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GRANDS DIVORCÉS, PETITS FILMS

Chiara Biolay les inrocks

Par manque d’idées, d’ouverture, par flemme ou pour jouer la carte marketing, un certain cinéma français endogame n’aime rien tant que faire que de faire tourner d’anciens amants. Comme Christophe Honoré avec Chambre 212.

Lors du dernier festival de Cannes, Christophe Honoré a présenté son petit dernier, Chambre 212, mix poussif et surjoué entre Alain Resnais et… Patrick Sébastien. Le pitch ? Après avoir révélé à son mari (Benjamin Biolay) ses relations extraconjugales, Maria (Charia Mastroianni), habitée par le démon de midi, s’installe dans une chambre d’hôtel (la 212, mais c’est aussi – attention – l’article du Code civil sur les devoirs des mariés, si c’est pas du bon jus de crâne, ça…), de l’immeuble d’en face. Ensuite, tout y passe. Chiara reçoit les visites d’une version rajeunie de son mari, d’anciens amants, d’un prof de piano… qui vont la faire méditer sur la vie, la mort, l’amour, toussa… C’est beau comme du Lelouch et pour incarner son couple dans la tourmente, Honoré a engagé, comme pas mal de réalisateurs avant lui, un ancien couple. C’est bon pour la couv de Paris Match et la montée des marches à Cannes de Chiara en robe Hedi Slimane. De fait, Chiara et Biolay ont vécu une belle histoire d’amour, avec mariage en 2002. Sept ans (de réflexion ?) plus tard, le couple explose. Mais plus de dix ans après leur séparation, ils jouent au mari et à l’épouse en détresse sur grand écran. Parce qu’Honoré pense que de « simples » comédiens ne pourraient pas jouer aussi bien l’intimité, la passion éteinte, le mensonge, la tromperie ? « Nous nous entendons vraiment bien, alors pourquoi se priver de ça ? », a déclaré Chiara. Bah ouais, pourquoi, à part pour lobotomiser le spectateur devant tant de grâce ? « C’est normal de faire des choses avec Chiara parce que c’est Chiara », assure, plus énigmatique le ténébreux chanteur, mais piètre comédien.

Christophe Honoré n’est pas le premier, ni le dernier, à faire tourner des ex. Et un certain cinéma français, consanguin au dernier degré, où règne népotisme et endogamie, adore faire jouer à papa-maman d’anciens amants, contre des espèces sonnantes et trébuchantes, ou leur faire mimer la passion alors que leur mariage n’est qu’un naufrage ou un vague souvenir. Certains acceptent par manque de talent, par flemme, pour des histoires de pension alimentaire, pour faire un coup marketing, pour obtenir ses heures d’intermittent du spectacle… Spécialiste du psychodrame hystérique, Valeria Bruni-Tedeschi a filmé avec son ex, Louis Garrell, dans Un château en Italie. « Quand j’écrivais le scénario, j’avais envie que ce soit lui. Après, que ce soit le père de ma fille et qu’on soit si proches, j’ai envie de dire, tant mieux. J’aime passer du temps avec les gens que j’aime. » Et quand Céline Sciamma, qui avait tourné Naissance des pieuvres avec une Adèle Haenel âgée de 18 ans, veut filmer une passion amoureuse au-delà des mots, elle embauche elle aussi son ex, pour Portrait de la jeune fille en feu, mais signe – comme paralysée – un devoir appliqué, didactique, d’où le moindre vertige est évacué. Tout ça pour ça…

Encore une fois, la vérité sort de la bouche de… Béatrice Dalle. Après avoir partagé une histoire d’amour tumultueuse avec JoeyStarr entre 1999 et 2005, le couple infernal se reforme pour une version théâtrale d’Elephant Man. « Didier et moi, on n’a pas vécu dix ans ensemble pour rien. Il y a toujours eu un truc évident entre nous. Charnel ». À l’occasion de la promo, la Dalle en a profité pour rouler des pelles à son Didier chéri et assuré qu’elle avait accepté ce projet pour essayer « pêcho » une nouvelle fois le Joey.

Ce serait donc ça le cinéma des ex, un tournage envisagé comme un petit plan cul ou pour raviver la flamme ?

 

Par Marc Godin