DRISS FARAS, LUNETIER CRÉATIF : « UNE BELLE PIÈCE TRAVERSE LE TEMPS »

DRISS FARAS

Fondateur des boutiques parisiennes Atelier des Lunettes et de la marque Romarin Paris, Driss Faras réhumanise le secteur de l’optique. Entretien mise au point. 

Les accessoires représentent plus de 50 % du chiffre d’affaires des marques de luxe. Et les lunettes dans tout ça ?
Driss Faras : Une paire en dit beaucoup sur une personne ! Par exemple, si elle porte des lunettes percées, donc très discrète, c’est qu’elle n’a pas envie de se faire remarquer. Alors que quelqu’un qui porte une grosse monture noire, ce qu’on remarque beaucoup dans la mode, c’est une personne créative, extravagante. 

Romarin Paris est une marque française. Vos produits sont-ils made in France ?
Exactement. On était parmi les premiers à faire du made in France. Chez Romarin et Atelier de lunettes, ça a toujours été l’idée principale de notre développement. En France, on a une vraie industrie de la lunette, notamment dans le Jura. Tous mes produits sont dessinés et réalisés là-bas. Après la crise sanitaire, il y a eu un véritable retour aux sources. Les clients consomment de plus en plus local : ils préfèrent l’artisanat et aller chez l’opticien du quartier, plutôt que d’aller voir les grosses chaînes.

À 35 ans, vous créez la marque Romarin Paris. Quel est votre parcours ?
Je suis opticien-visagiste de formation, j’ai intégré la deuxième meilleure école de France. J’ai toujours eu un penchant pour la mode, l’architecture et le design. Aujourd’hui, j’ai cinq boutiques-ateliers à Paris. Le côté minimaliste et brut de ces écrins parisiens s’inspirent de mes voyages, notamment dans les pays scandinaves. 

Quel est votre processus de création ?
On prend des inspirations de l’époque et on les retravaille avec un style parisien et rétro-chic. Étant un grand amateur de jazz, tous les produits portent le nom d’un jazzman : on a le modèle Miles, pour Miles Davis, ou encore Aretha, pour Aretha Franklin. Et puis, il y a un côté californien et méditerranéen.



Vos modèles reprennent ceux des années 1970 et 1980. Comment expliquez-vous ce retour au vintage ?
La mode est un renouvellement perpétuel. Une belle pièce traverse le temps sans aucune ride. Le vrai challenge est de proposer des produits intemporels en les améliorant avec les matières, les processus et les couleurs.

Comment bien conseiller un client ?
Ma devise est de créer un lien affectif entre le client et sa lunette. Il doit se sentir à l’aise et mis en valeur en portant la monture. J’ai une formation de visagiste, donc j’arrive à comprendre les attentes du client et à lui proposer la paire qui va parfaitement s’adapter à lui, à son teint et à la forme de son visage. Il faut s’intéresser à la personne qu’on a en face de soi, regarder comment elle est habillée, comment elle s’exprime. Et puis, il faut regarder la morphologie du visage. Sur un visage rond, on mettra plutôt une monture carré, avec des angles cassés, alors que pour un visage allongé, on proposera au contraire une monture ronde.

Cette année Facebook va lancer ses Ray-Ban connectées. Comment imaginez-vous la solaire du futur ?
Elle sera intelligente et connectée. On aura une paire de lunettes avec une touche numérique, qui va apporter une valeur ajoutée. Par exemple, Bose avait fait une création avec des écouteurs audio intégrés à la monture. On aura peut-être des écrans sur les lunettes, c’est en pleine mutation, ce ne sera plus le même accessoire.


Texte & Photo 
Gabrielle Langevin