Diplômé de Marangoni, Francisco Terra a fait ses armes en tant que premier styliste chez Givenchy, puis chez Carven. Après la création de sa première marque en 2015, Neith Nyer, il quitte le système classique des défilés. En 2022, il signe son retour avec Maldito, et en août 2025, secoue les podiums de la PFW avec sa collection résolument queer, « Quasí Couture ».
Légende Photo : MALDITO BOSS_ À la tête de son label, Maldito, Francisco Terra célèbre une mode plus inclusive et en redessine sans cesse les codes depuis trois ans.
Comment est née votre marque Maldito ?
Francisco Terra : Initialement, Maldito est un manga que j’ai coécrit et dessiné avec mon partenaire plasticien, Nicolas Courgeon, pendant le Covid. Pour le lancement, on a été invité à Lafayette Anticipations, alors je me suis dit que c’était une bonne occasion pour également réaliser une collection capsule de vêtements portés par les personnages. Finalement, ça a rencontré un très bon succès. Et je me suis retrouvé par hasard à relancer une marque. Dès le départ, j’ai cherché une façon de faire la mode différemment, alors j’ai passé deux ans à comprendre le bon business, qui respecte à la fois ma créativité et un besoin financier. En 2022, la marque était officiellement prête. Elle se veut queer, camp et gothique.
Quels sont les points d’entrée qui vous permettent d’explorer l’identité queer à travers les vêtements ?
La création de vêtements me permet de brouiller les codes, même à travers des détails qui peuvent sembler insignifiants, comme porter une jupe. Mais cela peut aussi passer par découper un patron de robe qui prend en compte les seins hormonaux pour les personnes en transition de genre. Maldito se veut riche en volumes, en formes et en matières, car j’ai envie de répondre à toutes les approches de la queerness. J’essaie au maximum de me détacher de ce qu’on appelle, dans la mode, le féminin et le masculin, tant dans la structure des pièces que dans la construction d’une collection.
Quelles étaient les inspirations de votre défilé automne-hiver 2025 « Quasí Couture » qui a marqué votre retour à la Fashion Week de Paris ?
Je suis entré dans la mode en 2010 chez Givenchy. 2025 représentait donc mes quinze ans dans l’industrie. Au Brésil, on a la fête de la Quinceañera, elle célèbre le passage de l’enfance à l’âge adulte pour les filles. En tant que personne queer, j’ai grandi en rêvant d’en avoir une. J’ai profité de ce nombre, 15, pour jouer avec plusieurs éléments de ma vie. Le défilé retrace mon départ du Brésil jusqu’à mon arrivée en France. C’est l’histoire d’un enfant qui n’a jamais eu de bal. La collection raconte le moment de la préparation, avec plusieurs références florales pour évoquer la chambre et les draps. Ensuite, on a des éléments parisiens avec la représentation du rat, puis des looks extravagants pour signifier la fête, et le dernier look est blanc, c’est une tenue de débutante.
Comment cela se traduit-il dans l’utilisation des couleurs ?
J’ai deux obsessions : le noir et le rose. Pour « Quasì Couture », toute la colorimétrie vient d’une telenovela brésilienne, Vamp, sur les vampires, qui se déroulait à l’époque où j’avais 15 ans.
Et pour les matières ?
J’ai eu envie d’inverser les codes et d’introduire des matières streetwear dans la haute couture. J’adore le denim, je le traite comme un tissu noble, il est très recherché dans mes collections. Et à l’inverse, avec le cuir, je crée des pièces du quotidien. Les robes très extravagantes, monumentales et déstructurées du défilé sont faites en jersey et en tee-shirt. La façon dont on élève les matières fait qu’on ne sait même plus que c’est du streetwear.
Comment travaillez-vous le casting ?
Je place mes créations sur les gens qui m’entourent. Je pense que c’est la meilleure façon de montrer une collection. Je travaille avec Allan Meira, l’ancien directeur de casting de chez Calvin Klein. On construit ensemble un casting respectueux du spectre queer. On a aussi des personnalités de la communauté qui ont défilé, tel que Jill Leflour, un boxeur londonien.
Comment construisez-vous la direction artistique de vos campagnes ?
À travers beaucoup de références de la culture pop brésilienne et des souvenirs de mon enfance. La plupart de mes références viennent de telenovela, de groupes de musique comme les Spice Girls, mais aussi de Leonardo DiCaprio parce que pendant mon adolescence le Brésil a été envahi par l’américanisation. On avait Coca-Cola de partout, le gouvernement avait équilibré la monnaie avec le dollar, et rapidement on a eu un pouvoir d’achat et un accès aux États-Unis inédit. Tout le monde allait à New York et à Disney, et à l’inverse, il y a eu une arrivée massive de produits américains dans le pays. C’est de là que découlent tous mes repères des années 1990.
Quelle est la suite pour Maldito ?
Je travaille sur la collection de juillet. Je veux créer quelque chose autour de l’esthétique du tapis rouge et sur le fait que les personnes queers ont beau être dans les backstages et sur la construction de ces événements, elles ne sont que rarement sur le devant de la scène. L’idée étant d’axer la collection sur des personnalités qui arriveraient justement pour un gala. Il serait pop, et comme ces soirées ont toujours un thème, le mien s’appelle, pour le moment, le Fantastic Fashion Fetish. J’ai justement envie de revisiter ces pièces de mode qui ont vrillé vers le fétiche et qui se sont détachées du vêtement du quotidien pour devenir un désir, qu’il soit érotique ou non. Je compte également lancer notre site et une collection capsule d’essentiels.
Par Anaïs Dubois
Photo Axel Vanhessche




