EDEN DUCOURANT : « DOUBLE JEU »

EDEN DUCOURANT

Après des débuts sur Canal+ dans la série Braquo (Olivier Marchal), Eden Ducourant a passé trois ans à Londres, à Central Saint Martins. Depuis, elle n’a de cesse de prouver qu’on peut lier le grand public au cinéma d’auteur.

Tu as réalisé ton premier court métrage, La Clé du Problème, avec ton frère Gabin en 2018. Ont suivi trois autres, créés seule ou à deux. Quel genre de réalisatrice cherches-tu à être ?
Une directrice d’acteurs avant tout. C’est ce qui a fait de Claude Sautet un grand metteur en scène. Et je ne cherche pas à être une réalisatrice d’un genre. Les étiquettes m’ennuient. Je préfère la liberté. En tant qu’actrice, j’ai la chance de voyager parmi différentes familles du cinéma, et in fine je n’appartiens à aucune d’entre elles.

D’ailleurs, pour cette nouvelle année, tu crées ta propre structure. Avec quelles ambitions ?
Oui ! IN/VISIBILITY. C’est une structure artistique indépendante pensée comme un label. La production cinéma fait partie de l’ambition à long terme. L’idée est d’accompagner des talents et de développer des films, des objets et des formes hybrides autour d’une même ligne éditoriale. Le fil rouge c’est donner vie à des récits qui explorent les zones grises : ce qu’on cache, ce qu’on choisit de ne pas regarder, et ce qu’on rend invisible.Mon ambition s’est construite en constellation ! On me demande souvent : si tu devais choisir entre actrice ou réalisatrice ? Je trouve que chaque médium nourrit l’autre, c’est un écosystème. Je ne multiplie pas les casquettes, ce sont des prolongements. J’ai besoin d’initier des projets et de circuler entre les formes pour rester vivante.

À la suite de ton court-métrage Temps Attendu, tu es intervenue dans un lycée, à travers des ateliers contre la discrimination. C’est ta manière de faire en sorte que tes films aient un effet concret sur le réel ?
J’ai envie de créer des œuvres qui prolongent le dialogue, qui débordent du cadre. J’aime naviguer devant et derrière la caméra, mais ce qui donne vraiment du sens à tout ça, c’est la rencontre. La vraie vie. Intervenir dans ce lycée, partager, transmettre, construire avec eux, ça a été un vrai cadeau. Je crois profondément que l’art peut déplacer quelque chose en nous : éveiller, questionner, bousculer, parfois avec des rires, parfois avec des larmes. Ce que j’aime dans le cinéma, c’est qu’il nous met en mouvement.

Et qu’as tu retenu de tes cours d’art dramatique ?
La discipline, la respiration et la technique. Et j’ai appris qu’un acteur c’est un athlète de l’émotion. Le jeu c’est un muscle, et comme un danseur travaille son corps, comme un chanteur travaille sa voix, un acteur doit travailler. Un photographe éduque son œil, un acteur éduque son imaginaire !

Tu nous parles de photo, quel est ton lien avec ce domaine ?
Mon père est photographe (et plus!). Il a travaillé avec des magazines de musique et photographié des légendes du rock’n’roll. Il m’a donné un Nikkormat, un argentique que j’aime beaucoup.

En parallèle de ces projets plus arty, tu es une des stars du très populaire Chasse Gardée (la comédie de Antonin Fourlon et Frédéric Forestier, avec Didier Bourdon, ndlr)
Cette dualité me ressemble. J’aime bien ce grand écart entre des comédies populaires et des films d’auteurs. Je m’accroche à l’exemple de Virginie Efira, qui a montré qu’on pouvait venir de la télé, puis faire du cinéma indépendant. C’est le tournage le plus joyeux de mon parcours, et j’avais le sentiment de faire partie d’une troupe. C’est extrêmement formateur de jouer dans une comédie. C’est d’autres codes de jeu : les ruptures, le rythme et paradoxalement le sérieux !

Tes futurs projets ?
Les Déshérités, l’ère des enfants sans père au Théâtre 14 (2, 9, 16 et 23 mai). C’est une adaptation libre et contemporaine de Platonov d’Anton Tchekhov, version queer et playlist pop. Un spectacle de 9 heures en sept épisodes . Bientôt un livre ! Co-écrit avec l’écrivain Mathieu Simonet, il mêle des textes intimes et des photographies. Ce livre est né d’un projet artistique autour des fleurs. Il parle des morts et des vivants, d’amour et d’amitié. Il sera édité par Rue du Bouquet (ça ne s’invente pas !) et publié à l’automne 2026. Et un premier long-métrage en écriture ! C’est un drame familial et sociétal qui tend vers le thriller. Là, on en est à la version dialoguée. Je partage l’aventure avec deux co-scénaristes, Anne Rambach et Marine Rambach. Et on a la chance d’être très bien accompagnées par nos producteurs. On en reparle dans Technikart en 2027 ?


Par Adèle Thiéry
Photo Marina Germain