, l’idée c’est de dépasser méticuleusement tous les autres à chaque pit-stop. Fernando Alonso quant à lui défend farouchement sa place, dans le but de rapporter le plus de points possibles. Le pari d’Ocon était le bon, il fait une remontée fulgurante et passe de P20 à P8, un exploit rare, qui n’a pas manqué de faire briller son écurie et son talent de pilote. Alonso s’est montré tenace et a fait une très bonne course, mais à souffert de deux pénalités qui le font sortir du top 10 au profit d’Alex Albon (Williams) et Lance Stroll (Aston Martin), il termine P11. Un très bon résultat pour Alpine qui confirme sa place dans l’arène. Verstappen gagne la course avec Red Bull, suivi de près par Leclerc et Sainz, tous les deux chez Ferrari.

Un week-end de Grand Prix, ça n’a pas de prix !


Par Melchior Riant