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Pourquoi les prochains talent-scouts seront des robots

Céline Delaugère

La jeune modèle Céline Delaugère (elle a fait la couve de L’Officiel, défilé pour Hermès, Victoria Beckham et autres…) vient de lancer Eva-Engines, une plateforme dédiée à la recherche de mannequins grâce à la reconnaissance faciale. Et si le futur de la mode se basait sur des algorithmes ?

Tu es à la fois mannequin et ingénieure en intelligence artificielle. Comment as-tu fait le lien entre les deux ?
Céline Delaugère : L’idée de la boîte m’est venue quand j’étais mannequin. En même temps, je faisais des maths à Dauphine et découvrais l’intelligence artificielle et la reconnaissance faciale. J’ai commencé assez naturellement à avoir des idées de logiciels appliqués à la mode pour aider les marques. Ces idées sont longtemps restées à l’état embryonnaire puis j’ai fait de la recherche aux Mines de Paris en intelligence artificielle appliquée aux images, notamment en génération d’images de visages virtuels. Et je me suis lancée l’année dernière avec David Zerah, rencontré sur les bancs de la fac.

La vocation d’Eva-Engines est d’aider les marques de mode ?
Quand j’étais mannequin, je me suis rendue compte qu’il y avait énormément de problèmes de gestion de temps et d’argent dans les processus de shooting des vêtements et de casting des mannequins. J’ai voulu développer des outils en lien avec l’intelligence artificielle pour aider les marques.

C’est quoi ces outils ?
Nous avons un premier produit commercialisé : un système de recherche de mannequins réelles. Le produit permet de trouver des mannequins en quelques clics grâce à la reconnaissance faciale, mais aussi de rentrer des critères nous permettant au mieux de répondre aux demandes de casting des clients. On développe aussi un autre produit qui permet de générer des images à partir de dessins et des images de shooting techniques sans shooting réel avec un photographe, etc.

Le futur du mannequinat se fait sans mannequins ?
Oui et non ! Certains rendus photos ne nécessitent pas de dimension artistique, les photos peuvent donc être générées grâce à l’intelligence artificielle. J’ai vraiment observé deux types de demandes. Parfois, les marques sont en attente de vraies personnalités et ne vont pas sélectionner une mannequin uniquement pour porter un vêtement. Dans ce cas, ce n’est pas juste une image technique et on ne remplace pas la mannequin. Mais, j’ai aussi observé des marques qui recherchent des mannequins pour faire des shooting très rapides et techniques de leurs vêtements et non des personnalités. Elles vont chercher l’efficacité, c’est-à-dire une image sur laquelle poser le vêtement. Le mannequin réel peut ici disparaître.

Céline Delaugère

L’intelligence artificielle repose sur des algorithmes, des calculs mathématiques… Comment peut-on avoir des profils diversifiés dans ce contexte ?
Chaque requête sur Eva-Engines va faire remonter toutes les mannequins correspondant à tel(s) ou tel(s) critère(s), et non seulement trois profils standardisés. Ce système permet d’avoir un grand nombre de profils très variés. Il permet également de pousser des profils pas suffisamment mis en valeur. C’est aussi en voyant le manque de diversité sur les podiums en tant que mannequin que j’ai souhaité développer ce produit. Le choix définitif d’une mannequin appartient bien sûr aux clients mais l’idée est qu’ils ne se limitent pas aux choix habituels. On aura tout fait en amont !

« Des marques recherchent simplement une image sur laquelle poser le vêtement. Le mannequin réel peut ici disparaître. »


Que trouve-t-on comme données de profils ?
Juste une photo et le lien vers l’agence de mannequins ou le profil Instagram. Ensuite, nous faisons des prédictions.

Des prédictions ?
Notre algorithme va prédire une tranche d’âge à partir de l’image. Concernant la taille, c’est uniquement si nous avons l’accord de l’agence. Nous faisons d’autres prédictions comme la couleur des cheveux par exemple. Après, nous nous adaptons aux besoins de nos clients et pouvons développer des algorithmes spécifiques en fonction de leurs besoins. Nous travaillons aussi sur des mots clefs, de type « aged ». Je dis ça parce que nous avons justement beaucoup de demandes de mannequins seniors !

C’est finalement la technologie et l’intelligence artificielle le futur de la mode ?
Je pense qu’ils sont incontournables ! L’intelligence artificielle est un outil permettant d’aller plus vite, d’accélérer les tâches analytiques et techniques pour se concentrer sur des tâches plus créatives. Elle peut aussi aider à surmonter la crise actuelle, notamment en ce qui concerne la prédiction de tendances et la réduction des stocks.

Et les futures mannequins, des ultra-connectées ?
Le mannequinat a vraiment été transformé depuis Instagram. L’app a renversé l’industrie ! Des mannequins ont percé grâce aux réseaux sociaux et ont des millions de followers. C’est assez incroyable ! Je pense particulièrement à Cara Delevigne qui a un peu été la première. Certaines mannequins n’ont même pas besoin d’agence aujourd’hui. Avec Eva-Engines, on ne va pas pousser un profil plus qu’un autre. Par contre, on va permettre à nos clients de chercher le nombre de followers des mannequins s’ils veulent quelqu’un de très influent, ou au contraire de peu connu. Une anecdote marrante : j’ai une copine mannequin qui s’est aperçue qu’elle gagnait plus d’argent en faisant de l’influence sur les réseaux, en filmant et en postant des backstage de défilés qu’en faisant du mannequinat traditionnel !

Es-tu toi-même sur Eva-Engines ?
Oui, quelqu’un de l’équipe m’a trouvé il y a quelques jours !


Par Anaïs Delatour
Photos : Edward Rivera