LE MÉTAVERS NOUS REND-T-IL SCHIZO ?

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Si Instagram nous pousse à devenir une version « améliorée » de nous-mêmes, le nouveau monde du métavers qui nous tombe dessus risque de rebattre encore les cartes du jeu. Au point de nous rendre tous fous ? 

Tous les Nostradamus de la tech nous préviennent, le métavers prophétisé en 1992 par Neal Stephenson dans son roman Le Samouraï virtuel est à nos portes, et il va non seulement ringardiser Internet, mais aussi modifier nos relations aux autres et à nous-mêmes. Le métavers ? Des mondes virtuels où l’on se retrouve pour discuter, pour jouer, pour travailler, pour faire une expo, etc. Bref, pour vivre. Comme dans le film Ready Player One, sauf qu’en lieu et place de cette « Oasis virtuelle » dépeinte dans le film, nous avons Fortnite, Animal Crossing, ou le jeu Roblox, dans lequel des millions de jeunes du village mondial se retrouvent le soir après les cours. Si la plupart accèdent aujourd’hui à ce métavers via un simple écran, ce sera demain avec un casque de réalité virtuelle vissé sur la tête, en immersion totale. Évolution ultime du réseau social, ce monde virtuel étendu est le rêve absolu des géants du numérique : vivre dans un monde fait de lignes de code – et de données – mais qui ressemble au paradis. Le flippant Mark Zuckerberg a d’ailleurs annoncé que Facebook deviendrait une entreprise du métavers d’ici cinq ans… On a drôlement hâte.

« IL POURRAIT Y AVOIR UN CONFLIT ENTRE LE SOI PHYSIQUE ET LE SOI NUMÉRIQUE. » – PIERRE DE BÉRAIL

 

FANTAISIES SANS LIMITE 

Mais avec ce nouveau monde virtuel, certains travers déjà créés par les réseaux sociaux pourraient bien s’accentuer. Comme par exemple ce phénomène assez révélateur des relations dites parasociales, une relation asymétrique entre un public et des personnages médiatisés, fictifs ou réels. En gros, vous avez l’impression que votre youtubeur préféré est votre ami, alors qu’en fait, non. La relation parasociale, c’est le but à atteindre pour tout créateur de contenu. Fédérer une communauté de gens qui pensent être vos amis et qui vous écouterons religieusement. Dans cet univers semi-factice, tout est plus simple, jamais d’embrouilles, pas besoin d’aller parler à qui que ce soit pour se faire des potes, il suffit de se brancher et d’écouter. La vie en plus simple. Pour le psychologue Pierre de Bérail, auteur d’une thèse sur le phénomène, « on a aussi de plus en plus de personnes qui sont médiatisées, via Instagram, etc., et qui sont exposées à l’autre bout de la relation parasociale ». Ces créateurs de contenus peuplant aujourd’hui les réseaux sociaux seront demain installés dans ce métavers en construction, et leurs fantaisies n’auront alors plus de limites. Mais qu’en sera-t-il de leur stabilité mentale déjà bien entachée ? « Il pourrait y avoir un conflit entre le soi physique et le soi numérique. Car la réalité comporte de nombreuses difficultés, et on a aujourd’hui un autre univers numérique où on trouve facilement de la reconnaissance sociale, un sentiment d’accomplissement, où la vie est plus facile. » Sur Insta, vous pouvez déjà devenir qui vous voulez grâce à de simples filtres et une bonne maîtrise de la communication. Dans le métavers, ce sera une toute autre histoire, vous pourrez incarner un avatar aux proportions idéales, muni d’un visage d’une singularité irréelle, le tout en portant votre dernière paire de sneakers en NFT – pour rester au top. De quoi vous rendre bipolaire, voire complètement schizo. Mais quelle réalité choisir ? Pour Pierre de Bérail, « cette difficulté se pose davantage pour les jeunes générations, qui apprennent beaucoup par les relations sociales. Les relations parasociales peuvent freiner cet apprentissage. Le risque est que ces gens finissent par ne plus savoir comment faire, comment se comporter dans la vraie vie. » Vous aussi, vous allez peut-être devoir bientôt faire un choix entre votre personnalité numérique et votre vie réelle, vos amis réels et vos streameurs préférés. Nous, on a fait notre choix, on vous laisse deviner lequel.

 






Par Jean-Baptiste Chiara